80 tonnes de banquise place du Panthéon : l’expo qui veut alerter mais qui pose question

SOCIÉTÉ
DirectLCI
CHAUD, CHAUD - Dans le cadre de la COP 21, Olafur Eliasson, un artiste danois, a installé Ice Watch, 12 blocs de glace d’environ 10 tonnes chacun, devant le Panthéon. Arrivés directement du pôle Nord, ils visent, en fondant, à sensibiliser le public.

Plic, ploc, plic, ploc. Ils s’évaporent, ils se dissipent, ils s’égouttent, ils suent, ils ont chaud. Place du Panthéon, 12 blocs de glace arrivés directement du pôle Nord fondent, sous le soleil d’hiver. Et diminuent de jour en jour. Ces morceaux de glace égarés, c’est "Ice Watch", une œuvre d’art d’Olafur Eliasson, artiste dano-islandais, faite pour mobiliser l’opinion publique autour du changement climatique.

Sur le papier, l’idée est jolie. Sur place, les passants et les touristes adorent. Ils prennent des photos, ils posent, ils touchent ces 80 tonnes de glace polaire. Un père fait de la pédagogie auprès de ses deux garçons : "Tu vois ? C’est pour montrer qu’il fait trop chaud, et que la banquise fond." Un grand-père passe, lance un coup d’œil fataliste : "Je n’aimerais pas être à la place de votre génération", glisse-t-il. Si la température monte, ici ce sera le climat de Terre-Neuve et du Labrador. Bon courage, hein." D’autres ne se posent pas tant de questions. Et cherchent plutôt la meilleure pose pour leur ie. Coller la langue sur la glace, enlacer la glace, faire un gros plan sur la glace...

"Le temps est compté"

Sur les réseaux sociaux , l’artiste communique lui-même abondamment sur son exposition, en postant de clichés travaillés assortis de phrases méditatives : "Un autre jour chaud à Paris. Venez voir Ice Watch. Le temps est compté" ; "Garde de la nuit : la glace ne dort jamais. Continuez à la surveiller" ; ou encore : "La glace fond, le temps est compté. Agissez pour le climat."


Reste que l’installation pose question à certains passants. Comme Julie, qui travaille à côté : "On a vu arriver les blocs par camion". Elle qui les voit fondre toute la journée n’est pas tellement sensible au message véhiculé, mais bien plus à la sensation de "gâchis" sur place : "C’est beau, c’est sûr. Mais ça me désole un peu de voir ces morceaux amenés de la banquise juste pour qu’on se prenne en photo devant." Pas loin, Henri, étudiant venu en balade avec un ami tend le bras, touche le bloc qui lui arrive à la taille : "C’est la première fois que je touche un Iceberg", rigole-t-il. Avant de souffler : "Mais bon, j’ai un peu l’impression d’être au zoo." C’est vrai qu’ils ont l’air un peu tristouilles, ces bouts de banquise au cœur bleuté, échoués sur le bitume gris de Paris.

Sur les réseaux sociaux aussi, des internautes montrent leur gêne.

Ice Watch a aussi été repérée par des sites alternatifs qui y vont de leur coup de gueule : "C’est le monument le moins écologique qui soit ! C’est ainsi que fondent 80 tonnes (combien de litres d’eau?) de glace sur la place du Panthéon, prélevés sur des icebergs flottants, transportés dans des containers réfrigérés, d’abord en bateau puis en camion… Ecologique COP21 ?", insiste un militant sur www.delitdimages.org

30 tonnes de C02 émis

Prendre des bouts de banquise pour alerter sur la fonte de la banquise… Le sujet peut-être sensible. L’artiste a en tout cas voulu faire œuvre de transparence sur l’ensemble de sa démarche. Sur son site, Olafur Eliasson précise que la glace n’a pas été récupérée directement sur la banquise, mais a été "pêchée" en face du fjord Nuup Kangerla, alors qu’ils s’étaient déjà détachés de la banquise. Leur acquisition n’a donc "aucune incidence sur la glace du Groënland, qui perd environ 1000 de ces blocs par seconde pendant toute l’année", estime-t-il ainsi.

L’empreinte énergétique, elle, n’est pas neutre. Mais là encore, elle est relativisée. La collection des blocs de glace, l’affrètement de six containers réfrigérés et porte-conteneurs de Nuuk au Groëland jusqu’à Aalborg, au Danemark, puis leur transport en camion du Danemark à Paris, les grues et chariots élévateurs nécessaires à l’installation, l’éclairage pendant l’exposition… ont laissé une empreinte énergétique de 30 tonnes de CO2. Mais, indique l’artiste, c’est l’équivalent de "30 personnes prenant l’aviron de Paris à Nuuk, au Groënland."
 

En fonction des conditions climatiques, Ice Watch, installée jeudi dernier, devrait être visible jusqu’ 11 décembre, dernier jour de la conférence. La glace restant sera apportée dans des écoles locales "dans le cadre d'un programme éducatif élargi", précise le communiqué de presse. Pas sûr qu'il en reste beaucoup.

> Dans le cadre de la COP 21, une quinzaine d’artistes ont participé au projet artists4parisclimate2015, en proposant des projets artistiques pour alerter sur le changement climatique, dans l’espace public, à la fois dans le centre de Paris jusqu’au site de la Conférence au Bourget. Toutes les œuvres à voir sur www.artists4parisclimate2015.com

A LIRE AUSSI >> Tout notre dossier sur la COP 21

Sur le même sujet

Lire et commenter