A bord d'un navire chasseur de mines de l'Otan

A bord d'un navire chasseur de mines de l'Otan

REPORTAGE – Des mines sous-marines de la Seconde guerre mondiale sont toujours présentes au large des côtes françaises. En novembre, l'Otan a mobilisé huit navires militaires pour une opération de déminage. Metronews a embarqué à bord de l'un d'eux, le Crocus M917.

Le ciel est dégagé et la brise légère ce lundi 10 novembre à Dieppe. Un temps parfait pour une partie de pêche au large de cette sous-préfecture de la Seine-Maritime. Sauf que le bateau dans lequel nous embarquons, le navire belge Crocus M917, ne part pas vraiment traquer la coquille Saint-Jacques. Mobilisé aux côtés de sept autres bâtiments militaires de l'Otan, dont un Français, sa mission est simple : débusquer et neutraliser des mines sous-marines de la Seconde Guerre mondiale.

Car 70 ans après le Débarquement, mines de fond allemandes, obus alliés et autres grenades peuplent encore les fonds marins le long des côtes françaises. "Les mines sont inactives aujourd'hui et ne se déclenchent plus au passage des bateaux, mais elles contiennent toujours plusieurs centaines de kilos d'explosif", explique le commandant Kurt de Winter en nous accueillant à bord. "L'objectif de cette opération est de réduire le risque pour les pêcheurs de remonter un tel engin à bord sans le vouloir."

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Encore des dizaines d'années de nettoyage

La plupart de ces mines ont été détruites au lendemain du conflit puis au coup par coup au grès des opérations de déminage. L'an dernier, une vingtaine de type LMB, qui avaient été parachutées par les nazis pour empêcher le débarquement allié, ont été neutralisées par les onze chasseurs de mines de la flotte française. "Mais il faudra encore plusieurs dizaines d'années pour tout nettoyer", estime Alexis Edme, porte-parole de la préfecture maritime de la Manche.

Après nous avoir proposé des frites, le commandant du Crocus annonce que le sonar a détecté un objet suspect au fond de l'eau, à quelques encablures du navire. Sur un écran de la salle des commandes, un trait jaune légèrement plus épais que les autres s'affiche sur un fond bleu. Pour en savoir plus, décision est prise d'envoyer le "Seafox", un sous-marin robotisé de la taille d'une torpille, équipé d'une caméra et d'un phare et relié au navire via un câble de fibre optique. Après quelques minutes d'exploration, une image se dessine enfin à l'écran. "Vu la forme, je dirais que c'est un rocher", lâche sobrement Kurt de Winter. Fin de l'alerte. L'excitation retombe.

"Trou dans la mer"

Si le rocher s'était avéré être une mine, le commandant aurait demandé à la préfecture maritime l'autorisation de la détruire, se serait assuré qu'aucun bateau ne passe dans la zone avant d'envoyer deux plongeurs poser une charge explosive sur l'engin. "C'est une opération risquée à la fois pour les plongeurs et le navire", souligne Kurt de Winter. "Un jour, en voulant en détruire une, on a aussi fait exploser sans le vouloir une épave enfouie 10 mètres en dessous et bourrée de munitions. Ça a fait un trou dans la mer", raconte un militaire français.

A la fin de cette partie de pêche de l'Otan, le bilan est maigre : en quatorze jours, sept mines ont été découvertes et seules quatre détruites - les trois autres ayant été balisées pour être neutralisées plus tard. "On a chassé dans des conditions météorologiques extrêmes la semaine dernière", observe un officier belge du Crocus. "Si le vent souffle trop fort, on ne peut plus plonger ni récupérer le Seafox". Plusieurs de ces fragiles robots, bourrés d'électronique, auraient déjà "cogné" la coque du Crocus. Sur les quatre dont disposait le navire, trois étaient en maintenance. Plusieurs auraient même été perdus en mer.

"On est les meilleurs"

Des déboires qui font doucement sourire les quelques officiers français invités à bord du navire belge. "On est les meilleurs, y a pas à dire", crâne l'un d'eux à l'attention de son camarade. Les relations entre les militaires des deux pays voisins ne semblent pas au beau fixe. "Les Français pensent qu'ils sont les meilleurs, confirme un officier belge. Ils ont aussi tendance à être assez fermés. C'est dommage que la France ne coopère pas souvent aux manœuvres de l'Otan". Le message sera-t-il reçu sur la côte ? Rien n'est moins sûr.

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