A Caen, les contrôleurs de bus sommés de compter les migrants

A Caen, les contrôleurs de bus sommés de compter les migrants

POLÉMIQUE - Les contrôleurs de bus de la liaison Caen-Ouistreham, dans le Calvados, ont reçu pour consigne de compter le nombre de migrants parmi les voyageurs. Un contrôle au faciès qui dépasse de loin les fonctions qui leur sont attribuées.

C’est une bien drôle de consigne qu’ont reçue les contrôleurs du bus 61, sur le réseau Twisto, qui effectue la liaison Caen-Ouistreham dans le Calvados. Selon un document interne révélé par le site d’informations locales normandie-actu, et que metronews a également pu se procurer, ces salariés doivent en effet compter, parmi les voyageurs… le nombre de migrants.

Ce document, présenté ci-dessous, affiche plusieurs colonnes. Les premières, classiques, permettent aux vérificateurs de renseigner la date, l’heure et le sens de la liaison durant le contrôle. Mais les deux dernières colonnes ont de quoi laisser perplexe. Il faut en effet y noter le "nombre de migrants contrôlés" et le "nombre de migrants verbalisés".

Thierry Poulinec est à l’origine de cette découverte. Lui-même contrôleur à la retraite, militant CGT, il s’étonne, voilà un mois et demi, de voir se former un attroupement de policiers près d’un bus. "J’avais l’impression qu’on arrêtait des criminels" confie-t-il à metronews. Le temps pour lui de mener une enquête interne, et le voilà informé par ses collègues de ces récentes consignes de comptage. "Beaucoup ne savaient pas quoi faire ; certains étaient très choqués de cette consigne. En plus, il faut dire que les contrôleurs du réseau Twisto ont pour seule mission de vérifier les titres de transport, c’est tout ! Quand ils tombent sur une personne qui n'a pas d'adresse, ils doivent appeler la police."

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"C'est de la discrimination"

Lorsque, à la fin du mois d’avril, le CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) du réseau Twisto dénonce cette "pratique scandaleuse" au cours d’une assemblée générale, l’affaire vient à peine de remonter aux oreilles des élus. Parmi eux, Eric Vève, conseiller municipal de Caen, élu de l’opposition (PS) et avocat, s’insurge d’une telle méthode. Contacté par metronews ce mardi matin, il assure en avoir alerté le maire et président de l’agglomération du Calvados, Joël Bruneau (LR). "L’agglomération est l’autorité organisatrice des transports. Elle est en contact avec Veolis, la société qui s’occupe de notre réseau. Pour moi, cette consigne est contraire au principe juridique d’égalité de traitement, c’est de la discrimination. Ça me rappelle surtout une décision de la cour de Paris, en 2015, qui a condamné l’Etat pour 'faute lourde', suite à des contrôles au faciès…" prévient l’avocat.

Alors qui est à l’origine de cette demande ? Contacté à plusieurs reprises ce mardi, ni la mairie de Caen ni la société Keolis n’ont donné suite à nos sollicitations. Et tandis que d’autres notes internes, publiées par le site normandie-actu, montrent dans des consignes manuscrites que "la préfecture demande de maintenir" un "niveau de présence" de "deux contrôles par équipe", le préfet dément toute implication sur cette ligne dont le terminus, Ouistreham, constitue pour les réfugiés un nouveau point de départ vers l’Angleterre. Mais reconnaît, toutefois, "procéder couramment à des remontées d’informations de la part des entreprises de transports publics".

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