Calais : malgré les appels d'Emmanuel Macron à l'"humanité", des couvertures de migrants confisquées et un problème loin d'être réglé

Calais : malgré les appels d'Emmanuel Macron à l'"humanité", des couvertures de migrants confisquées et un problème loin d'être réglé
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Le démantèlement de la "Jungle" de Calais

BLOCAGE - Plusieurs associations dénoncent la confiscation récurrente des couvertures des migrants par la police à Calais, alors que les autorités refusent de faire de la ville un "point de fixation". Les migrants, eux, voudraient quitter la France, mais restent à Calais dans l'espoir de passer en Angleterre. Un "rêve vain et périlleux", estiment les autorités.

Alors que plusieurs associations humanitaires affirment que des policiers confisquent régulièrement les couvertures des migrants à Calais, les mesures mises en place par l'Etat pour éloigner ces migrants de la ville semblent inefficaces à leurs yeux. 

Dans une enquête consultée par LCI et réalisée par l'Auberge des migrants et Help refugees, deux associations présentes à Calais, 76% des migrants affirment que la police et des équipes de nettoyage leur ont confisqué leurs couvertures lors des 7 derniers jours, et ce, deux fois en moyenne. Cette enquête a été réalisée auprès de 162 personnes, les 16 et 17 août dernier.

Conséquence : la majorité des répondants affirme dormir "moins de 4 heures par nuit". Des éléments qui viennent compléter le rapport du Défenseur des droits sur les conditions de vie "inhumaines" des migrants à Calais, publié en juin, dénonçant pêle-mêle l'absence de point d'eau, l'impossibilité de se reposer ou les difficultés à distribuer les repas.

De l'eau est passée sous les ponts depuis la publication de ce rapport du Défenseur des droits. Emmanuel Macron a notamment appelé à "la plus grande humanité" dans le traitement des migrants, puis a déclaré ne plus vouloir personne dans la rue. Puis le Conseil d'État a contraint la ville de Calais à installer des points d'eau, contre l'avis de la maire et du ministère de l'Intérieur. 

Un deuxième rapport, réalisé par l'ONG Human rights watch (HRW), dénonçait fin juillet des violences policières sur les migrants. Cette fois, Emmanuel Macron a demandé des "réponses" à son ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, qui a demandé pour sa part un rapport à la police des polices. Il a également annoncé la création de deux centres d'accueil pour migrants dans la région, à Troisvaux (Pas-de-Calais) et Bailleul (Nord), tous deux à 90 kilomètres de Calais.

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Malgré l'enquête de la police des polices, malgré les deux nouveaux centres, malgré les déclarations du président, plusieurs centaines de migrants errent en ce moment à Calais, sans abri. 450 selon la préfecture, 700 selon les associations. Si toutes les associations contactées par LCI - Médecins sans frontières (MSF), le Secours catholique et Salam - évoquent des confiscations ont lieu à Calais, la préfecture refuse d'utiliser ce terme. 

"Cela est contraire aux règles de déontologie auxquelles doivent répondre les forces de l'ordre ainsi qu'aux principes humanitaires élémentaires", répond la préfecture. Néanmoins, afin d'éviter toute reconstitution de campement illicite, les forces de l'ordre effectuent des opérations de lutte contre les squats, notamment sur les terrains privés et les sites d’entreprises. Elles sont accompagnées par les services d'hygiène de Calais et des prestataires privés qui contribuent au ramassage des divers objets abandonnés et des déchets."

Vincent De Coninck, du Secours catholique, affirme avoir assité le 21 août, sur le quai Andrieu, à ce qu'il appelle une "confiscation". 

"Ils ont pris toutes les couvertures, les effets personnels cachés non-loin... C'est quotidien. Chaque jour on apporte de nouvelles couvertures et la police les prend", affirme-t-il. Jean-Claude Lenoir, de l'association Salam, affirme quant à lui qu'une confiscation de tentes et de couvertures a eu lieu à Grande-Synthe, à quelques kilomètres de Calais, le même jour. 

Du côté de MSF, la responsable de mission à Calais, Corinne Torre, raconte que "depuis une semaine, MSF reçoit des demandes de couvertures, parce qu'il y a des interventions quasiment deux fois par jour pour les prendre". Elle ajoute : "Si on a toujours constaté des pressions policières, on n'avait pas vu ces saisies volontaires de couvertures en dehors de Paris, où nous l'avions dénoncé en janvier". À l'époque, le ministre de l'Intérieur Bruno Le Roux s'était défendu en affirmant que la saisie des couvertures s'accompagnait d'une "mise à l'abri" des migrants.

Si les migrants veulent rester à Calais, c'est pour quitter la France

À Calais, les humanitaires contactés par LCI affirment que ces mises à l'abri sont loin d'être systématiques, voire inexistantes. Selon eux, l'objectif des autorités est simplement d'empêcher la création de "points de fixation" des migrants, et de les faire quitter la ville. Sauf que ces migrants restent à Calais... parce qu'ils veulent quitter la France, souvent pour atteindre l'Angleterre. Dans leur grande majorité, il s'agit d'Afghans, d'Ethiopiens et d'Erythréens qui attendent depuis plusieurs semaines.

"Les personnes migrantes à Calais sont des personnes en transit. Elles ne demandent pas l'asile en France", explique Corinne Torre, de MSF. Les deux centres d'accueil récemment ouverts dans la région seraient ainsi trop éloignés pour intéresser des personnes qui cherchent à monter dans des camions ou des bateaux pour traverser la Manche. Selon les chiffres de MSF, seuls 60 à 70 migrants séjournent dans les deux centres d'accueil (qui comptent 300 places), et 40% de ces personnes viennent de Paris, car les centres d'accueil y sont saturés. La préfecture avance le chiffre de 161 migrants accueillis depuis l'ouverture des centres, le 8 août.

Alors que faire ? Comme la plupart de ces migrants ne veulent pas demander l'asile en France, les autorités peuvent les renvoyer dans le pays par lequel ils sont entrés en Europe - l'Italie la plupart du temps - en vertu du "réglement de Dublin". Mais cette procédure dépend de la rapidité des autorités du pays en question, et de la volonté des migrants de déposer leur demande d'asile là-bas. Or ni l'Italie, ni les migrants eux-mêmes ne veulent de cette alternative. 

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Pour la préfecture du Pas-de-Calais, "le message de l’État est clair : toute personne qui souhaite quitter une vie d’errance et abandonner son rêve vain et périlleux de passer clandestinement la frontière est prise en charge immédiatement et dans des conditions dignes et accompagnée dans ses démarches".

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