A Calais, rififi entre chasseurs, bouchers et vegans autour... de la tenue d’un festival vegan

A Calais, rififi entre chasseurs, bouchers et vegans autour... de la tenue d’un festival vegan

Société
GUERRE DE TRANCHEE - En août, la mairie de Calais avait décidé d’annuler un festival vegan, en raison de menaces de chasseurs et éleveurs. Le tribunal administratif de Lille a suspendu mardi cette décision, estimant que le festival doit se tenir.

Le festival va donc se tenir. Mais dans quelles conditions ? Dur de savoir, mais il est sûr que dans le nord, la tenue de l’événement est devenue hautement symbolique. Et tout autant source de tensions. Ce qui cristallise autant, est... un festival vegan, à Calais.


Dans une région émaillée depuis quelque temps de dégradations de vitrines des boucheries ou de poissonnerie, cet événement a priori anodin fait couler beaucoup d’encre. Au point que, entre commerçants de bouche et militants contre les produits d'origine animale, le torchon brûle depuis plusieurs mois, les premiers en appelant même au ministère de l'Intérieur, contre "l'impunité" de ces "activistes extrêmes". 

Au point aussi que le 23 août, la mairie de Calais, qui avait autorisé en avril ce Calais Vegan Festival, a pris la décision de l’annuler. "Cette décision est consécutive à des informations annonçant une série d'opérations visant à semer le trouble et à perturber l'ordre public, en marge de l'organisation de ce festival", a indiqué la mairie dans un communiqué. Des représentants de ces professions et d’agriculteurs avaient en effet annoncé leur volonté de manifester et d’organiser un barbecue géant devant l'événement.

La mairie interdit, le tribunal autorise

Mais mardi, le tribunal administratif de Lille, saisi par les organisateurs et d’autres associations de défense du bien-être animal, a suspendu cette décision, et ordonné de "laisser se dérouler" l'événement. Dans sa décision, le tribunal a souligné que "d’autres festivals vegan ont été organisés dans plusieurs villes de France sans qu’aucun incident n’ait été à déplorer". 


En outre, "les organisateurs du Calais Vegan Festival, qui doit se dérouler à l’intérieur d’une salle dont l’entrée sera payante, ont prévu de faire appel aux services d’agents de surveillance privés", indique la décision ; Le juge a estimé par ailleurs "qu’à supposer même qu’un risque de trouble à l’ordre public existe, la commune de Calais n’établit pas être dans l’impossibilité de remédier à ses troubles". Ainsi, le juge des référés a considéré que la décision d’annulation de cet événement constituait "une atteinte grave" et "manifestement illégale" aux "libertés de d’expression, de réunion et du commerce et de l’industrie" et cette "atteinte", justifie "l’injonction au maire de Calais de laisser se dérouler" le festival. 

Les chasseurs appellent à un rassemblement

A la suite de cette annonce, des représentants des fédérations régionales et locales de bouchers, poissonniers, chasseurs et agriculteurs des Hauts-de-France ont appelé mercredi à un rassemblement pacifique devant l'entrée du festival vegan, pour dénoncer les actes de vandalisme "d'activistes extrémistes". "En aucun cas nous nous opposons à la tenue d'une telle manifestation. Cependant, sous couvert de ce mode de vie se cachent des activistes extrémistes qui veulent imposer par la violence cette nouvelle tendance alimentaire à ceux qui ne la partagent pas", peut-on lire dans un communiqué signé entre autres par Willy Schraen, président de la fédération nationale de la chasse, et trois conseillers régionaux.


Les onze signataires font référence aux actes de "vandalisme" qu'ils jugent "de plus en plus récurrents" contre les poissonneries et boucheries "particulièrement en Hauts-de-France (déjà 16 attaques en 24 mois)" et le "saccage" des "bâtiments de trois fédérations de chasse par L214". Ils appellent à se rassembler "pacifiquement" à 11 h devant l'entrée du salon pour dénoncer "le silence inadmissible" des associations veganes présentes qui "ne se désolidarisent pas de ces extrémistes violents". Près de 200 participants sont attendus.

En vidéo

On a testé : être vegan pendant une journée

Ne venez pas pour provoquer : personne n’y gagneraitCalais vegan festival

De son côté, le festival veut apaiser les esprits sur Facebook : "Nous demandons aux vegans et aux non vegans qui ont de la haine en eux de ne pas venir, car notre philosophie est basée sur le respect d’autrui (...). Ne venez pas pour provoquer : personne n’y gagnerait". "J'avais agi en maire responsable en saisissant le tribunal administratif sur la foi d'éléments laissant présager des troubles sérieux à l'ordre public. A l'Etat, désormais, d'assumer ses responsabilités, pour gérer la sécurisation de cet événement", avait réagi plus tôt dans la journée la maire Natacha Bouchart, précisant qu'elle mettrait à disposition "comme toujours, des policiers municipaux, mais sans dispositif supplémentaire". 

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Vegan : de la tendance au mode de vie

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter