A Cergy-Pontoise avec Ali, réfugié syrien : "Qu'on me donne une chance !"

A Cergy-Pontoise avec Ali, réfugié syrien : "Qu'on me donne une chance !"

RENCONTRE – Ali Tarabein était arrivé en France le 9 septembre dernier, parmi les premiers contingents de réfugiés en provenance d'Allemagne. Metronews, qui vous donnera régulièrement de ses nouvelles tout au long des mois à venir, est retourné trois semaines plus tard voir ce Syrien au centre d'hébergement de l'île de loisirs de Cergy-Pontoise (Val-d'Oise). Il nous confie ses premières impressions sur le pays, ses espoirs et ses doutes, alors qu'il n'a qu'une idée en tête : faire venir le plus rapidement possible sa femme et ses trois jeunes enfants restés à Damas.

Lorsque nous avions rencontré Ali à son arrivée en France, son visage était fermé, ses yeux trahissant une profonde inquiétude et sa manière de tirer compulsivement sur sa cigarette une grande nervosité. Trois semaines plus tard, c'est un large sourire qui nous accueille, sous le soleil, au centre Hubert-Renaud de l'île de loisirs de Cergy-Pontoise (Val-d'Oise), dans lequel sont désormais hébergés 98 réfugiés syriens et irakiens. Aujourd'hui c'est mercredi, et les douze enfants qui vivent ici occupent leur après-midi libre - tous sont scolarisés depuis la semaine dernière - en participant à un atelier maquillage, sous le regard amusé d'Ali. Le jeune homme nous confie même être en train d'essayer d'arrêter de fumer. N'allez pas croire pour autant qu'il est apaisé.

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"You're welcome", lui a dit François Hollande

En fuyant le chaos dans son pays il y a déjà un an, ce solide Syrien de 37 ans avait d'abord imaginé s'installer à Istanbul. Il y sera resté dix mois dans des conditions "très dures", le temps de se faire soutirer 20.000 dollars par un turc parvenu à le convaincre d'engager toutes ses économies dans l'ouverture d'un café. Direction Athènes via les îles grecques par bateau ensuite, où il aura passé un mois, le temps de se faire voler son téléphone portable et de se faire refouler trois fois dans ses tentatives pour prendre l'avion. En rejoignant la longue marche des autres migrants, celui qui travaillait auparavant dans le commerce de produits agricoles est finalement parvenu à atterrir en Allemagne, dont il pensait faire son pays d'accueil. Mais des agents dépêchés sur place par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) l'ont alors convaincu de venir en France. Une plongée dans l'inconnue. "C'est un super pays, s'enthousiasme-t-il aujourd'hui. J'espère vraiment réussir ma vie ici."

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De quoi rêve Ali ? "Obtenir des papiers, retrouver ma femme et mes enfants, puis qu'on me donne une chance !", répond-il du tac au tac dans un anglais fluide (il a passé quatre mois à Manchester où vivent des membres de sa famille il y a une dizaine d'années). C'est ce qu'il a dit à François Hollande lorsque le président de la République est venu en visite dans le centre il y a deux semaines. "You're welcome", lui a alors glissé ce chef d'Etat dont il n'avait jamais entendu parler. Pour les papiers, tout est sur les rails. Ali a rendez-vous ce jeudi en préfecture, où lui sera remis un récépissé de demande de titre de séjour, en attendant le document officiel qu'il devrait obtenir dans un mois. Pour faire ensuite venir ses proches restés à Damas, c'est une autre histoire. "On m'a dit qu'ils auraient eux-aussi des papiers au bout de deux mois, mais je crains que ce ne soit plus long : il faut surtout que je trouve comment payer ensuite leur voyage, en bus jusqu'à Beyrouth puis en avion. Là, je n'ai plus aucun argent..."

"La vie est paisible ici, mais je ne fais pas grand chose"

Sahara, 2 ans, Mohammed, 5 ans, Mariam, 8 ans, et sa femme Reem occupent toutes ses pensées. Ali s'entretient quotidiennement avec eux, grâce à son téléphone acheté à Munich et des applications de messageries instantanées comme Whatsapp ou Viber. Mais c'est très loin de suffire à le rassurer, alors que tous les quatre vivent cloîtrés chez un oncle dans la capitale syrienne. "Tant qu'ils restent à la maison, ils sont en sécurité", soupire Ali, dont la fillette de deux ans "ne sait pas à quoi ressemble les rues".

En attendant de les retrouver, Ali tue le temps dans le centre d'accueil de Cergy, où il devrait encore passer plusieurs semaines avant d'être relogé. "Je discute avec les uns et les autres, je me promène dans la base de loisirs... La vie est paisible ici, mais je ne fais pas grand chose", raconte-t-il, après nous avoir montré la petite chambre où il dort avec six autres réfugiés. Un ami syrien qui vit en France depuis 25 ans l'a tout de même emmené deux fois visiter Paris.

L'ancien étudiant en philo a bien assisté à quelques reprises aux deux heures de cours de français donnés chaque matin par des bénévoles, mais il a rapidement jeté l'éponge. "Ce ne sont pas des professionnels qui nous enseignent. Et il y a de telles différences de niveau entre nous que je n'arrive pas à apprendre quoi que ce soit." Ali s'est donc rabattu sur des cours en ligne qu'il consulte depuis son smartphone sur YouTube. S'il assure s'entendre avec tout le monde dans le centre, Irakiens comme Syriens, le trentenaire dit ne pas avoir encore noué de réelle amitié : "La plupart des gens ici ont entre 20 et 25 ans, et ceux qui ont mon âge sont tous avec leur famille..." Lui aussi, bientôt, devrait revoir avec la sienne. 

>> Notre dossier consacré aux migrants

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