"A la fin, c'est nous qu'on va gagner" ! La France Insoumise veut croire en l'élan de la "Fête à Macron"

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REPORTAGE - Orchestrée par le député François Ruffin, la "Fête à Macron" s'est déroulée ce samedi dans une ambiance à la fois festive et sociale, rassemblant des milliers de personnes à Paris. Un prochain rendez-vous a d'ores et déjà été fixé au 26 mai prochain pour le déferlement d'une "marée populaire", selon les termes de Jean-Luc Mélenchon.

Le soleil brille. Les oiseaux chantent. Des orchestres, de la techno. Les quidams dansent. Des slogans, des pancartes, des grillades. Des militants, des citoyens anonymes. Etudiants, cheminots en grève, postiers, personnel hospitalier, chacun est venu avec ses revendications. Dans une ambiance quasi-carnavalesque, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées, ce samedi 5 mai à Paris, pour participer à la "Fête à Macron". 


À deux jours du premier anniversaire de l’élection d’Emmanuel Macron à l’Elysée, ils ont ainsi répondu à l’appel du député proche de la France Insoumise François Ruffin et de l’économiste Frédéric Lordon, ainsi que leurs "copains" de Nuit Debout, pour manifester leur mécontentement face à la politique du gouvernement. Un événement sur lequel l'opposition de gauche au président de la République entend bien capitaliser. Suffira-t-il pour permettre un nouvel élan social ? Nombreux étaient ceux à le souhaiter dans les rues de la capitale.

Conformément aux souhaits des organisateurs, l'ambiance était festive et bon enfant, certains manifestants parisiens venus en famille pique-niquant sur place au milieu de banderoles tout en reprenant des slogans de la France insoumise : "Non au coup d'Etat social", "Pour la planification écologique", "Pour une VIe République", ainsi que quelques jeux de mots un peu potaches comme "Manif pot-au-feu, c'est encore meilleur réchauffé", "Arrêtons ToutenMacron", ou encore "En Marche à l'ombre". 

"On fonce dans le mur et on accélère"

Tout au long du parcours, de la place de l’Opéra à celle de Bastille, trois chars caricaturant Emmanuel Macron, baptisés "Jupiter", "Dracula" et "Napoléon", se sont mêlés au cortège. Eliane, 74, a fait le déplacement depuis Clermont-Ferrand, à bord de l’un des cent bus affrétés par la France insoumise. "Vu mon âge, j’avais arrêté de manifester, mais en voyant tout ce qu’il se passe depuis que Macron est au pouvoir, j’ai décidé de venir aujourd’hui", explique-t-elle. 


Yannick et Zoé, la trentaine, ne sont pas encartés. Ils sont venus en voiture de Brive-la-Gaillarde. "On fonce dans le mur et on accélère. Il n’y a pas, aujourd’hui, une majorité de Français qui est pour Emmanuel Macron. Le problème qu’on a, c’est que ça se traduit maintenant par de la résignation ou de l’indifférence. C’est pour cela qu’on est venu aujourd’hui, pour exprimer notre colère et se redonner du baume au cœur", disent-ils. "Quel que soit nos différences, on veut exprimer notre mécontentement et notre opposition à la politique de Macron en faveur des plus riches, qui ne fait qu’accentuer les inégalités dans la société",  constate Camille, 31 ans, prof dans le 93.  

"Normal que les gens se révoltent"

"Macron piétine le monde dans lequel on vit. La politique qu’il mène est d’une violence extrême, c’est normal que les gens se révoltent", reprend Eric, 45 ans, venus accompagné de sa compagne et sa fille, âgée de d’un an. "C’est sa première manifestation, et sans doute pas la dernière", ajoute-t-il, tout sourire. Guillaume, 42 ans, enseignant chercheur à Paris, est venu lui-aussi en famille, avec ses deux filles, âgées de 13 et 8 ans. "L’enthousiasme, la joie collective, ce sont des actes politiques", expose-t-il. "Mélenchon et Ruffin ont réussi à réveiller une conscience collective chez un certain nombre de citoyens qui avaient fini par se résigner. La politique, cela ne doit pas reposer pas sur le leadership d’un seul homme, mais sur le collectif."


Perchés sur le toit d’un bus à impériale, Jean-Luc Mélenchon, Clémentine Autin et Eric Coquerel haranguent la foule (160.000 selon la France insoumise, 40.000 selon la préfecture, 38.900 selon un collectif de médias indépendants). Comme une impression de parade après avoir raflé la Coupe du monde de foot. Les flashs crépitent. Le leader de la France insoumise a le sourire. Il est fier de son coup. "Nous sommes tous là pour donner du courage aux cheminots, aux hospitaliers, aux travailleurs de tous les secteurs. Nous sommes un rassemblement qui condamne la violence et d'abord la violence verbale des tout-puissants. Ceux qui ont dit qu'il y avait dans les gares des gens qui n'étaient rien, ceux qui ont traité le peuple travailleur de fainéants, d'illettrés et d'alcooliques", a-t-il lancé devant une foule acquise à sa cause, avec Antisocial de Trust en bande son.

"Tout le monde nous parlait de la violence, des casseurs, vous avez vu un seul débordement ?"

Ces derniers jours, le ton est monté entre l'exécutif et le parti de Jean-Luc Mélenchon. Les Insoumis veulent "tenir un discours d'agitation", "ils n'ont jamais accepté la défaite", "ils aiment la démocratie quand ils gagnent", fustigeait, il y a quelques jour, Emmanuel Macron, en déplacement dans le Pacifique. "Tout le monde nous parlait de la violence, des casseurs, vous avez vu un seul débordement ?", lance un manifestant. Pas beaucoup. Juste quelques heurts sur la place de la Bastille : une quarantaine de jeunes s’en sont pris à un car-régie de télévision, tandis qu'un policier a été blessé sans gravité par un jet de projectile.

Des rassemblements ont également eu lieu dans plusieurs villes de France dont Toulouse, Bordeaux, Lyon, Strasbourg et Rennes. Le réalisateur du documentaire à succès "Merci patron !" excelle dans l'art de la communication. Et ce pot au feu protestataire  - où chacun apporte "ses revendications, banderoles et espoirs" - aura permis au leader de la France insoumise d’appeler à une "marée populaire" pour le 26 mai : "Par millions, déferlez ! Soyez la marée humaine qui change l'Histoire", a imploré le leader de la France insoumise, à l’issue du défilé. 

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