À l'approche des fêtes, avec les bénévoles de SOS Amitié

SOCIÉTÉ
REPORTAGE – L'Association SOS Amitié propose une écoute 24h/24 et 7/7 jours aux personnes en mal-être. À l'approche des fêtes, quand la solitude se fait encore plus grande, les appels se multiplient. Metronews est allé rendre visite aux bénévoles de Boulogne-Billancourt, dans les Hauts-de-Seine.

C'est un petit appartement dans le centre-ville de Boulogne (Hauts-de-Seine). Un salon, une chambre, une cuisine. Sauf que personne ne vit ici. Plusieurs fois par jour, une personne vient s'installer au bureau et branche le téléphone. "Si j'appuie sur le bouton maintenant, une sonnerie va retentir dans les dix secondes", sourit Christine*. Cette femme de 68 ans est bénévole depuis sept ans à SOS Amitiés. Une demi-journée par semaine, elle écoute, pendant plusieurs heures, les petites et grandes souffrances des Franciliens.

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"Un appel peut durer cinq minutes comme une heure, détaille-t-elle. Et ça va des petits problèmes ponctuels à des dépressions ou des tentatives de suicide". À l'approche des fêtes de fin d'année, le mal-être se fait plus prégnant. Mais rien à voir avec le joyeux bordel raconté dans le Père Noël est une ordure . "À cette période, la solitude se fait plus cruellement sentir, analyse Christine. Les émotions deviennent plus intenses." 

Des questionnements sur le travail et l'identité sexuelle

Depuis quelque temps, le nombre d'appel a explosé. L'association, créée en 1960, estime qu'elle ne peut répondre, en moyenne, qu'à un appel sur quatre , malgré ses 1700 bénévoles répartis à travers la France. "En heure de pointe, ça peut être seulement un sur dix", indique Marie Josée Cronel, la chargée de communication de l'association, elle-même "écoutante" pendant de longues années. L'association vient de lancer un appel aux dons pour tenter d'ouvrir un nouveau poste d'écoute, au nord de Paris.

En sept ans, les deux femmes ont vu les thèmes évoluer. "On nous parle beaucoup plus de travail, de mal-être dû à une situation économique délicate, indique Christine. Il y a aussi beaucoup de questionnement sur l'identité sexuelle. Des gens qui, au milieu de leur vie, se rendent comptent qu'ils n'ont pas fait le bon choix et qui n'osent le dire à personne. Sauf à nous."

Des lieux gardés secrets

Car l'anonymat et la confidentialité sont les piliers de SOS Amitiés. "Nous ne sommes pas dans le jugement, explique Christine. Parfois, des gens viennent d'apprendre leur maladie. Ils ne se lâchent pas devant leur conjoint, tentent de le rassurer. Mais avec nous, ils peuvent enfin dire leur peur, leur douleur". D'autres appellent de manière frénétique, comme cet homme, qui souffrait de problèmes d'alcoolisme. "Dès qu'il avait envie de boire, il nous passait un coup de fil", se souvient la bénévole. "Combien de fois quelqu'un nous a dit : ça, je n'oserai pas le dire à mon psy !" renchérit Marie José Cronel,

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L'anonymat vaut aussi pour les bénévoles. Tous les postes d'écoute (sept en Ile-de-France) sont gardés secrets, pour garantir leur sécurité. "Il arrive que quelqu'un insulte, cherche à leur faire du mal", indique Marie José Cronel.

Si en quinze ans, cette dynamique retraitée a appris à se décharger de la peine des autres, elle reste particulièrement marquée par une scène. "Il y a deux ans, on a fait une flashmob à Paris, raconte-t-elle. À la fin, on s'est assis dans un café et une vieille dame s'est approchée de nous. Il y a cinquante ans, dans une grande détresse, elle avait appelé SOS Amitiés depuis la cabine d'un café. Elle nous a dit : "Depuis tous les soirs je prie pour remercier la personne que j'ai eue au bout du fil". Marie Josée Cronel marque une pause. "On est une petite goutte d'huile, sourit-elle. Grâce à nous, les engrenages grincent un peu moins."

* Le prénom a été changé

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