À Paris, les "étudiants fantômes" se manifestent pour la réouverture des facs

À Paris, les "étudiants fantômes" se manifestent pour la réouverture des facs

ISOLEMENT - A Lyon, Saint-Étienne ou encore Amiens, les étudiants ont manifesté mercredi 20 janvier pour demander la reprise progressive des cours en présentiel et dénoncer l’invisibilisation de leurs conditions de vie. Reportage à Paris.

"Normalement, je ne manifeste pas mais… c’était ça ou aller en cours. Alors autant voir des gens plutôt que des écrans noirs." Ce mercredi 20 janvier, Victor a marché seul du Crous de Paris, à Port Royal, dans le 5e arrondissement, jusqu’au ministère de l’Enseignement supérieur. Comme quelques centaines d’autres étudiants, réunis au centre de Paris, il demande à ce que son université puisse rouvrir. C'est à quelques mètres du cortège de tête, scandant la démission de la ministre Frédérique Vidal, que le jeune homme explique n’avoir jamais pu accéder aux bancs de La Sorbonne, ni vu un seul de ses camarades de promo. "On espère juste la réouverture des universités, de manière progressive, pas totale. C’est tout ce qu’on demande", soupire l’étudiant en master 1 de sciences politiques, qui explique avoir "déjà craqué plusieurs fois". 

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Conscients des enjeux sanitaires, la plupart des manifestants demandent une reprise des cours en douceur, à commencer par celle des travaux dirigés, dispensés en groupes resserrés. "Tout le monde déteste les cours en ligne", semble être le slogan favori de cette mobilisation de deux heures, dont le moment le plus fort aura été la minute de silence observée aux pieds du Panthéon, en hommages aux étudiants ayant mis fin à leurs jours. C’est par ailleurs la première fois depuis le début de la crise sanitaire que les étudiants concrétisent leurs revendications à travers une manifestation. "Tout le secondaire est ouvert. Pourquoi pas nous ?", se demande Alexandre, arrivé à Paris en septembre pour un master 1 d’affaires internationales et venu aujourd'hui avec une pancarte sur laquelle on peut lire "Étudiants fantômes". "On est bien élevés. Si on nous demande de s’asseoir une place sur deux, on le fera", poursuit le jeune homme d'un haussement d'épaules.

Je ne sais pas ce que je fais, je ne sais plus qui je suis- Sacha, étudiante

Le désespoir est lisible chez ces jeunes adultes, qui décrivent un sentiment profond d’isolement. Un ressenti partagé par tous et qui contraste avec l'ambiance bon-enfant de la mobilisation, qui s'est déroulée sans accroc ni intervention policière. Le mot-clé "étudiants fantômes", qui a émergé dernièrement sur les réseaux sociaux, semble leur correspondre tant ils se sentent passer à côté de leur vie et de leur avenir. "Je ne passe pas mon bac, je ne commence pas mes études, je paie un appart à Paris pour faire des cours à distance…" énumère Sacha, croisée rue Soufflot à mi-parcours. Elle avoue : "J’ai l’impression d’être bloquée dans une période où je ne sais pas ce que je fais, je ne sais plus qui je suis. Je me sens vide et seule". 

L’étudiante en première année de médiation culturelle a griffonné ces quelques mots sur un carton : "Fac fermée envie d’abandonner". Jean, qui l’accompagne, évoque lui aussi cette perte de sens qui l’habite depuis un moment : "Le matin, je ne sais plus pourquoi je me lève. J’ai fini, à 18 ans, par me dire que je n’avais plus de raisons de me lever. Ce n’est pas normal qu’on nous laisse dans cette situation psychologique".

Et malgré l’annonce de Frédérique Vidal d’une reprise en présentiel des travaux dirigés pour les étudiants de première année, beaucoup ressentent un véritable abandon du gouvernement, teinté de mépris. "On n’existe pas vraiment à leurs yeux", estime Jean, tandis que Myriam, en première année de psychologie, assure : "Lorsque dans un discours, le Premier ministre passe moins de deux minutes sur notre cas, en balayant le sujet d’une phrase, c’est décourageant. La santé mentale des étudiants n’est pas prise au sérieux. Mais ce n’est pas un caprice".  Accompagnant une amie de l'Unef, la jeune femme participe timidement aux chants entonnés par les huit syndicats qui avaient appelé à manifester.  

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Ainsi, c’est la lassitude qui semble l’avoir emporté aujourd’hui. "Ce matin, j’ai vu que les restaurants n’allaient pas rouvrir avant le 6 avril. Je me dis que les universités, ce sera probablement pareil", s'avance Alexandre. Victor affiche le même pessimisme et ne croit pas à une amélioration pour les universités, malgré la mobilisation naissante : "Ça ne va rien changer. Je pense qu’on va vers un troisième confinement et que les universités, on les rouvrira en dernier." Une nouvelle manifestation est déjà prévue le 26 janvier à Paris, rassemblant cette fois l’ensemble des personnels de l’Éducation nationale. 

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