À Paris, l’interminable errance des migrants

SOCIÉTÉ

REPORTAGE - Une centaine de migrants, au moins, errent toujours dans les rues du 18e arrondissement de Paris, entre la Chapelle, le jardin d’Eole et la halle Pajol, où un nouveau camp est en train de se former. Évacuations et propositions de relogement ne règlent que temporairement une problématique qui revient, inlassablement, sur le devant de la scène.

Après le jardin d'Eole, retour à la halle Pajol. En un mois, les migrants de Paris ont connu pas moins de cinq camps différents, installés dans le 18e arrondissement de la capitale. Des camps évacués avec, parfois, des propositions de logement qui n'ont pourtant pas permis d'apporter une réponse durable.

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Après l’évacuation du camp installé au jardin d’Eole , le 19 juin, une quarantaine de migrants n’avaient pas pu être logés dans des centres d’hébergement, faute de place. Si certains semblent avoir quitté le secteur - voire la France - d’autres ont erré dans les rues de la capitale avant de trouver un point de chute devant la halle Pajol. Encore. Car le lieu a déjà accueilli un camp provisoire de migrants, évacué manu militari par les forces de l’ordre le 8 juin dernier.

Un camp d'une quarantaine de migrants

"Je suis ici depuis cinq jours", raconte à metronews un migrant qui dit venir d’Érythrée. Avec ses cinq compagnons d’infortune, il s’est installé à l’ombre des arbres devant la bibliothèque Valav Havel, où une vingtaine de matelas sont disposés les uns à côté des autres avec, pour seul toit, les étoiles. Le camp compte environ une quarantaine de personnes. Un chiffre compliqué à établir précisément en raison des va-et-vient quotidiens, mais qui serait en constante progression avec l’arrivée de nouveaux migrants.

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Certains viennent du petit camp installé square Jessaint, en face du métro La Chapelle. Un lieu où les conditions de vie sont encore plus précaires. Mohammed (1), qui dit lui aussi venir d’Érythrée, est arrivé vendredi, mais ne compte pas rester : "je n’aime pas cet endroit et il n’y a pas de nourriture. J’espère pouvoir repartir très prochainement". Ibrahim, lui, a déjà connu plusieurs camps : il était sous le pont du métro à côté de la station La chapelle. Le 2 juin, il en est parti dans les bus vers des centres d’hébergements provisoires. "Deux jours après, j’étais encore dans la rue". Il a alors erré de camp en camp, du Bois Dormoy à la halle Pajol, avant d’atterrir ici. Les traits tirés, il assure vouloir rester en France, et avoir déposé une demande d’asile. Et souligne combien la vie est dure dans ce square, où il attend. Un square qui a mauvaise réputation parmi les migrants, fréquenté, disent-ils, par des toxicomanes et des alcooliques. Progressivement, il est en train de se vider et ses occupants rejoindraient celui de la halle Pajol où, à nouveau, on s'organise.

Une problématique insoluble ?

"On" ? Les migrants, évidemment, mais aussi une dizaine de personnes qui font partie du groupe de soutien. Leur visage est familier ; ils gravitent autour des camps depuis plusieurs semaines et réclament des solutions de logement pérennes pour les migrants. Certains, qu’avaient rencontrés metronews, se revendiquent "autonomes", "libertaires", ou "anarchistes" et apportent du matériel de première nécessité ainsi qu’un peu de nourriture.

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"Je suis conscient de la complexité du problème, nous assure Pascal Julien, élu EELV de l'arrondissement. Mais tant que l'Etat ne prendra pas ses responsabilités et qu'un c entre d'accueil de migrants ne sera pas créé, comme évoqué par Mme Hidalgo [début juin, ndlr] il y aura de nouveaux camps à Paris", comme c'est le cas actuellement.

(1) Prénom d’emprunt

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