A Science-po, des copies pénalisées faute d'écriture inclusive ? C'est faux !

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ÉTUDIANT.E.S - Sciences Po a contesté auprès de LCI.fr la rumeur selon laquelle les copies des étudiants qui n'étaient pas rédigées en écriture inclusive étaient pénalisées. Nous avons remonté l'origine de cette fake-news.

Mise à jour du 26/02 :

Suite à la publication de cet article, Le Figaro étudiant a interrogé plusieurs étudiants qui ont attesté, preuves à l'appui, avoir obtenu un "demi-point 'bonus'" pour avoir utilisé l'écriture inclusive lors d'un partiel de sociologie en deuxième année.

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Le débat sur l'écriture inclusive prend une nouvelle ampleur. Si bien que des élus commencent à voir des obligations partout ? 

Annie Genevard fait partie de la soixantaine de députés qui appelle à "interdire l'écriture inclusive dans les documents administratifs" et pour les personnes morales chargées d'une mission de service public. Pour défendre ce projet de loi, l'élue Les Républicains a assuré sur RMC ce jeudi 18 février qu'une copie d'un étudiant qui n'était pas rédigée en suivant les règles de cette écriture pouvait être pénalisée par les professeurs de Sciences Po. Auprès de LCI.fr, la prestigieuse école dément catégoriquement.

Un guide diffusé en 2017

On ne trouve en effet aucune mention de l'écriture inclusive dans le règlement de la scolarité, qui régit notamment l'évaluation des copies. En interne, on rappelle cependant qu'il y a bien eu un guide publié en 2017 sur le sujet. À destination de l'administration uniquement, il ne concernait pas les professeurs et encore moins les élèves. Et surtout, il n'a jamais eu de caractère obligatoire. Pour preuve, sur le site de l'école, on ne retrouve que deux documents qui mentionnent les termes "écriture inclusive". Le premier est un communiqué de presse qui annonce le lancement de ce manuel. On y lit bien qu'il s'agit d'un "Guide pour une écriture inclusive destiné au personnel administratif".

L'autre est le procès verbal d'un Conseil de la vie étudiante et de la formation (CVEF), daté du 13 novembre 2017. La référente égalité femmes-hommes de l'époque, Régine Serra, est interrogée sur la question. Tout d'abord, elle précise qu'il s'agit d'un texte "construit selon les préconisations du Haut Conseil à l'égalité et du ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur". Parmi les conseils, on trouve "la féminisation des métiers, titres et grades", "l'ordre alphabétique quand nous devons énumérer des noms" et enfin "le dédoublement ou l'écriture épicène". Par exemple, commencer son message par la formule "chers étudiants, chères étudiantes". Ou bien préférer au terme "participante" ou "participant" celui de "personne". "Ce guide ne va pas plus loin." Ainsi, il "ne préconise pas l'utilisation de nouvelles graphies comme le tiret ou le point". De plus, toujours dans le même document, les choses sont clairement posées à plat. L'utilisation de cette écriture "est bien un registre personnel". "Ce n'est ni une démarche, ni une préconisation institutionnelle."

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Mais alors d'où provient cette information diffusée par une élue de la représentation nationale? Interrogée sur les sources de son argument, le cabinet d'Annie Génevard nous renvoie au témoignage de son collègue, François Jolivet. Député LaREM, c'est lui qui est à l'origine de la proposition de loi sur le sujet, transmise ce mercredi à l'Assemblée nationale. En effet, le même jour, cet élu pour qui cette graphie est un choix "personnel et militant", a décrit comme "scandaleux" le récit "des étudiants qui vous disent qu'une copie qui n'est pas écrite en écriture inclusive n'est pas corrigée". Et de poursuivre : "Quand vous avez des écoles très célèbres (...) qui exigent l'écriture inclusive dans des copies, et bien je ne comprends pas", avant de citer "Sciences po". (A la 59e minute dans cette vidéo)

Pas de "preuves formelles"

Interrogé par LCI.fr, le cabinet de François Jolivet reconnait qu'il "n'existe pas de preuves formelles" de cette affirmation. Celle-ci s'appuie en réalité sur "plusieurs entretiens réalisés par le député avec des étudiants" qui "corroborent effectivement ces propos". L'entourage du député de l'Indre nous précise que ces récits "font également état de mails en écriture dite "inclusive", et de la priorité accordée aux mails rédigés ainsi".

Un article du Figaro étudiant est venu apporter la preuve de ces témoignages une semaine plus tard. Sur le campus de Paris, des élèves en deuxième année de sociologie ayant choisi la majeure économie et société ont effectivement été incités à utiliser cette graphie au cours d'un partiel. Une consigne "encourageait" les étudiants à suivre cette écriture, précisant toutefois que "son non-usage ne sera pas pénalisé". Il s'agissait donc uniquement d'un "demi-point 'bonus'" attribué "à celles et ceux qui tenteront de l'utiliser", indique le document cité par le quotidien.

Un reportage évoquait bien quant à lui le récit des mails écrits pour éviter toute discrimination sexiste par le langage. Diffusé sur Cnews le 15 février, un étudiant en sciences politiques se plaignait de ces communications à l'écriture "assez pénible". Militant de l'Union nationale inter-universitaire (UNI), son témoignage était corroboré par Jacques Smitch, délégué de cette même "fédération de la droite dans l'éducation". C'est lui qui assure que "certains enseignants ne répondent pas à des mails écrits par des étudiants qui n'utilisent pas cette écriture inclusive", évoquant une "censure" et un "totalitarisme" au sein des universités françaises.

Sur Twitter, les témoignages d'élèves et de professeurs vont toutefois plutôt dans le sens inverse. "Je suis à Sciences Po depuis deux ans. Je n'ai jamais  rédigé une seule copie en écriture inclusive. Personne ne m'a jamais pénalisé pour ça", écrit un étudiant en réaction aux propos de l'élue. Un professeur, qui lui aussi dit ne pas "défendre" ce style, confirme que "ce que dit cette dame est faux". "J'y enseigne et corrige des copies régulièrement. Je suis bien placé pour le savoir." 

Ce qui est présenté par ces élus comme une vérité factuelle relève donc plutôt d'un témoignage d'une pratique "ultra-minoritaire". Et non pas d'une règle actée au sein de l'établissement public.

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