Accès aux soins des femmes en situation de précarité : il y a urgence

Accès aux soins des femmes en situation de précarité : il y a urgence
SOCIÉTÉ

PRECARITE - Le Haut conseil à l'égalité entre femmes et hommes (HCEfh) publié ce vendredi 7 juillet fait état d'un mauvais accès des femmes en situation de précarité aux systèmes de soins et de santé.

Parler de celles qu'on ne voit pas. C'est en substance la mission que s'est fixée le Haut conseil à l'égalité entre femmes et hommes (HCEfh) en publiant, vendredi 7 juillet, un rapport sur l'accès aux soins des femmes en situation de précarité. Et en dressant le tableau d'une urgence, pour cette population exclue des parcours de santé traditionnels. Le HCEfh part d'un constat, déjà connu : si l'espérance de vie s'allonge, que l'état de santé de la population française connaît depuis longtemps une amélioration constante, les inégalités sociales de santé perdurent toujours.

Et les chiffres sont formels : les femmes constituent 70% des travailleurs pauvres et 57% des bénéficiaires du RSA (revenu social d'activité). Au niveau de leur situation familiale, elles représentent 85% des chef(fe)s de familles monoparentales - dont une sur trois vit sous le seuil de pauvreté. En clair : la majorité des personnes vivant aujourd'hui en situation de précarité sont des femmes, rappelle le HCEfh.

Hausse des accidents de travail

Et les conséquences de cette réalité sociale sont très concrètes. Le Haut conseil les a analysées selon une approche intersectionnelle : c'est-à-dire en prenant en compte des systèmes d'oppression multiples rattachés à la classe sociale, au sexe, ou encore à l'origine. 

Il détermine ainsi que, dans les secteurs à forte précarité, comme le nettoyage par exemple, les accidents du travail chez les femmes ont augmenté de 81% depuis 2001. De même, les femmes en situation de précarité ont un suivi gynécologique qui laisse souvent à désirer : elles sont 31%, dans un ménage au revenu inférieur à 2000 € mensuels, à ne pas avoir réalisé un frottis dans les trois dernières années, contre 19% des femmes vivant dans un ménage aux revenus supérieurs. Autre exemple :  le tabagisme, facteur de risque cardiovasculaire majeur chez les femmes de 45 à 74 ans. Sachez qu'il est plus important chez les chômeuses (45,4%) que chez les femmes qui travaillent (30,2%).

Parmi les raisons avancées par le Haut conseil pour expliquer cet accès aux soins compliqué, il y a le manque de moyens financiers, bien sûr, les freins culturels et symboliques, aussi, pour les femmes migrantes par exemple, et enfin les conditions de travail : quand on change d'horaire de travail d'une semaine sur l'autre, pas facile d'anticiper les rendez-vous chez le médecin...

Pour une meilleure prise en charge des victimes de violences ?

Alors, que faire pour améliorer le parcours de soins des femmes précaires ? Le Haut conseil a bien des idées. Il fait part de plusieurs préconisations aux pouvoirs publics : il faudrait d'abord, selon lui, "mieux évaluer les risques et la pénibilité des postes majoritairement occupés par des femmes en situation de précarité". En modifiant par décret les seuils des critères de pénibilité, par exemple, ou en améliorant la protection des femmes enceintes au travail dans la période prénatale.

Dans la prise en charge, ensuite, de ce public particulier, le HCEfh conseille un remboursement à 100% par l'Etat des soins dispensés aux victimes de violences de genre, ainsi qu'une automatisation de l'accès à la CMU complèmentaire pour les bénéficiaires du RSA. Aussi, la situation pourrait s'améliorer en formant les professionnels de la santé à généraliser le dépistage systémique des violences faites aux femmes et à prévenir le harcèlement sexuel. Egalement, il faudrait penser, selon ce rapport, à prévoir des horaires d'ouverture à amplitude large dans les lieux de soins, afin de mieux s'adapter à un public en précarité.

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Enfin, à un niveau plus large, le HCEfh propose d'intégrer les spécificités des femmes en situation de précarité dans les politiques publiques. Et ce, en commençant d'abord par des statistiques qui soient sexuées dans les contrats de ville et les contrats de ruralité, afin de pallier au problème des déserts médicaux. Ainsi, l'égalité femmes-hommes deviendrait un thème transversal mieux pris en compte dans les avancées futures. 

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