Accusé de sexisme, le prof de l'université Lille 2 se défend : "On vit dans un monde où l'on ne peut plus rien dire !"

Accusé de sexisme, le prof de l'université Lille 2 se défend : "On vit dans un monde où l'on ne peut plus rien dire !"
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EXCLU LCI - Depuis mardi, plusieurs étudiants en première année de droit à Lille 2 ont dénoncé les propos sexistes tenus par l'un de leurs professeurs lors d'un cours magistral. Contacté par LCI, le professeur incriminé se défend pour la première fois. Il réfute tout sexisme et dénonce une polémique "disproportionnée".

Une procédure disciplinaire va être engagée à l'encontre d'un enseignant-chercheur en histoire du droit de la faculté de Lille 2 pour des propos sexistes tenus lors d'un cours en amphithéâtre mardi dernier. Selon plusieurs témoignages d'étudiants recueillis par LCI, le professeur a déclaré, commentant le fait que son micro ne fonctionnait pas : "C'est comme les femmes, il faut taper dessus". Avant de renchérir : "C'est comme les femmes, il faut taper dessus deux fois pour qu'elles comprennent". 


Une poignée d'étudiants a alors quitté l'amphithéâtre, où se trouvaient environ 450 personnes. Aussitôt, l'enseignant en a remis une couche en leur lançant : "Ça, c'est les féministes qui se lèvent (...). Ça ne me dérange pas tant qu'il n'y a pas des Femen, manquerait plus que ça... Enfin quoique !" Des propos rapidement dénoncés par la direction de l'université, qui a présenté ses excuses aux élèves et aux personnels qui auraient été choqués, avant d'annoncer l'ouverture d'une enquête interne.

J’ai dit ça sur le ton de l’humour noir et de l’ironie, pour dénoncer la bêtise du sexismeLe professeur d'histoire du droit

Interrogé par LCI, le professeur, qui souhaite conserver l'anonymat, confirme avoir tenu ces propos mais estime qu'ils ont été sortis de leur contexte. "Les phrases telles qu’elles sont présentées sont exactes. Mais ça a été complètement interprété par quelques étudiants". Il explique avant tout avoir voulu faire une plaisanterie. "J’ai dit ça sur le ton de l’humour noir et de l’ironie, pour dénoncer la bêtise du sexisme. Ca n’aurait jamais dû être pris au premier degré."


Le professeur, qui est également avocat, va même plus loin et estime qu'il est "le contraire d'un sexiste". "J’ai déjà défendu des femmes qui ont subi des violences conjugales. Me sentir accusé de sexisme et d’apologie de la violence sur les femmes, c’est une aberration et c'est tellement contraire à ce que je pense." Il affirme que cette polémique, "complètement disproportionnée", se fait au détriment de son "intégrité" et de son "honneur".

J’ai les épaules solides et j’ai ma conscience pour moi. Mais pour certains autres collègues, ce serait un coup à se foutre en l’airLe professeur d'histoire du droit

Jeudi, plusieurs étudiants (d'une promotion différente) ont envoyé une lettre au doyen. Ils lui demandent de "prendre au second degré ce que le professeur a pu dire". Ils ajoutent : "Monsieur X n'a certainement pas voulu blesser, diviser ou donner une opinion sexiste, nous pensons que l'humour peut être de toutes les couleurs. Certains élèves n'ont tout simplement pas bien interprété ce qui a été dit." 


Une initiative appréciée par le professeur incriminé, qui indique avoir reçu beaucoup de messages de soutien depuis le début de la controverse. "La grande majorité des étudiants qui étaient présents m’ont adressé des mails en me disant qu’ils ne comprenaient pas cette polémique." 


Toujours interrogé par LCI, le professeur d'histoire du droit regrette que l'on vive aujourd'hui "dans un monde où l'on ne peut plus rien dire, où tout est transformé, déformé". "Ne peut-on plus faire d’humour ? Ne peut-on plus aborder des sujets délicats même sous la forme de l’humour ? Je pense que non. Ou alors il faut être extrêmement prudent", ajoute-t-il. Et de conclure : "J’ai les épaules solides et j’ai ma conscience pour moi. Mais pour certains autres collègues, ce serait un coup à se foutre en l’air".

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