Aéroport de Notre-Dame-des-Landes : trois médiateurs nommés, et déjà des critiques chez les élus locaux

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BIS REPETITA - Le gouvernement a nommé jeudi trois médiateurs pour tenter de faire retomber la pression dans le dossier de Notre-Dame-des-Landes, mais l'un d'eux suscite les critiques de tous les pro-aéroport : Gérard Feldzer, jugé "militant" et opposé au projet.

Un ex-pilote, Gérard Feldzer ; une préfète, Anne Boquet ; un ingénieur, Michel Badré. Ils sont trois, et étaient censés faire baisser la pression sur le dossier de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes. C’est plutôt l’inverse qui se produit. Alors que le gouvernement a révélé jeudi les noms des trois médiateurs chargés de se pencher sur le dossier, la fronde a éclaté en Loire-Atlantique. Cible des critiques, l’un des médiateurs, Gérard Feldzer, ancien pilote de ligne. 


L’un des premiers à dégainer a été le président de Région Bruno Retailleau, qui a lancé son communiqué sitôt les noms connus. Il dit avoir appris "avec stupéfaction" le nom de l’expert aéronautique. "Gérard Feldzer est un opposant notoire à l’aéroport du Grand Ouest, ancien directeur de campagne de Nicolas Hulot en 2006-2007 et ancien Conseiller régional d’Île-de-France sur la liste Europe Écologie entre 2010 et 2015", a-t-il rappelé, soulignant le fait que "ce parti soutient officiellement  l’occupation illégale de la ZAD et a remis en cause le résultat de la consultation démocratique du mois de juin dernier". Bref, pour lui, "cette médiation est une mascarade, je ne me prêterai pas à une parodie de concertation".

Il a réitéré ses positions lors d’une conférence de presse ce vendredi, en demandant le retrait du médiateur. 

"On nomme un opposant notoire dans cette mission de méditation. Tout de suite, ça transforme la mission, ça l’entache d’une suspicion", plaide-t-il. "Car si ce doit être une médiation d’apaisement, il faut toutes les garanties de neutralité, d’impartialité, pour que cette mission soit menée. Un militant ne peut pas être un médiateur."

Collectivités territoriales, Département, Ville de Nantes, Parti socialiste comme Les Républicains demandent depuis des années le démarrage du chantier et l'évacuation de la ZAD, occupée depuis près de 8 ans par quelques 200 anti-aéroports,  soutenus par des dizaines de milliers de personnes prêtes à débarquer sur le terrain à la moindre intervention policière. 


La maire de Nantes a également envoyé un message au gouvernement sur Twitter. Plus policé, mais néanmoins ferme. "Besoin de sérénité, de transparence et de neutralité dans la médiation", écrit-elle, relayant un communiqué du Syndicat mixte aéroportuaire, qui regroupe les collectivités pro-aéroport, lequel indique que la nomination de Gérard Feldzer n’apporte par les "garanties indispensables" de "transparence et d’indépendance". "Son passé d’élu ainsi que ses prises de position contre l’aéroport du Grand Ouest jettent le discrédit sur la médiation avant même qu’elle ne démarre", est-il écrit. Le syndicat demande la mise en retrait du pilote, comme préalable à la prochaine étape, une rencontre prévue mercredi prochain à Matignon avec les collectivités et le Premier ministre. 

Son homologue PS à la tête du département de Loire-Atlantique, Philippe Grosvalet, menace lui aussi de boycotter le rendez-vous organisé sur le sujet mardi prochain à Matignon. 


Les deux autres profils des médiateurs sont moins contestés. Anne Bocquet est une énarque de 65 ans, préfète de plusieurs départements (Indre, Yvelines, Côte d’Or) et d’une région, la Bourgogne, en 2010. Michel Badré, 69 ans, est membre du Conseil économique, social et environnemental (CESE), au titre de la protection de la nature et de l’environnement, mandaté par l’association Humanité et biodiversité. Polytechnicien, ingénieur du Génie rural des eaux et des forêts, il a travaillé près de trente ans à l’Office national des forêts (ONF), puis à l’inspection générale du ministère de l’environnement entre 2003 et 2008.

Une médiation, ce n'est pas nouveau

Reste que, outre la polémique sur les noms, la tentative de médiation n’est pas nouvelle. Et ces trois noms en rappellent d’autres. En 2012, après les affrontements violents sur la Zad, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault avait institué une commission du dialogue, constituée de trois experts, qui après avoir rencontré toutes les parties, avait rendu un rapport au Premier ministre. Ils concluaient à l'utilité du projet mais recommandaient une amélioration des mesures de compensation environnementale.  En avril 2016, Ségolène Royal avait demandé un nouveau rapport, qui n’avait pas davantage fait avancer le dossier. En juin dernier enfin, à l’initiative de la ministère de l’Ecologie, un référendum – largement décrié au niveau local à ses débuts – avait vu le oui à l’aéroport l’emporter de 55, 17% des voix. 

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