Affaire Weinstein : un mois après le début des révélations, où en est-on ?

POINT RECAP' - Il y a un mois, les révélations concernant Harvey Weinstein ébranlaient la planète Hollywood avec un retentissement mondial. La parole s'est libérée, les victimes sont sorties du silence et le producteur en disgrâce se retrouve déchu de son statut de producteur le plus influent du cinéma. Quatre semaines après le début de l'affaire, LCI fait le point.

Un mois après les révélations du New York Times et du New Yorker sur le producteur Harvey Weinstein, accusé depuis par une centaine d'actrices ou ex-collaboratrices d'harcèlement, agressions sexuelles ou viols, les langues se sont déliées et d'autres idoles du 7e art sont tombées. 


Des acteurs se sont excusés d'avoir eu un comportement déplacé, voire condamnable, des patrons d'entreprises ont été limogés, des projets ont été suspendus, des ministres ont démissionné et des stars ont été dégagées de certaines séries. Bref, Hollywood a sombré dans un chaos total et désormais, c'est un changement des mentalités qui est attendu. Que s'est-il passé depuis un mois ? LCI fait le point. 

Le cas Weinstein

Le 5 octobre 2017. Coup de tonnerre. Le tout-puissant producteur hollywoodien Harvey Weinstein est accusé de harcèlement sexuel par plusieurs femmes, dont les actrices Ashley Judd et Rose McGowan, dans une enquête du New York Times. Le magnat présente ses excuses et se met en congé de sa société de production, la Weinstein Company. Il aura fallu vingt ans pour que les médias, eux-mêmes souvent soumis à des pressions de la part du producteur, obtiennent le témoignage de victimes présumées. 


Trois jours plus tard, Weinstein est licencié par sa maison de production. Le 7 octobre, une enquête du New Yorker dévoile de nouvelles accusations contre lui. Trois femmes, dont la comédienne Asia Argento, l'accusent de viol. Le 11 octobre, il est suspendu de l'académie du cinéma britannique et le 14, exclu de l'Académie américaine du cinéma, qui remet les prestigieux Oscars.  Dans la foulée, l'Académie de la télévision, qui remet les Emmy Awards, exclut Weinstein à vie, tout comme le syndicat des producteurs d'Hollywood. 


 Ce lundi 6 novembre, le New Yorker publie une enquête sur les méthodes d'Harvey Weinstein pour intimider les victimes présumées ainsi que les journalistes qui pouvaient faire fuiter l'affaire. 


Invisible depuis le début de l'affaire, Weinstein dit quant à lui se soigner dans un centre.

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Royaume-Uni : Harvey Weinstein au bûcher

Les victimes de Weinstein sont sorties du silence et ont rompu l'omerta

Elles sont des centaines à avoir gardé le silence durant des années sur les agissements du producteur. Des actrices britanniques, américaines, françaises, italiennes ... Toutes ces femmes qui ont témoigné à visage découvert dans diverses publications ont brisé l'omerta qui régnait jusqu'à présent sur les actes de l'un des producteurs les plus prolifiques du cinéma américain. Emmenées par Rose McGowan et Asia Argento, des dizaines de femmes ont ainsi déclaré avoir été victimes du magnat. D'anciennes collaboratrices ont aussi dévoilé la façon dont l'homme surveillait ses victimes et comment il s'y prenait pour intimider celles-ci. 


Les polices londonienne et américaine ont ouvert des enquêtes sur le producteur. A New York, le procureur de Manhattan Cyrus Vance a assigné un enquêteur spécialisé dans les crimes sexuels.

Des idoles sont tombées

Les révélations faites, certaines femmes ou hommes ont évoqué d'autres figures du cinéma. Ces hommes sont aussi désormais de présumés agresseurs ou harceleurs, voire violeurs. 


James Toback ("Bugsy", "Le Dragueur") : le réalistateur est accusé par 38 femmes de harcèlement et de relations sexuelles non consenties, commises sur plusieurs décennies. Le Los Angeles Times a reçu plus de 300 témoignages de femmes pour des faits similaires. James Toback, 72 ans, nie toutes les accusations. La police de Beverly Hills a annoncé l'ouverture d'une enquête. 


Bret Rattner, autre figure d'Hollywood est lui aussi, accusé de violences sexuelles. Natasha Henstridge ("La Mutante") évoque une fellation forcée alors qu'elle avait 19 ans. Le cinéaste rejette toutes ces accusations et a déposé plusieurs plaintes en diffamation. 


Dustin Hoffman, autre monstre sacré d'Hollywood, âgé de 80 ans, est dénoncé par l'écrivaine Anna Graham Hunter pour plusieurs mains aux fesses et des propos chargés sexuellement en 1985, quand elle avait 17 ans. La productrice et auteure Wendy Riss Gatsiounis l'accuse aussi d'agression sexuelle en 1991. Aucune enquête n'est en cours contre l'acteur, qui s'est excusé pour avoir pu mettre Mme Hunter "dans une position inconfortable". 


Kevin Spacey lui, a tout bonnement été viré de la série "House of Cards" diffusée sur Netflix.  Le tournage de la saison six a été interrompu brutalement et la diffusion d'un film coproduit et joué par Spacey, "Gore", annulée. L'acteur Anthony Rapp, 46 ans, accuse en effet le monstre sacré du cinéma doublement oscarisé ("Usual Suspects", "American Beauty") de l'avoir agressé en 1986 alors qu'il avait 14 ans. Un autre acteur affirme anonymement au site Vulture avoir été violé par le comédien  en 1984 alors qu'il était âgé de 15 ans. Selon CNN, huit membres de l'équipe de production de la série ont dénoncé le comportement de "prédateur" de l'acteur de 58 ans. L'un d'entre eux l'accuse par exemple de harcèlement et d'une agression sexuelle. L'acteur a présenté ses "excuses sincères" à Anthony Rapp, affirmant ne pas se souvenir de l'incident, avant de se murer dans le silence. La police britannique a ouvert une enquête pour une agression sexuelle en 2008 au sein de l'Old Vic, le théâtre dont Spacey fut le directeur artistique de 2004 à 2015.

Hollywood est plongé dans un chaos jamais vu

Le séisme provoqué par ces révélations a mis Hollywood et toute l'industrie sans dessus-dessous. Des projets ont été abandonnés, des films annulés, la course aux Oscars se retrouve chahutée...  "Qui sera le prochain ?" interrogeait ce dimanche le Los Angeles Times. "C'est un chaos qui j'espère va ouvrir la voie à la guérison", a constaté l'actrice vedette Jessica Chastain dans un entretien à l'AFP. Pour un journaliste de Variety, vieux routard des plateaux de cinéma et familier du milieu, c'est du "jamais vu". Plus personne ne veut être associé de près ou de loin à tout projet portant le sceau des frères Weinstein, alors qu'il y a encore quelques mois, il était gage de prestige. Même Oliver Stone, soutien de Weinstein, a décidé de se retirer de leur projet de série "Guantanamo". Le dernier film de la Weinstein Company, "Amityville : the awakening", sorti en octobre, a récolté... 742 dollars au box-office américain selon Boxofficemojo.Com, et la société de production, déjà fragilisée par une série de flops, est au bord de la faillite.


Mais le raz-de-marée Weinstein a tout emporté sur son passage car d'autres producteurs et studios de cinéma annulent à tour de bras les projets. Chez Warner Bros, le holà vient d'être mis à un partenariat financier de centaines de millions de dollars avec Brett Ratner et sa société Ratpac. Amazon a limogé son directeur Roy Price, visé par des accusations d'harcèlement sexuel. Un licenciement qui a eu pour dommage collatéral : la série télé très attendue de David O'Russell ("Joy", "Happiness Therapy"). Pour Julianne Moore, qui figure au casting avec Robert de Niro, celle-ci a été "torpillée". Une scénariste qui travaille depuis des mois sur un projet de série pour Amazon a aussi avoué à l'AFP n'avoir plus aucune visibilité. Le géant du "streaming" Netflix est lui aussi en pleine crise. Il a donc dû débarquer à toute vitesse la star de sa série phare "House of Cards" en raison des accusations contre Kevin Spacey. 


La course des Oscars se retrouve également bousculée : Sony Pictures misait sur le dernier Ridley Scott, "Tout l'argent du monde", avec Kevin Spacey dans l'un des rôles principaux. Mais désormais, plus question de faire campagne pour une statuette. 

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Weinstein mis au ban, les harceleurs épinglés sur les réseaux sociaux

La politique et la mode ébranlées

Le monde du cinéma n'est pas le seul milieu à avoir été fortement ébranlé par ces révélations. Côté politique, des hommes ont démissionné de leurs fonctions, comme le ministre britannique de la Défense. Au Royaume-Uni, deux autres membres du gouvernement, le vice-Premier ministre Damian Green et le secrétaire d'Etat au commerce international Mark Garnier, sont mis en cause pour harcèlement. Et trois députés conservateurs font l'objet d'une enquête du parti tory après la mise en place d'un nouveau code de conduite interne. Le scandale a emporté deux ministres de gouvernements régionaux, Mark McDonald (SNP) en Ecosse et Carl Sargeant (Labour) au Pays de Galles. L'opposition travailliste a aussi suspendu un de ses députés et enquête sur une affaire de viol. Aux Etats-Unis, l'ancien président américain George H.W. Bush a présenté des excuses à une actrice qui l'accuse de l'avoir "agressée sexuellement" en la "touchant par derrière" lors d'une projection il y a quatre ans. 


En France, Pierre Joxe, ancien ministre est accusé par l'écrivaine Ariane Fornia, d'agression sexuelle lors d'une soirée à l'opéra à Paris en 2010. Dans un post de blog publié le 18 octobre et intitulé "#moiaussi: pour que la honte change de camp", la jeune femme avait décrit une agression sexuelle par un "ancien ministre de Mitterrand", plus tard désigné comme Pierre Joxe, 82 ans aujourd'hui, lors d'une représentation à l'Opéra Bastille à Paris. L'ancien ministre a dénoncé "un tissu de contre-vérités" en lui demandant "des excuses écrites et publiques". Ce que cette dernière refuse de faire. Un homme politique autrichien de renom, Peter Pilz, responsable d'une plateforme anti-establishment qui a remporté plusieurs sièges au Parlement, a démissionné samedi 4 novembre de son mandat de député et de la tête de sa formation, à la suite d'accusations de harcèlement sexuel.


Le milieu de la mode fait lui aussi, le ménage. Le groupe Condé Nast, propriétaire de prestigieux magazines comme Vogue, Vanity Fair, ou GQ, a annoncé avoir demandé aux dirigeants des différents pays dans lequel il est implanté de ne plus faire travailler Terry Richardson. L'interdiction de Condé Nast est intervenue après que le Sunday Times britannique eut publié un article qualifiant celui-ci de "Weinstein de la mode", rappelant que des mannequins se plaignaient depuis des années de son comportement. Quant aux marques Valentino, Bvulgari ou encore Diesel, elles ont annoncé qu'elles ne travailleraient plus avec le photographes. "Nous n'avons pas de nouvelle campagne prévue avec lui et prenons évidemment ces allégations contre Terry Richardson très au sérieux", a déclaré mardi un porte-parole de la maison de couture italienne Valentino au site d'informations The Daily Beast. Valentino travaillait régulièrement avec Richardson, qui avait encore réalisé tout récemment pour la marque une campagne intitulée "Resort 2018", selon plusieurs sites spécialisés. 

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Après le scandale Harvey Weinstein, la parole se libère selon les associations de défense des femmes

La parole s'est libérée

Dans la foulée de ces révélations, des millions de femmes, de par le monde, ont pris la parole, racontant sur les réseaux sociaux comment elles avaient été harcelées, agressées, voire violées par des hommes. Comment et surtout pourquoi elles ont gardé le silence sur ce qu'elles avaient vécu. De #balancetonporc à #metoo, ce fut une déferlante de révélations sur Twitter et les réseaux sociaux. La police de Montréal a mis en place un numéro de téléphone dédié aux harcèlement sexuel, dans la foulée des révélations. Elle affirme avoir reçu 463 appels en moins de trois semaines, selon un communiqué. Parmi ces dénonciations, "98 appels ont résulté en ouvertures de dossiers d'agressions sexuelles", indique le Service de police de la ville de Montréal (SPVM). Des témoignages publiés le mois dernier par les quotidiens montréalais La Presse et Le Devoir avaient mis en cause deux vedettes du milieu artistique, l'animateur Eric Salvail et le fondateur du groupe Juste pour Rire, Gilbert Rozon - des accusations qui ont conduit M6 à se séparer de celui qui était juré dans "La France a un incroyable talent".


En France, une centaines de personnalités féminines de la société civile, artistes, comédiennes, réalisatrices, écrivaines, journalistes, médecins...demandent au président Macron de décréter "un plan d'urgence contre les violences sexuelles" dans une tribune publiée dans le JDD dimanche. Cet appel, initié par des militantes féministes, dont Caroline de Haas, sera mis en ligne sur la plateforme Change sous forme d'une pétition (http://1femmesur2.fr). Elle a déjà été signée par une centaine de personnalités, qui ont été "comme tant d’autres, harcelées, agressées ou violées", selon ses initiatrices. Le texte adressé à Emmanuel Macron rappelle qu'il fait suite à l'afflux de témoignages arrivés dans la sphère publique depuis la révélation du scandale Weinstein aux Etats-Unis. Il entend dénoncer l'"insupportable déni collectif" dont sont victimes les femmes, dans "une société qui (les) maltraite", selon ses auteures. Elles réclament un "plan d'urgence" à la hauteur des politiques publiques et des moyens mis en oeuvre en matière de sécurité routière, "qui ont montré des résultats". 

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Hollywood : le scandale Harvey Weinstein

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