Affaire Naomi Musenga : de nombreuses zones d'ombre à éclaircir

ENQUÊTE - L'opératrice du Samu qui a pris en charge l'appel de détresse de Naomi Musenga, décédée en décembre dernier, fait l'objet de toutes les colères. Mais pour l'avocat de la famille de la jeune femme, c'est tout le parcours de soins qui doit être analysé.

Depuis que l'histoire de Naomi Musenga a été rendue publique, l'assistante de régulation médicale du Samu qui l'a moquée au téléphone est au cœur de tous les griefs. Mais aujourd'hui, alors qu'une enquête judiciaire est formellement ouverte par le parquet de Strasbourg, la famille veut voir plus loin. Elle "ne souhaite surtout pas", selon les propos de l'avocat Mohamed Aachour, "que l'opératrice soit la seule responsable dans cette affaire. Elle a évidemment une responsabilité au regard de cet enregistrement, mais toute la chaîne des responsabilités doit être analysée", poursuit-il.


Agnès Buzyn est de cet avis. En effet, la ministre elle-même estime que "l'ensemble du dossier montre qu'il y a eu de nombreux dysfonctionnements". Quelles sont les zones d'ombre qui persistent dans cette affaire ? Quelles étapes de la chaîne de soins soulèvent aujourd'hui des questions ? 

Une mauvaise prise en charge par les pompiers ?

La première intervenante, sur la bande-son de l'enregistrement, n'est pas l'assistante de régulation médicale, mais bien une opératrice des pompiers. Or, on peut l'entendre elle aussi ironiser clairement sur les propos de Naomi : "Elle dit qu'elle va mourir..." explique-t-elle sur le ton de la confidence à l'ARM du Samu. Une attitude qui fait dire à François Braun, président de Samu-Urgences de France (SUdF), qu'il existe là une "succession de dysfonctionnements".


Les pompiers du Bas-Rhin, de leur côté, ont indiqué mercredi 9 mai que leur procédure en vigueur avait "bien été respectée". "Une opératrice des pompiers a bien réceptionné l'appel de Madame Musenga, transmis par les services de police. L'appel a ensuite été transféré au Samu conformément aux dispositions conventionnelles Sdis-Samu", expliquent-ils dans un communiqué.

Pourquoi une autopsie si tardive ?

Selon les éléments fournis par la famille, l'autopsie du corps de Naomi a été réalisée cinq jours après son décès, sur un corps dans un "état de putréfaction avancé". Aujourd'hui, ses proches veulent obtenir des réponses sur ces pratiques. "Lorsqu'un délai entre le décès entre l'autopsie est de 112 heures, cela interroge", a notamment déclaré  Mohamed Aachour, avocat de la famille, sur LCI. "Lorsqu'on vous indique que le corps est dans un état de putréfaction avancé, cela interroge aussi sur les conditions de conservation du corps. Quatre mois pour ne pas avoir une information claire, nette et précise, ce n'est plus de la responsabilité de l'opératrice."


D'où ces questions qui s'élèvent : alors que le décès de Naomi est survenu un 29 décembre, "est-ce qu'il y avait suffisamment de personnel à ce moment-là pour pratiquer l'autopsie dans un délai raisonnable?" Et y avait-il "assez de place, assez de moyens" dans la chambre froide ?

Sur ce point, le directeur de l'hôpital de Strasbourg ne confirme pas à ce stade le délai critiqué par la famille. "Mais c'est un ressenti très légitime pour la famille qui peut trouver ce délai long. Nous allons leur apporter toutes les réponses nécessaires mais pour le moment, cette autopsie à visée scientifique, demandée par les médecins pour connaître les causes de la mort de la jeune femme, ne comporte pas d'anomalie."

Pourquoi l'ARS n'a-t-elle pas été informée ?

Voilà un autre maillon de la chaîne qui, dans l'affaire Naomi, pourrait avoir failli. Arpès l'avoir évoqué mercredi sur LCI, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a insisté ce jeudi sur France Info : "Quand il y a un événement indésirable grave qui aboutit au décès, on doit obligatoirement en référer à l'Agence régionale de santé (ARS) qui doit mener une enquête, voire le faire remonter au ministère." Or, suite à la mort de la jeune femme, l'ARS n'a rien reçu. 


L'hôpital a-t-il été informé de la non-prise en charge de Naomi Musenga par le Samu comme tout le monde, par voie de presse ? Pourquoi aucune enquête interne n'a-t-elle été ouverte avant le début du mois de mai, alors que le décès remonte au mois de décembre ? Autant de questions que l'enquête de l'IGAS, autant que l'enquête judiciaire, devront éclaircir.

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