Affaire Duhamel : le directeur de Sciences Po Paris, Frédéric Mion, démissionne

Frédéric Mion, directeur de Sciences Po Paris, a annoncé sa démission mardi 9 février 2021, suite aux accusations le visant dans l'affaire Duhamel.

SORTIE - Le directeur de Sciences Po Paris, Frédéric Mion, a donné sa démission mardi soir. Sa décision fait suite à une série de révélations dans l'affaire Duhamel, accroissant encore un peu plus la défiance à son encontre au sein de la prestigieuse institution.

Poussé vers la sortie, Frédéric Mion a présenté sa démission mardi soir. Les étudiants de Science Po reprochaient à leur directeur d'avoir nié être au courant des agissements d'Olivier Duhamel, président démissionnaire de la Fondation nationale des Sciences politiques (FNSP) qui chapeaute Sciences Po, après les révélation à son sujet. Le politologue est accusé par sa belle-fille Camille Kouchner d'avoir agressé sexuellement son frère jumeau quand il était adolescent.

Après avoir feint la stupeur au moment de ces révélations, Frédéric Mion, directeur de Sciences-Po Paris depuis 2013, avait admis auprès du Monde avoir été alerté en 2018 par l'ex-ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, des accusations d'inceste visant Olivier Duhamel. Des appels à sa démission avaient déjà fusé. Il a ensuite expliqué avoir contacté un proche de d'Olivier Duhamel, qui lui aurait certifié que les rumeurs étaient sans fondement.

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Inceste : la parole se libère

Des "erreurs de jugement" et des "incohérences" reconnues

Mi-janvier, le ministère de l'Enseignement supérieur avait annoncé le lancement d'une inspection pour établir les "responsabilités" et d'"éventuelles failles" au sein de l'école sur cette affaire. Si le rapport provisoire "confirme qu’aucun système de silence concerté ou de complaisance n'a existé au sein de notre établissement", il "pointe toutefois de ma part des erreurs de jugement dans le traitement des allégations dont j’avais eu communication en 2018, ainsi que des incohérences dans la manière dont je me suis exprimé sur le déroulement de cette affaire après qu’elle a éclaté", reconnaît Frédéric Mion dans un message adressé mardi soir à la communauté éducative et aux étudiants de Sciences Po, publié sur Twitter. 

Des zones d'ombres persistent

Si cela n'est pas évoqué dans la lettre de Frédéric Mion, il est à supposer que de nouvelles révélations pourraient également avoir précipité sa décision. En janvier, le préfet d'Ile-de-France Marc Guillaume avait aussi annoncé démissionner des fonctions occupées dans "des établissements" où il avait "travaillé avec Olivier Duhamel", dont Sciences Po, tout en assurant qu'il ignorait "totalement" les accusations d'inceste visant le constitutionnaliste. Or mardi, des articles de presse ont indiqué que le préfet, interrogé en début de semaine dernière par les enquêteurs de la mission d’inspection, avait bien été alerté par Frédéric Mion d'accusations à l'encontre du politologue, ce que niait le directeur de Sciences Po.

Le soulagement des étudiants

Courant janvier, le directeur de 51 ans faisait comprendre à des journalistes qu'il prendrait la décision de démissionner seulement si le rapport d'enquête le mettait directement en cause. Selon son entourage, il aurait initialement songé à partir dès que les accusations d'inceste sont sorties dans la presse, mais il en aurait été dissuadé par plusieurs membres de son équipe de direction, qui selon des éléments recueillis par l'AFP lui a alors soufflé: "impossible de laisser la maison sans directeur dans cette conjoncture-là".

S'il se sentait plutôt soutenu en interne, depuis le début de l'affaire des centaines d'étudiants, professeurs et salariés de Sciences-Po réclamaient sa démission, après ses différents "mensonges". Un collectif, "Mion démission", s'était même monté au sein de l'école. Après l'annonce de Frédéric Mion, certains étudiants et membres du collectif ont exprimé leur grand soulagement. "Des larmes de joie, de soulagement, d’épuisement, de fierté aussi, bref, de beaucoup beaucoup d’émotions. Rappelons que ces luttes sont nécessaires, utiles, légitimes, primordiales, et qu’elles ne se font pas toutes seules", écrit une étudiante.

"Je ressens beaucoup de soulagement après six semaines de mobilisation et de découverte des dessous de l'affaire 'Mion-Duhamel'", a de son côté réagi auprès de l'AFP Luka, un membre du collectif "Mion démission". "Sciences Po va pouvoir devenir un espace plus 'safe' pour la libération de la parole des victimes de violence sexuelle".

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Cette démission intervient au moment où des messages d'étudiantes se disant victimes ou témoins de comportements et violences sexistes, y compris des viols, dans plusieurs autres IEP de France se multiplient sous le hastag #sciencesporcs, notamment sur Twitter. Une enquête préliminaire a été ouverte pour viol à Toulouse, deux pour agressions sexuelles à Grenoble et un signalement à la justice a été fait à Strasbourg.

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