Affaire Ramadan : dans sa nouvelle Une, Charlie Hebdo accuse Edwy Plenel et Mediapart d'avoir fermé les yeux

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ATTAQUE - Une semaine après la Une consacrée à Tariq Ramadan, Charlie Hebdo s'en prend à Edwy Plenel dans son numéro de mercredi, accusant "Mediapart" et son cofondateur Edwy Plenel d'avoir fermé les yeux sur les agressions sexuelles et viols présumés de l'islamologue.

Une semaine après sa Une très remarquée sur l'affaire Tariq Ramadan, montrant le théologien en érection, légendé "Je suis le 6e pilier de l’Islam", Charlie Hebdo a décidé de s’en prendre au journaliste Edwy Plenel et à Mediapart, le site qu'il dirige. On y voit quatre visages de l’intéressé, sur un fond rouge, dont trois se couvrant à tour de rôle la bouche, les oreilles et les yeux avec leur moustache, faisant référence aux fameux singes de la sagesse.


Au milieu de ces quatre dessins, un titre simple mais lourd de sens : "Affaire Ramadan, Mediapart révèle : 'On ne savait pas'". Par cette Une, le journal satirique accuse le site d’enquêtes, son dirigeant Edwy Plenel en tête, d’avoir fermé les yeux sur les agissements présumés de l’islamologue Tariq Ramadan, visé par plusieurs plaintes pour agressions sexuelles et pour viols.

Un débat avec Ramadan qui fait grincer des dents

En attaquant l’ancien directeur de la rédaction du Monde, l’hebdomadaire fait référence aux rapports qu’il entretient avec Tariq Ramadan, avec qui il a notamment débattu en 2015 à Brétigny-sur-Orge. Épisode sur lequel Plenel s’était justifié, qualifiant Ramadan d'"intellectuel responsable" sur le plateau du Petit Journal de Yann Barthès. De plus, Mediapart avait consacré une longue enquête à Tariq Ramadan, revenant ainsi sur les multiples étiquettes données au théologien, de vitrine du Qatar à gourou pour les djihadistes en passant par "l’homme aux mille discours". Sans pour autant aborder les soupçons d’agressions sexuelles et de viols à son égard.


Et pour cause : le 5 novembre dernier, Plenel assurait sur le plateau de l’émission Clique, animée par Mouloud Achour, ne rien savoir concernant les agissements de Tariq Ramadan, se défendant d’être son ami sous prétexte qu’il a débattu une fois avec lui. En réaction à la Une de Charlie-Hebdo l’incriminant, le fondateur de Mediapart a partagé sur Twitter la Une, accompagné d'une citation de l'écrivain et intellecutel pacifiste Romain Rolland : "'Ils peuvent me haïr, ils ne parviendront pas à m’apprendre la haine'."

C’est une caricature. Charlie Hebdo a le droit de la publier. Mais ce qu’elle affirme est faux et infamant.La société des journalistes de Mediapart.

D'autres membres de la rédaction se sont exprimés, à l'unisson. Fabrice Arfi, à l'origine des révélations Cahuzac, a indiqué : "Soutien absolu à Charlie quand ils sont menacés ; les combattre avec les mots, les idées et les faits face à une Une (demain) aussi abjecte." Le tout suivi d’un autre tweet : "Le message est: Mediapart a couvert des crimes. C’est immonde." Et l'enquêteur de rappeler les multiples enquêtes consacrées par le site à Tariq Ramadan.

Dans un communiqué, la société des journalistes du site d'enquêtes a aussi exprimé son indignation : "La liberté de la presse et la liberté d’expression par les caricatures ne sont pas négociables. Cette liberté nous engage, journalistes et caricaturistes. Elle ne nous donne pas licence pour désinformer et calomnier. (...) C’est une caricature. Charlie Hebdo a le droit de la publier. Mais ce qu’elle affirme est faux et infamant."


"Mediapart a longuement enquêté sur Ramadan, et publié une série d’articles à son sujet en avril 2016. Lors de ce travail au long cours, la rédaction n’a jamais eu connaissance de la moindre accusation de harcèlement, d’agression sexuelle, ni de viol. Si cela avait été le cas, nous aurions bien sûr enquêté à leur sujet." ajoute la SDJ.

Valls également critique envers Plenel

Cette Une très offensive de Charlie Hebdo s'ajoute à la liste des contempteurs de Mediapart et de son célèbre cofondateur. Ce dimanche, sur le plateau du Grand Rendez-Vous Europe 1/Les Échos/CNews, Manuel Valls, qui a multiplié les prises de parole au sujet de Tariq Ramadan, en a profité pour établir un lien entre les deux hommes. L’ancien Premier ministrey avait notamment déclaré, alors qu'il incendiait le prédicateur : "Il faut que la vérité éclate sur ce soi-disant intellectuel (…) ses invitations sur tous les plateaux, ses amitiés, ses complicités", citant nommément le journaliste parmi ces dernières.

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