Affaire Vincent Lambert : l'acharnement thérapeutique, c'est quoi ?

SOCIÉTÉ

FIN DE VIE - Alors que le Conseil d'Etat doit statuer vendredi sur le sort de Vincent Lambert, metronews revient sur la notion d'acharnement thérapeutique, qui pose problème dans ce dossier et dont les contours définis par la loi restent flous.

MISE À JOUR MERCREDI 10 JUIN 2015 : LA COUR EUROPÉENNE DES DROITS DE L'HOMME S'EST PRONONCÉE VENDREDI 5 JUIN 2015 POUR L'ARRÊT DES SOINS LE CONCERNANT; EN RÉACTION, LES PARENTS DU TRENTENAIRE DEVENU TÉTRAPLÉGIQUE ONT DIFFUSÉ UNE VIDÉO POUR "PROUVER" QU'IL RÉAGISSAIT, CONTRAIREMENT À CE QUE FAIT VALOIR SA FEMME.

EN SAVOIR + >> Une vidéo dérangeante pour prouver que Vincent Lambert "réagit"

La difficile question de la fin de vie est de nouveau à l'ordre du jour vendredi. Une audience du Conseil d'Etat doit arbitrer sur la fin de vie de Vincent Lambert, ce tétraplégique en état de conscience minimal. La justice doit départager une famille déchirée dans laquelle sont opposés la femme et le neveu de cet homme de 39 ans, qui plaident pour l'arrêt des traitements, aux parents, qui réclament son maintien en vie. L'enjeu du débat : l'acharnement thérapeutique, ou "obstination déraisonnable", et la pertinence d'une loi "peu, voire pas du tout appliquée". Explications.

Que dit la loi Leonetti ?
Votée le 22 avril 2005, la loi est censée protéger les malades et encadrer la fin de vie afin de garantir le droit à mourir dans la dignité. L'idée est d'offrir au corps médical "un cadre de réflexion et de décision" élaborée de manière "collégiale" autour d'un projet thérapeutique. En concertation avec la famille, les médecins doivent définir le caractère raisonnable ou déraisonnable d'un acte médical et évaluer le bénéfice risque pour le patient. Problème, soulevé par le docteur Gérard Kierzek, médecin urgentiste à l'Hôtel-Dieu de Paris : "Cette loi est peu, voire pas du tout appliquée", confie-t-il à metronews.

Qu'est ce que "l'obstination déraisonnable" ?
En France, l'euthanasie active est interdite. Toutefois, la loi Leonetti interdit également l'acharnement thérapeutique, appelée obstination déraisonnable, jugée contraire à la dignité humaine. En clair, quand les soins n'apportent aucun bénéfice au patient, le corps médical doit cesser de le maintenir en vie artificiellement pour "préserver sa dignité". On parle alors d'euthanasie passive, à laquelle s'est jusqu'à maintenant opposée la justice dans le cas de Vincent Lambert

Pourquoi le cas de Vincent Lambert fait-il polémique ?
Au-delà du débat idéologique qui oppose les partisans de l'euthanasie aux pro-life, le cas de Vincent Lambert pose un problème de définition. Acharnement déraisonnable ou pas ? Le corps médical du CHU de Reims, qui a diagnostiqué un état de conscience minimale, l'affirme. D'autres, comme le docteur Kierzek, sont moins convaincus. "Il n'a pas de machine qui le fait respirer. Il ne s'agit donc pas d'un acharnement thérapeutique." "Une personne en état pauci-relationnel a toutes ses fonctions vitales, poursuit l'urgentiste. Son coeur bat, ses poumons respirent, même s'il a très peu de relation avec l'extérieur." Incapable de parler ni de communiquer, Vincent Lambert ne peut pas non plus s'alimenter et s'hydrater tout seul. "Si on décidait de le faire mourir, il faudrait donc le faire mourir de faim", tranche-t-il, étant donné que l'euthanasie active est proscrite par la loi.

Un débat ambigu, donc, qui devrait pousser les autorités sanitaires, la ministre de la Santé Marisol Touraine en premier lieu, à redéfinir les contours de la loi.

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