"Afterbaiz.com", "testpositif.com"… : les Survivants se lancent dans les sites anti-IVG

SOCIÉTÉ

DROIT A L’AVORTEMENT - Ils ont fait irruption sur le plateau de Cyril Hanouna, mardi 4 octobre aux cris de "Merci d'exister". Les Survivants, ces (très) jeunes militants anti-IVG, sont aussi les auteurs de plusieurs sites contre l'avortement, sous couvert d'une apparence fun et décontractée. Zoom sur afterbaiz.com et testpositif.com, made in Emile Duport, ancien de la Manif pour Tous.

Il est de la génération Manif pour Tous. Ancien directeur artistique du mouvement contre le mariage pour les couples homosexuels, Emile Duport, 30 ans, a trouvé un autre cheval de bataille : la lutte contre l’avortement. Et là encore, celui qui se présente comme le gérant de Newsoul, "une agence digitale spécialisée sur les sujets de société", n’hésite pas à mettre ses compétences web au service de ses convictions. Tout nouveau porte-parole des Survivants, ce groupe principalement constitué d’ados qui mènent des actions contre l’interruption volontaire de grossesse, Emile Duport est donc aussi le papa de plusieurs portails internet anti-IVG.

Parmi les domaines enregistrés à son nom, on découvre d’abord le site "Afterbaiz.com". Créé en février 2016, il n’a été repéré que tout récemment, par le magazine féminin Madmoizelle . Le principe de ce site, qui se présente comme une plateforme "de réinformation sur la sexualité" ? Diffuser un discours anti-IVG sous les allures d’un portail pour ados, mêlant codes de la pop-culture, titraille alléchante et couleurs vives.

Discours culpabilisant

Au premier coup d’œil, on n'y voit que du feu. Mais aux côtés des rubriques sur le plaisir, les sentiments et la santé, la section "Et l’IVG ?" laisse peu de place au doute. On y relaie par exemple la chanson d’un enfant avorté qui parle à sa mère, assortie de la mention "attention les filles, vous allez chialer !". Plus loin, le "témoignage" de la chanteuse Patricia Kaas, qui serait devenue stérile à cause, avance le site, "de ses multiples avortements". Et l’article de préciser : "Quand on devient mère, ce n’est pas forcément au moment où on le choisit, mais quand la nature l’a décidé".

Discours culpabilisant, informations partielles sur l’interruption volontaire de grossesse… Une méthode d’action classique des opposants au droit à l’avortement, appliquée à la lettre sur un autre site créé au nom d’Emile Duport, qui dans une interview à La Croix se présente comme "anti-avortement depuis ses 18 ans" : "testpositif.com". Tout récent - il date de mars 2016 - ce portail est pourtant déjà bien fourni en articles, souvent très courts, sur la grossesse. L’idée semble ici, comme dans une foire aux questions, d’aligner les inquiétudes courantes chez les jeunes femmes qui se découvrent enceintes, pour y répondre. Le tout agrémenté de photos passées au filtre pastel, ressemblant à s’y méprendre aux clichés Instagram. Sans doute pour séduire un jeune lectorat.

"Tu sais, la contraception n'est pas fiable à 100%"

"Tu as peur de ne pas avoir de jeunesse ?" peut-on lire, "Ta jeunesse ne sera pas celle à laquelle tout le monde pense, mais il s’agit de ta vie. Tu culpabilises d’avoir oublié ta contraception ? Tu sais, la contraception n’est pas fiable à 100%". En réponse à une jeune femme qui ne serait pas amoureuse du père de l’enfant, le site propose : "Tu peux tout à fait choisir d’être seule au début pour l’élever ensuite avec un homme que tu aimeras." Enfin, à celle qui a peur de l’élever seule, il promet : "Une femme est rarement seule pour élever son enfant : c’est tellement important que la société a tout prévu pour que tu ne sois jamais seule. Tu seras accompagnée par des pédiatres, des médecins, des assistantes maternelles…"

Un partenariat avec... IVG.net

Contrairement au portail "afterbaiz.com", sur lequel on ne trouve aucune mention légale, le site "testpositif.com" renvoie vers un numéro de téléphone, pour "une écoute, des conseils ou de l’aide concrète". Au bout du fil, nous tombons sur une "écoutante bénévole", qui dit "aider les jeunes femmes à faire le bon choix". Et précise que "testpositif.com" n’ayant pas encore de standard téléphonique, leurs appels sont renvoyés… vers "IVG.net". Ce fameux site au discours anti-IVG à peine déguisé derrière une apparence neutre, que le ministère de la Santé tente de dépasser dans les requêtes Google à coups de campagnes de référencement.

EN SAVOIR + >> "On ne regrette jamais d'avoir un bébé, tu m'entends ?" On a appelé IVG.net >>  Les ratés du gouvernement dans sa lutte contre le site IVG.net

Contactée, la responsable du site "IVG.net", Marie Philippe, confirme rendre momentanément service au portail "testpositif.com" : "On les connaît un peu. Le temps qu’ils forment leurs bénévoles, ils nous ont demandé un partenariat." Mais elle le rappelle : "Nous sommes deux associations différentes".

Contacté par LCI, Emile Duport n’a quant à lui pas donné suite. Mais les sites dont il est à l'origine continuent de fleurir. Dernier en date ? La page "sauvezpikachu", qui surfe sur la vague Pokemon Go, uniquement consultable sur smartphone et signalée par des dessins au sol, dans la rue. 

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    Depuis la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, l’entrave à l’accès à l’information sur l’IVG est un délit. Ses auteurs encourent 30.000 euros d’amende. Mais s'agit-il ici d'une entrave réelle ou de la marque d'une liberté d'expression ? La question, en tout cas, fait débat. Dans une  interview accordée à metronews  en mars 2016, la ministre de la Santé Marisol Touraine assure être "préoccupée" par les sites de cette nature. A notre connaissance, aucune poursuite judiciaire à leur encontre n'a été lancée.

    Pour consulter les informations officielles sur le droit à l’avortement :  www.ivg.social-sante.gouv.fr  

    Edit : ce papier a été publié pour la première fois au mois d'août 2016.

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