Agression raciste dans le métro : à la barre, les fans de Chelsea sont dans leurs petits souliers

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REPORTAGE - Ce mardi, des supporters du club de football anglais de Chelsea ont été condamnés à des peines de prison avec sursis pour un incident raciste survenu dans le métro il y a près de deux ans. Sur les quatres prévenus, seuls deux se sont présentés à la barre, habillés de leur plus beau costume. Ils ont nié tout acte raciste.

L'affaire avait fait polémique. Ce mardi, quatre supporters du club de football de Chelsea étaient jugés devant le tribunal correctionnel de Paris pour des violences racistes commises il y a près de deux ans dans le métro parisien. Mais des quatre prévenus convoiqués, seuls deux d'entre eux, les plus jeunes, se sont présentés à l'audience. 

A leur arrivée au tribunal, difficile d'imaginer que ce sont les mêmes hommes que ceux qui ont agressé Souleymane Sylla en février 2015. Joshua Parsons, 22 ans et James Fairbairn, 25 ans sont tirés à quatre épingles. Les deux supporters ont troqué les t-shirts et les jeans pour un costard-cravate gris foncé et une chemise blanche. 

L'attitude, elle aussi, est bien différente. Dans la vidéo des faits, diffusée à l'époque par The Guardian et à nouveau pendant l'audience, on découvre un groupe de supporters hystériques, tapant sur les vitres et entonnant des chants, d'abord vulgaires ('On t'emmerde l'IRA'), puis racistes ('We're racists, we're racists and we like it'). Dans la salle d'audience, les deux hommes, installés au premier rang, sont crispés, mais particulièrement calmes. A la barre, ils s'expriment distinctement. Mais face aux accusations de racisme justement, Joshua Parsons et James Fairbairn nient tout en bloc.

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Des supporters de Chelsea accusés de racisme dans le métro parisien

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Je n'aime pas cette chanson en plus- Joshua Parsons, un des prévenus

Les deux hommes sont successivement appelés à la barre, accompagnés d'une interprète anglaise. "Vous ne parlez même pas un mot de français", leur demande le président. "Non", répondent-t-ils en choeur. Interrogés un par un sur les faits, ils s'expriment tous les deux avec assurance, sans écorcher les mots.

Joshua Parsons, dont les petites bouclettes brunes tombent sur le front, est appelé le premier. Il reconnaît avoir poussé Souleymane, mais simplement "parce que le métro était bondé".  Il affirme que cet acte n'était pas raciste et réfute avoir entonné des chants racistes. Pour appuyer son argumentaire, il lâche une explication quelque peu maladroite : "Je n'aime pas cette chanson en plus." A l'en croire, il entonnait un autre chant : "Je chantais 'Chelsea, Chelsea, Chelsea'", s'exclame-t-il, poing levé, comme pour mimer la chorégraphie. Et de conclure, mains liés dans le dos : "Je suis vraiment désolé pour Monsieur Sylla, mais je ne suis pas raciste du tout". Une défense qui sera largement appuyée par son avocat lors de sa plaidoirie.

Au tour de James Fairbairn. A la barre, le jeune homme, tignasse châtain claire plaquée en arrière, réfute tout geste raciste. "Je ne l'ai pas non plus poussé", assène-t-il. "Pourtant, Monsieur Sylla vous désigne comme étant celui qui a pointé sa couleur de peau", remarque le président. Il reconnaîtra plu tard, dans une petite moue, avoir "fait un geste". "Mais il n'était pas destiné à Monsieur Sylla", lâche-t-il. Son avocate plaidera qu'il "remettait peut-être son col en place". Un peu léger. Enfin, en ce qui concerne les chants racistes, ils les jugent "dégoûtants".

Je vais enfin pouvoir tourner la page- Souleymane Sylla

Les deux supporters ont tous deux été reconnus coupables de "violences et chants à caractère raciste en réunion". Joshua Parsons a écopé d'une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis. James Fairbairn a, de son côté, été condamné à huit mois de prison avec sursis. Les deux absents ont quant à eux écopé de douze mois d'emprisonnement, également avec sursis. Enfin, les prévenus devront régler solidairement 10.000 euros de dommages et intérêts à la victime. 

On notera qu'aucun des deux supporters présents lors de l'audience ne s'est excusé auprès de la victime. "Je n'en ai pas besoin, a réagi Souleymane Sylla au micro de LCI. Je suis heureux que justice soit faite et je pense que c'est une peine exemplaire. Je vais enfin pouvoir tourner la page après deux ans de pression, de difficultés financières, mentales, familiales". Des demandes d'appel pourraient être faites dans les prochains jours.

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"Je pense que cette décision est une mise en garde pour les supporters de Chelsea", estime l'avocate d'un des supporters condamnés

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