Violences à la fac de Montpellier : le doyen "fier" des "étudiants qui voulaient travailler", le ministère ouvre une enquête

SOCIÉTÉ
VIOLENCES - Une vidéo circulant sur Twitter depuis ce jeudi soir rend compte de l'intrusion d'individus cagoulés et munis de bâtons dans un amphithéâtre de l'université de droit de Montpellier, après la journée de mobilisation sociale. Pointé du doigt, le doyen de l'université se défend d'avoir facilité l'accès au groupuscule à cette salle.

Que s'est-il passé vers 1 heure du matin dans la nuit de jeudi à vendredi, au sein d'un amphithéâtre de l'UFR de droit et de sciences politiques au sein de l'université de Montpellier ? Depuis ce vendredi matin, une vidéo relayée par des syndicats et des étudiants témoigne d'une intrusion particulièrement violente d'individus cagoulés et armés d'éléments en bois et, selon nos informations, d'au moins un taser, dans une salle occupée par une cinquantaine d'étudiants dans le cadre de la journée de mobilisation sociale du 22 mars. 


Dans cette séquence, on voit les individus chasser violemment les étudiants, issus pour partie de la fac de lettres Paul-Valéry, de l'amphithéâtre, sous les yeux d'agents de l'université reconnaissables à leur pull rouge. Depuis le début de la diffusion de cette vidéo, les organisations syndicales soupçonnent l'université d'avoir facilité l'accès aux agresseurs. 

Contactés par LCI, des témoins, directs et indirect, font état de scènes de violence particulièrement crues : "Ils se sont mis à quatre sur une étudiante, c'était une boucherie. Elle a eu je ne sais combien de points de suture. Elle doit être défigurée, maintenant". Un autre nous raconte, encore très secoué : "D'un coup, des mecs cagoulés avec des tasers, des barres en bois et des déodorants sont venus et ont commencé à fracasser tout le monde".

Des étudiants hospitalisés

Selon France 3, qui publie sur son site la photo d'une étudiante aux mains ensanglantées pour avoir tenter d'aider une camarade, plusieurs jeunes ont été hospitalisés après l'intervention des pompiers sur place. Dans un communiqué conjoint, l'intersyndicale CGT, FO, FSU et Solidaires, affirme qu'outre les blessures, "des insultes à caractère raciste et homophobe ont été proférées". Une homophobie qu'un étudiant en droit ayant assisté à la scène a confirmé à LCI. Les organisations réclament, à l'instar de la Ligue des droits de l'homme, "que des poursuites soient engagées contre les auteurs ainsi que leur commanditaire". 


Elles ont pointé notamment la responsabilité de la direction de l'université, la soupçonnant d'avoir facilité l'accès au groupuscule. La LDH a sommé le doyen "d'expliquer l'intervention d'hommes cagoulés et armés", une "milice privée", aux côtés des vigiles de la faculté pour expulser dans la violence une assemblée générale d'étudiants".  La préfecture a évoqué de son côté "des échauffourées entre étudiants" à l'intérieur de la faculté, précisant que la police était intervenue, mais à l'extérieur de l'université, dans le cadre d'un "trouble à l'ordre public", dénombrant trois blessés. 

Le doyen : "J'étais fier de mes étudiants parce qu'ils voulaient travailler et pas faire la grève"

Dans une interview à France 3, le doyen de l'université, Philippe Pétel, a livré une version ambiguë, indiquant avoir demandé, en vain, l'évacuation par la police des locaux de l'université occupée par les manifestants. Selon lui, "les étudiants qui étaient autour de moi l'ont très mal pris. Ils se défendent et je ne peux pas les en blâmer", ajoutant que ce groupe était hostile aux occupations. Il a toutefois assuré ne pas savoir qui étaient les individus cagoulés. "En général, ceux qui sont cagoulés, ils sont du côté des occupants", a-t-il expliqué. "Je suis assez fier de mes étudiants, je les approuve totalement." Pas plus qu'il ne reconnait avoir facilité leur passage. Pourtant, des témoignages pointent du doigt sa responsabilité dans l'ouverture des accès aux agresseurs.


Contacté par la suite par LCI, le doyen, présent sur place au moment des faits, et dont la prise de parole lui a valu des commentaires pour le moins vigoureux, de la part des  a entamé un début de mea culpa : "J'ai été maladroit et l'interview a été coupée, ce n'est pas ce que je voulais dire. [...] Ce que je voulais dire, c'est que j'étais fier de mes étudiants, pas pour leur violence, mais parce qu'ils voulaient défendre leur fac. Ce qui les intéressait, c'était de travailler, pas de faire la grève." 


Et les images ? "Je ne les avais pas encore vues au moment de mon interview avec France 3. [...] Ça s'est passé tellement vite, vous savez. Il y avait 200 personnes environ, c'était la cinquième échauffourée de la journée et celle-là était très violente parce qu'il y avait des gars en cagoule, dont on ne sait pas d'où ils sortaient. Mais pour moi, c'étaient des étudiants." Cette dernière déclaration est contredite par l'étudiant en droit, par ailleurs opposé à l'occupation et contacté par LCI : "C'était très calme toute la journée. Un débat politique respectueux, il n'y a pas eu d'échauffourée". Ce dernier bondit d'ailleurs à l'idée que les éléments violents puissent être étudiants, ce que peu d'éléments, à part les mots du doyen, permettent d'attester : "C'étaient pas des étudiants, ils frappaient ! On a l'intention, au nom des étudiants en droit, de publier un communiqué dans lequel on se désolidarise totalement de ça."

Une enquête ouverte

La ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal a condamné "avec la plus grande fermeté les violences", vendredi après-midi, et annoncé qu'elle missionnait l'Inspection générale de l'administration de l'Education nationale et de la recherche "afin qu'elle se rende sur place dès lundi".  "Sur la base des conclusions de cette enquête", la ministre "prendra l'ensemble des décisions qui s'imposent, en engageant le cas échéant, des poursuites judiciaires."


La ministre de l'Enseignement supérieur a également rappelé que "l'université est et doit rester le lieu du dialogue et du débat" et que "rien ne peut justifier le recours à la violence sous quelque forme que ce soit".  

Alors que la colère gronde dans les étudiants - ils étaient 1500 à 2000 devant la fac de droit ce vendredi - et qu'un appel à la suspension de Philippe Pétel circule parmi eux, le président de l'université Philippe Augé a annoncé une plainte contre X "afin que toute la lumière soit faite". Selon nos informations, certains étudiants ont d'ores et déjà porté plainte, avec constitution de partie civile. L'institution a par ailleurs annoncé la fermeture de la fac de droit jusqu'à lundi 26 mars au matin. De son côté, le parquet de l'Hérault, contacté par LCI, ne souhaitait pas communiquer sur d'éventuelles avancées de l'enquête.

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