Aide médicale d'Etat : et si on arrêtait de dire n'importe quoi ?

Aide médicale d'Etat : et si on arrêtait de dire n'importe quoi ?

POLEMIQUE - L'UMP Laurent Wauquiez a sonné mardi à l'Assemblée une charge contre le gouvernement sur l'Aide médicale d'Etat, l'accusant de laisser faire l'"assistanat". Reprenant un refrain souvent chanté à droite : les étrangers profiteraient éhontément de notre système de Sécu. Décryptage des idées reçues sur l'AME.

L'aide médicale d'Etat (AME) est de nouveau dans le viseur de la droite. Mardi, à l'Assemblée nationale, le député de Haute-Loire Laurent Wauquiez s'en est pris à cette prestation qui prend en charge 100% des soins médicaux des étrangers sur le sol français, accusant le gouvernement de "laisser exploser l'assistanat". Début juin, un aveu de Santé Marisol Touraine avait déjà rallumé la mèche : la ministre de la Santé a pour la première fois reconnu l'existence de "filières de personnes étrangères venant se faire soigner dans certains hôpitaux français". Alors, l'AME est-elle devenue la poule aux œufs d'or des étrangers vivant en France ? Retour sur un certain nombre d'idées reçues.

> "L'AME creuse le trou de la Sécu"
D'abord, contrairement à ce qui est souvent dit, des soins non essentiels comme les cures thermales ou l'aide médicale à la procréation ne sont pas prises en charge dans le cadre de l'AME. Par ailleurs, celle-ci est soumise à certaines conditions : les bénéficiaires doivent justifier de leur identité, de leur domicile, et se trouver sur le sol français depuis au moins trois mois. En revanche, c'est un fait : le nombre de bénéficiaires a récemment explosé, de 208.974 en 2012 à 282.425 en 2013. Du coup, le budget alloué par le ministère de la Santé dépasse largement le seuil fixé à 588 millions d'euros, pour atteindre les 744 millions l'an dernier.

Mais la hausse du coût n'est pas seulement due à l'augmentation du nombre de bénéficiaires. "Il faut savoir que jusqu'en 2011, certaines personnes touchées par des pathologies graves (cancer, VIH...) étaient régularisées pour soins, et donc passaient dans les statistiques de la CMU (qui est l'équivalent de l'AME, mais pour les personnes en situation régulière, ndlr)", souligne pour metronews Jeannine Rochefort, déléguée régionale de Médecins du Monde (MDM) en Ile-de-France, où se concentrent 70% des actes financés par l'AME sur le territoire. "Or une loi a mis fin à ce système en 2011". Conséquence : "ces milliers de personnes ont rebasculé dans l'AME, ce qui a grossi les chiffres des dépenses. Et comme ces gens sont atteints de pathologies qui coûtent cher, celles-ci ont gonflé des manière exponentielle." Enfin, il faut ramener les 744 millions de l'AME au budget global de la Sécurité sociale, qui s'élevait en 2013 à 340 milliards d'euros. L'AME n'en représente donc que 0,2%.

> "Tous des fraudeurs"
Certes, des cas de fraudes massives ont été détectés. A titre d'exemple, la plus grosse filiale démantelée concerne 57 Géorgiens, qui représentent à eux seuls pas moins de 13,6 millions d'euros, rapporte Le Parisien . Une grosse facture pour seulement quelques patients, donc, sur les quelque 300.000 bénéficiaires. En moyenne, selon un rapport de I'inspection générale des affaires sociales (Igas) , la dépense en soins par patient avoisine les 2000 euros. "Imaginer tous ces étrangers arrivant en masse pour profiter d'un système et frauder, c'est donc totalement faux", reprend la responsable de MDM. "Entre 60 personnes qui abusent du système et 300.000 à l'AME, il faut bien faire la différence", conclut la médecin.

> "Et pourquoi pas couper l'AME ?"
"L'Observatoire 2013 de l'accès aux soins des plus démunis" de MDM souligne que seuls 9% des étrangers en situation irrégulière disposent d'une couverture maladie. De fait, si peu d'étrangers ont recours à ce système, "c'est parce qu'ils sont peu nombreux à le connaître", explique Jeannine Rochefort. Mais couper le système aurait des conséquences graves, bien évidemment pour la santé des patients concernés, mais aussi en termes de santé publique. "Dans les cas les plus graves, comme la tuberculose qui touche les plus démunis, il y a un vrai risque de contamination à la population si ces derniers ne sont pas traités", poursuit-elle.

Pour éviter le risque d'épidémie, "on serait obligé de les prendre en charge de toute façon, dans nos établissements médicaux, ce qui coûterait encore plus cher à notre système de santé". D'ailleurs, si le système coûte aujourd'hui si cher c'est aussi, nous apprend Jeannine Rochefort, que "30% des patients viennent nous consulter avec du retard et présentent déjà des pathologies graves. Au lieu d'un soin qui n'aurait quasiment rien coûté, on finit avec une maladie qui est très chère à soigner". Ce qui soulève un paradoxe : c'est "justement parce que les étrangers ne sont pas des nomades de la médecine, et parce qu'ils ne profitent pas assez vite de l'AME, que ce système coûte si cher". C'est peut-être d'ailleurs pour ces raisons que la droite, lorsqu'elle était au pouvoir, n'a jamais supprimé l'AME.

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