AIDES en grève : "une association pire qu'une société du CAC 40"

AIDES en grève : "une association pire qu'une société du CAC 40"

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PLAN SOCIAL – Le 12 décembre dernier, la direction de l'association Aides a annoncé un plan de sauvegarde de l'emploi, visant à supprimer 65 postes sur 460. Si la direction explique ce choix par la baisse des financements publics, les salariés eux, dénoncent une gestion "calamiteuse" des fonds. Ce jeudi, plus de 100 salariés de AIDES ont voté une action de débrayage dans ses locaux (Pantin, 93). Explications.

"Grâce à la direction, la fermeture est plus proche que la fin de l'épidémie". Le slogan des salariés de AIDES détonne et vise à souligner la crise que traverse cette association de lutte contre le sida. A l'instar de beaucoup d'autres associations qui luttent contre le VIH, cette crise n'est plus seulement financière mais également sociale. Le 12 décembre dernier, la direction a annoncé un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) visant à supprimer 65 postes sur 460. Et ce jeudi, plus de 100 salariés de AIDES ont voté une action de débrayage. Metronews revient sur cette contestation "inédite" qui ne cesse de prendre de l'ampleur.

"Les salariés de AIDES payent la mauvaise gestion des dirigeants"

"Nous sommes scandalisés par l'écart désormais abyssal entre une gestion inhumaine et brutale, sous bien des aspects, pire qu'une société du CAC 40, et les valeurs qui fondent l'association". Les mots du communiqué de l'intersyndical (CFDT, CGT, FO, SUD), publié le 18 décembre dernier sont aussi virulents que surprenants pour une association. Contacté par metronews, Renaud Delacroix, membre de Sud Santé Sociaux , résume les raisons de cette contestation. "Le financement public est en baisse de façon générale, mais nous constatons que ce plan social aurait pu être atténué ou évité si les dépenses de AIDES avaient été mieux gérées. Les salariés paient la mauvaise gestion des dirigeants", déplore le syndicaliste.

Les critiques des salariés sont multiples. " Dans un communiqué publié le 17 décembre dernier la direction affichait plein de bonnes intentions pour que le reclassement des personnes licenciées s'effectue le mieux possible", ajoute Renaud Delacroix. Et pourtant, la direction refuse d'ajouter aux deux mois imposés par la loi un mois supplémentaire de négociation. Aucune mesure de départ volontaire n'a été proposée et les indemnités de licenciement ne dépassent pas le minimum légal.

Des rapports pointent l'absence de "pilotage" des activités de AIDES

Les critiques contre la gestion financière "calamiteuse" des dirigeants de AIDES surprennent davantage. "La direction a développé sans rien anticiper les dépistages gratuits . Les frais des déplacements ont aussi augmenté pour développer notamment des structures dans les Caraïbes. Nous saluons ces initiatives qui ont pour but de mieux lutter contre l'épidémie, mais rien n'a été anticipé", juge le syndicaliste. Les salariés en grève s'appuient en effet sur le rapport des cabinets Mazars et Secafi qui dénoncent des "modes de managements peu contrôlant" et pointent l'absence d'un véritable "pilotage" de l'association.

Interrogé par metronews, le directeur délégué de AIDES, Alain Legrand, souhaite nuancer l'ampleur de cette contestation. "On vient seulement de démarrer la lecture des documents liés au PSE, il est logique qu'ils manifestent", déclare-t-il, avant de réfuter les arguments des syndicalistes. "Ce sont ces mêmes représentants du personnel qui exigeaient que l'on recrute pour mener nos opérations de dépistages mobiles et gratuits . Le problème c'est que l'Etat n'a cessé de baisser nos subventions sur le volet prévention. Nous ne sommes pas trop ambitieux, mais le dépistage est subventionné à l'acte, plus on en fait, plus nous amortissons le coût", rétorque Alain Legrand. Salariés et dirigeants sont toutefois d'accord sur un point : la tendance des aides publiques est à la baisse et le gouvernement n'a toujours pas répondu aux nombreuses sollicitations.

Une augmentation d'environ 40% des salaires des dirigeants fait polémique

Mais dans les revendications des salariés, un aspect plus polémique existe. En effet, selon un avis rendu par le CCE en juin 2013, "le revenu annuel en équivalent temps plein des dix salariés les mieux payés de AIDES a augmenté de 37%". Selon Renaud Delacroix, le directeur de AIDES toucherait ainsi en temps plein (il est à mi-temps puisqu'il dirige également l'association Coalition plus) 140 000 euros chaque année, soit près de "12 000 euros bruts par mois".

D'abord gêné par la question, le directeur délégué, Alain Legrand réfute les chiffres pour finalement livrer quelques explications. "Il faut nuancer ces augmentations, cela peut dépendre de l'ancienneté ou des évolutions de poste. Après, d'un point de vue personnel, je suis prêt à étudier cette question avec les syndicats", annonce-t-il. La direction comprend-elle que ces rémunérations puissent choquer les salariés, voire l'opinion publique ? "AIDES est tout à fait dans la norme. Nous appliquons les mêmes règles que toutes les autres organisations semblables à la nôtre", défend-il. Les salariés attendent maintenant l'heure de la négociation.

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