Air France : pourquoi les pilotes font-ils grève ?

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PERTURBATIONS DANS LES AIRS - Les pilotes d'Air France seront en grève à partir de samedi et jusqu'à mardi, au plus mauvais moment alors que la France accueille l'Euro de football. Au coeur de cette mobilisation, c'est de l'avenir de la compagnie dont il est question. Explications.

Une nouvelle grève des pilotes d’Air France démarre samedi, alors que l’Euro de football viendra tout juste de commencer. Jeudi, les trois syndicats de pilotes ont rejeté le nouveau protocole de fin de conflit transmis dans la nuit par la direction. La veille, ils avaient annoncé maintenir leur préavis de grève. De premiers vols longue distance ont été annulés. Metronews fait le point sur ce (nouveau) mouvement de contestation.

 Quand ?
Les pilotes d'Air France seront en grève de samedi à mardi. Les trois syndicats, le SNPL - majoritaire - le Spaf et Alter ont même menacé de prolongation "si nécessaire" dans le cas où la direction ne répondrait pas à leurs attentes. 

 Pourquoi ?
A l'origine de cette grève, le maintien de l’activité des pilotes. "Il y a plusieurs revendications que l'on peut résumer par le respect des engagements et des accords signés par la compagnie", analyse pour metronews Véronique Darmon, pilote de ligne et secrétaire générale du SNPL. Selon elle, ce qui a mis le feu aux poudres c'est la décision prise par la direction d'imposer une réduction de salaire des pilotes de 5% à compter du 1er juin. "Cette baisse avait été négociée dès 2012 mais devait s'accompagner de contreparties qui n'ont jamais été mises en oeuvre."

Le noeud de la guerre, c'est avant tout l'équilibre entre les filiales et les partenariats avec d'autres compagnies. Depuis des mois, les syndicats réclament des garanties sur la pérennité d'Air France, menacée selon eux par le développement des autres filiales du groupe : Transavia, Hop! et KLM. En dix ans, selon le SNPL, le nombre de pilotes de KLM a progressé de 23% quand la partie française en perdait 8%. Taxes, redevances aéroportuaires, cotisations sociales : tout serait plus avantageux aux Pays-Bas, où est basé KLM.

Le délicat partage de l'activité long-courrier entre Air France et la compagnie néerlandaise est en effet au cœur du conflit. Pour les pilotes, la compagnie tricolore décline au profit de la filiale néerlandaise, malgré des accords qui sont censés lui garantir un nombre d'heures plus important.

"Il y a dix ans, Air France représentait les deux tiers du groupe et KLM un tiers. Pour diverses raisons, KLM s'est développé plus vite qu'Air France, remarque Véronique Darmon. Nous aurions souhaité que les deux compagnies croissent de manière parallèle. Aujourd'hui, il faudrait 20 avions long-courrier et plus de 400 pilotes pour rétablir l'équilibre. Nous attendons des engagements de la part de la compagnie pour qu'Air France rattrape son retard."

 Quelles perturbations ?
Vendredi , la direction de la compagnie a affirmé que 80% des vols seraient assurés samedi et précise que ceux de Hop! et de Transavia ne seront pas affectés. Dans le détail, Air France a annoncé le maintien de "plus de 90% des vols long-courriers, autant de vols intérieurs et autour de 75% des moyen-courriers de et vers Paris Charles-de-Gaulle". Mais la direction n'exclut pas "des annulations et des retards de dernière minute".

Le SNPL a de son côté indiqué que la grève serait très suivie, évoquant la moitié des pilotes participant au mouvement. Air France prévoit quant à elle que le premier jour de la grève mobilisera 25% des pilotes. 

Le syndicat majoritaire a opté pour une grève rythmée par trois plages horaires : 5h30-8h30, 12 heures-15 heures et 21h30-23h59, pour ne pas "pénaliser l'exploitation de la compagnie et les passagers", ajoute la secrétaire générale du SNPL.

Les trois syndicats ont assuré ne pas profiter de l'Euro de football pour se faire entendre, évoquant une "concomitance de calendrier". En 1998, un accord avait été conclu le jour de l'ouverture de la Coupe du monde de football, après dix jours d'une grève qui avait perturbé le trafic au début de la compétition.

 Pas de sortie de crise avant le 4 juillet ?
Jean-Marc Janaillac, qui a été nommé pour succéder à Alexandre de Juniac à la présidence d’Air France-KLM, parti début avril, ne prendra officiellement ses fonctions que le 4 juillet. Avant cette date, il a déclaré ne pas souhaiter intervenir dans le conflit. "Peut-on imaginer un tel groupe sans gouvernance pendant deux mois ? s'interroge Véronique Darmon. Il doit bien y avoir un commandant de bord dans cet avion Air France-KLM. Si cette grève est un échec pour le dialogue social, c'est aussi un échec pour Air France."

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