Procès en appel de la "chemise arrachée" chez Air France : que sont devenus les protagonistes de l’affaire ?

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JUSTICE - Les images de deux cadres d'Air France, chemises arrachées, avaient fait le tour du monde: douze salariés et ex-salariés de la compagnie aérienne sont jugés en appel à partir de lundi à Paris, à quelques jours d'une grève pour les salaires, pour avoir déchiré la chemise du DRH, Xavier Broseta.

Son nom, un peu oublié, va vous revenir vite : Xavier Broseta. Rappelez-vous : il était devenu, en 2015, le DRH le plus célèbre de France, le plus soutenu ou hué, le plus moqué, et avait pour fait d’arme de s’être fait arracher sa chemise par des syndicalistes d’Air France, en octobre 2015. 


Son nom se retrouve à nouveau sur le devant de la scène ce lundi, alors que sont jugés en appel douze salariés et ex-salariés d'Air France, jugés pour des violences et dégradations lors de cette manifestation contre un projet de restructuration qui avait dégénéré. La foule avait en effet envahi le siège de la compagnie à Roissy, où se tenait un Comité central d'entreprise.

Violemment pris à partie alors qu’il venait détailler son plan, Xavier Broseta, le DRH de l'époque, et Pierre Plissonnier, alors responsable du long-courrier, avaient dû fuir sous les huées, torse nu pour le premier, la chemise en lambeaux pour le second. Les images des deux cadres escaladant un grillage pour échapper aux manifestants avaient fait le tour du monde. 


Dur de savoir si, comme le regrette Air France aujourd’hui, ce procès qui se poursuit "impose à toutes les victimes de se replonger dans ces événements, qui ont été choquants pour tous". Et si cet épisode a précipité la fin de la carrière de Xavier Broseta chez Air France, débutée en 2012.


Toujours est-il que, un an après les faits, le DRH malmené est parti en octobre 2016 officier chez Bolloré. D’après les Echos, il devait initialement "découvrir la myriade d'activités du groupe, en travaillant en double commande jusqu'en 2017 avec le DRH actuel, Pierre-Yves Bouscaud, un pilier du groupe depuis trente-deux ans." D’après son profil Linkedin, il œuvre dans le secteur aéronautique et aérospatial chez Bolloré... S’il a donc changé d’employeur, il reste dans la voie des airs. Son acolyte malmené - comme on peut le voir sur les images d'archives ci-dessous -, Pierre Plissonnier, responsable du long-courrier, 62 ans à l’époque, a poursuivi sa carrière chez Air France mais est désormais retraité.

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Pierre Plissonnier se fait prendre à partie par des manifestants

Peu après les faits, Xavier Broseta, avait accordé plusieurs interviews. Ce fils de prof sorti de l’ENA, racontait au Parisien : "A un moment, quelqu'un m'attrape par-derrière, tire le col de ma chemise si fort que le bouton du col lâche (...) Ma chemise y reste". Il expliquait pourquoi il avait porté plainte, après une blessure qui lui avait coûté 7 jours d’arrêt de travail. "Il y a des choses qu'on ne peut pas laisser passer. Certaines formes de violence n'ont pas leur place dans une négociation." 


Celui que Libération décrit dans un portrait comme un "pondéré appliqué, revendiquant ses racines provinciales et toujours ancré à gauche", expliquait au quotidien de gauche :  "Il y a forcément un petit effet traumatisant (...) On a basculé ce jour-là dans une quatrième dimension." Une agression qui ne l’avait pas empêché d’aimer "toujours autant mon métier que j’essaie de pratiquer de manière réglo et honnête." Il était décrit par des collaborateurs ou syndicalistes comme "quelqu’un de très humain", "peut-être un peu tendre pour un monde féroce", "pas tordu", "très sensible", "impliqué", bref, "s’il y en a un à qui cela n’aurait jamais dû arriver, c’est bien à lui."

Du côté des salariés qui ont été condamnés en 2016, la vie professionnelle a aussi changé. Les quatre anciens salariés qui comparaissent pour violence ce lundi ont été licenciés. Trois d'entre eux avaient été condamnés à trois et quatre mois de prison avec sursis en première instance, fin novembre 2016 à Bobigny. Le quatrième a été relaxé mais le parquet a fait appel.


Les huit autres prévenus avaient, eux, été condamnés à 500 euros d'amende. Ils sont rejugés pour des dégradations commises sur le portail d'accès au siège.


En janvier dernier, RTL avait établi que certains des salariés licenciés avaient réussi à retrouver un emploi grâce à la CGT, "dans une imprimerie près de Roissy où ils sont vacataires". "On fait appel à eux la nuit pour trier les journaux", indiquait la radio. "L'un d'entre eux est même sur le point de partir en préretraite".

Sur le procès qui se déroule ce lundi à Paris, Air France estime qu’il n’a pas lieu d’être. Le jugement du tribunal de Bobigny "qui a condamné sans ambiguïté les violences, était un jugement mesuré", indique l’entreprise qui estime qu’il aurait dû "permettre de tourner la page du triste épisode des violences" du 5 octobre 2015.


Mais de son côté, comme elle l'avait fait en première instance, Me Lilia Mhissen, qui défend dix des prévenus, entend dénoncer un "dossier monté totalement à charge à partir de vidéos qui ont fait l'objet de montages et de ralentissements", tandis que d'autres, susceptibles de disculper ses clients, auraient été écartées de la procédure.

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