Alerte contrôles ou radars : comment les réseaux sociaux ont remplacé les appels de phare

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SECURITE - Mardi, la Cour de Cassation a relaxé les membres d’un groupe Facebook condamnés pour avoir alimenté une page signalant les contrôles de police ou de radars dans l’Aveyron. Une décision qui fait jurisprudence : il n’est donc pas illégal d’avertir des radars ou contrôles sur les réseaux sociaux.

Marc est breton, du Finistère. Il fait beaucoup de route, environ 15 000 km par an. En 2013-2014, il a découvert, via la presse, ces groupes qui pullulent sur Facebook et signalent les radars ou contrôles de police. Il s’est inscrit  sur plusieurs d’entre eux. "Je ne suis pas un chauffard, je respecte les limitations, je mets ma ceinture, mes clignotants", raconte Marc à LCI. "Mais il y a ce côté pratique, savoir où sont les éventuels contrôles, histoire d'éviter les ennuis. Car même quand tout est en règle, il y a toujours la peur du gendarme, qu'un agent un peu tatillon cherche absolument à trouver quelque chose, une plaque mal vissée, un pneu un peu fatigué... "


Avant ces pages Facebook, ce genre d'alerte exitait déjà. Mais dans la vraie vie. "A l’époque, je travaillais dans une petite ville, de 10 000 habitants", poursuit Marc. "Il y avait ce lien social du bistrot. Les gens te croisaeint, ils te disaient "fais gaffe, il y a les flics à Kermaria". Alors pour éviter de les croiser, on prenait les chemins de traverse." Pour beaucoup, la communauté Facebook a un peu remplacé tout ça. Ou élargi l’audience. 

 "Dans le Finistère, ces groupes sont très actifs", reprend Marc. "C'est devenu un peu un réflexe, je jette un œil dessus avant de prendre la route." Mais il n’y a pas que dans le Finistère, que ces groupes se multiplient depuis quelques années. Il suffit de taper "police", ou "radar" dans sa barre de recherche, et aussitôt s’affichent pléthore de groupes, couvrant un secteur plus ou moins large, mais balayant grosso modo toute la France. De "Radar mobile et contrôle police dans toute la Haute-Normandie", à "radar Police secteur Morbihan", à "Indications des gendarmes dans le Loiret", ou même "Radar contrôle Cantal" , "Info radar Vosges", toutes ses pages affichent jusqu'à parfois 20.000 abonnés. Joli succès. 


Mais en la matière, le champion toute catégorie est la page Info Radar Ile-de-France, qui aligne plus de 116 0000 abonnés, et sur laquelle les alertes se multiplient. "A Noiseau, D 136, radar mobile : entre la queue en brie (Jardiland) et Noiseau (Intermarché). 50km/h" ; "radar hibou : après les pistes de Charles-de-Gaulle, direction Lille ; limité à 90km/h". Cette page a été fondée par Yoann, 26 ans,  en 2012. Il est chauffeur livreur. "Sur la route, je voyais beaucoup de radars. Au début, j’alertais mes amis depuis mon compte Facebook", raconte-t-il à LCI. "Je me suis vite rendu compte qu'il y en avait beaucoup, et j’ai pensé à une cible plus large, donc j'ai opté pour une page". La petite communauté a tourné tranquillement. "En 2013, 18 nouveaux radars fixes ont été installés sur la région Ile-de-France ; puis, huit autres, sur le périphérique parisien pendant l'été. Le sujet a fait parler. J'ai atteint 10 000 abonnés pendant cette période !" 


Pour faire face au succès grandissant, le jeune homme s’est petit à petit fait aider d’une dizaine de personnes pour l’administration de la page. Et ce qui fait le succès d’Info Radar Ile-de-France, c’est sans doute l’aspect "communauté", estime Yoann. Un  petit plus par rapport à des applis comme Waze, sur laquelle les conducteurs signalent aussi en direct ce qu’ils voient sur la route. "Facebook, tout le monde l’utilise. Et les gens peuvent débattre, échanger des idées, demander conseil. Certains signalements sont accompagnés de photo, ça permet de mieux situer l'endroit et parfois de voir certaines méthodes utilisées par les agents." Beaucoup de pages Facebook ont d'ailleurs aussi leurs déclinaisons sur Twitter. Mais alignent, là, un nombre bien moins grand de fans. "Le buzz ne prend pas, même si ce réseau est sans doute plus adapté à l’information", reconnaît Yoann. "Le côté Facebook de pouvoir commenter  et aimer est plus propice au partage."


Au total, il existerait une cinquantaine de pages d’alerte sur Facebook. "Elles touchent plus d’un million d’utilisateurs, c’est énorme", estime Me Rémy Josseaume, avocat, qui a défendu 12 prévenus, condamnés en 2014 pour avoir alimenté Le groupe qui te dit où est la police en Aveyron, avertissant des contrôles routiers dans le département. Après deux ans de procédure, la Cour de cassation a estimé mardi qu’il n’y avait aucune interdiction d’annoncer la présence des radars à l’aide d’un réseau social. Une décision qui fait jurisprudence.


"C’était hypocrite d’interdire aux gens ce genre de choses", explique Me Rémy Josseaume à LCI. "Ca touche à la liberté d’expression, au droit d’informer. Avant, il y avait le bouche-à-oreille, les SMS… Si j’appelle ma femme pour lui dire de faire attention parce qu’il y a un contrôle à tel endroit, est-ce que ça devenait illégal ?" D’autant plus que, rappelle-t-il, les "solutions d'aide à la conduite" comme Coyote, qui préviennent de "zones de danger", sont autorisés par le Conseil d'Etat depuis 2013. 


Bref, les réseaux sociaux ne sont peut-être que la nouvelle forme du traditionnel appel de phare, version 2016… système qui, faute de texte encadrant la pratique, est autorisé. "Ce jeu du chat et de la souris entre les automobilistes et les gendarmes a toujours existé, même avant Internet ou les smparthones et GPS", conclut Marc, le conducteur breton. "Il ne faut pas se leurrer, les forces de l'ordre sont aussi connectées dessus, et je pense que quand elles sont un peu trop repérées, elles peuvent aussi bouger à d'autres endroits."


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La justice donne raison au groupe d’automobilistes qui signalait les radars sur Facebook

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