Faux bio, thon avarié... Foodwatch s'attaque à la fraude dans nos assiettes

Faux bio, thon avarié... Foodwatch s'attaque à la fraude dans nos assiettes

ALIMENTATION - Alors que l'Union européenne tente de renforcer la traçabilité alimentaire, les fraudes se multiplient. Ingrid Kragl, enquêtrice pour l'ONG Foodwatch, énumère les produits concernés dans "Manger du faux pour du vrai" (Éditions Robert Laffont).

De la petite fraude aux grosses arnaques, de nombreux produits alimentaires non-conformes mettent en danger la santé des consommateurs. Et ces escroqueries se multiplient en Europe, assure l'ONG foodwatch qui lance ce jeudi 25 mars une campagne dans l'Hexagone afin d'obtenir des autorités françaises davantage de "transparence", notamment sur les sociétés "prises en défaut". 

Dans cette campagne, qui s'accompagne d'une pétition, l'organisation s'appuie sur un livre intitulé Manger du faux pour de vrai (Éditions Robert Laffont) de Ingrid Kragl, en charge des investigations pour foodwatch. Sur 400 pages, elle égrène les scandales alimentaires des dernières années en Europe. "J'ai voulu créer un électrochoc", confie l'auteure. 

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Les viandes et les poissons

Il y a 8 ans, un premier scandale d'ampleur ébranlait les consommateurs. L'entreprise française Spanghero vendait de la viande de cheval en la faisant passer pour du bœuf. Depuis, des chevaux impropres à la consommation, bourrés d’antibiotiques, pénètrent encore la chaîne alimentaire en catimini. 

Selon Foodwatch, un vendeur de volailles sur deux (poulet, dinde, canard, oie et pintade) triche sur les labels de qualité fermier tels que AOP, IGP et Label Rouge. "ça peut être parfois de vraies entreprises qui impriment à la chaîne de fausses étiquettes, ça peut également être un petit producteur local qui a envie de tricher, ça peut être de grands réseaux criminels transfrontaliers. Il y a un vrai business", alerte Ingrid Kargl dans le reportage de TF1. 

Du côté des produits de la mer, les ventes ne sont pas plus irréprochables. Des chiffres stipulent qu'un poisson sur deux est non-conforme (mensonges sur l’étiquette, soucis d’hygiène ou encore allergènes non-mentionnés). L'enquête précise également que des additifs dangereux sont parfois injectés dans du thon avarié afin qu'il ait l’air frais lorsqu'il est vendu. 

Les vins du Languedoc

Les vins français ne sont pas épargnés par ces abus. Des vins du Languedoc notamment sont frauduleusement rebaptisés Pomerol, Margaux ou Saint-Julien. En cela, le fleuron économique de l'Hexagone proposent des boissons faussement biologiques, ceux qui s'arrogent une Appellation d'origine protégée (AOP) sans pouvoir y prétendre. 

Miel, huile... de nombreux produits biologiques

Se tourner vers les produits biologiques pour s'assurer la qualité ne semble pas être la solution. En plein boom depuis quelques années, les fraudeurs y voient de l’argent facile en contournant les normes agricoles à respecter. Un produit bio sur 12 contrôlé ne l’est pas autant qu’il le prétend. Dans les Alpes-Maritimes, ce chiffre monte jusqu’à plus de 30%. 

À titre d'exemple, des miels sont lourdement édulcorés chimiquement. 43% d'entre eux présentent des défauts de composition, de qualité ou sont faussement étiquetés français. Certains n’ont jamais vu l’ombre d’une ruche tant ils sont altérés. Cela n'a pas échappé à certains Français. "On m'a dit que le miel était coupé avec du sucre", indique un jeune homme.  

Quant à l’huile de tournesol, elle se transforme parfois en huile d’olive vendue dix fois plus cher grâce à l’ajout de chlorophylle qui lui donne son aspect vert. L'enquête vise également les épices. "On m'a dit que le poivre était du faux poivre", souligne un autre passant. En effet, il est parfois coupé avec du sable. "Ça doit se sentir quand ça croustille sous la dent", plaisante-t-il. 

Selon l'ONG, le sujet reste tabou à l'échelle nationale avec des contrôles qui ne cessent de baisser : 33% de vérifications en moins en sept ans a indiqué le Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation. "Nous avons au mieux uniquement accès à des informations très générales sur les conclusions de certaines enquêtes menées par la répression des fraudes (DGCCRF) ou la Direction générale de l'alimentation (DGAL). Mais le nom des marques concernées par des fraudes, celui des produits, des fabricants, les quantités et les lieux de vente par exemple, sont la plupart du temps tenus secrets", regrette Ingrid Kargl. 

D'une manière générale en France, "nous ne sommes pas les plus mal lotis" face aux fraudes alimentaires, reconnaît l'auteure de l'enquête. Mais dans le domaine de la transparence, certains pays européens font mieux. L'Irlande et le Danemark "ont pris les devants" et "montrent l'exemple à toute l'Europe."

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D'après la Commission européenne, les pertes pour l'industrie liées à ces fraudes alimentaires sont estimées à "environ 30 milliards d'euros chaque année" en Europe. Foodwatch indique que "des réseaux de criminalité organisée ont compris qu'il y avait un filon à exploiter dans le trafic d'aliments : peu de risques de se faire coincer et une aubaine pour blanchir de l'argent".

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