Allergies alimentaires : mythes et réalités sur le gluten

SOCIÉTÉ

INTOLERANCE ALIMENTAIRE - Le gluten est-il mauvais pour la santé et favorise-t-il les allergies ? Pas en général, selon deux spécialistes du sujet que Metronews a interrogés.

"Produit sans gluten" : on voit de plus en plus cette mention fleurir sur nos emballages. Se passer de cette protéine visqueuse, contenue dans le blé ou le seigle, semble devenu une mode. De plus en plus de stars, telles que Chris Martin du groupe Coldplay, l’actrice de la série Friends, Jennifer Aniston, ou les chanteuses Lady Gaga et Miley Cyrus affirment ne plus en consommer. Des sportifs, comme le tennisman Novak Djokovic, expliquent leur succès grâce à ce nouveau régime. Certains affirment même que se nourrir sans gluten permettrait de guérir l'arthrite, la migraine, ou même la sclérose en plaques.

Surfant sur cette demande, des enseignes comme Auchan ont développé dès 2009 une gamme de produits garantis "sans gluten". Ils ont été imités quelques années plus tard par Carrefour, Casino et Leclerc. On estime que le marché, qui croît de près de 30% par an, devrait peser 45 millions d'euros d’ici à 2015.

Moins d’1% de la population

A l’origine de cette peur, notamment, un constat : les allergies et intolérances alimentaires se multiplient. Alors qu’elles occupaient il y a vingt ans la sixième place au rang mondial des pathologies, les premières ont désormais décroché la quatrième place. Elles pourraient bientôt figurer sur la toute première marche du podium, puisqu’on estime, selon les études, qu’en 2030 ou 2050, près d’un habitant sur deux sera allergique. Actuellement, ce sont entre 4 et 8% des enfants qui sont touchés par les allergies alimentaires et de 2 à 4% des adultes.

Il existe bien une allergie au blé et une intolérance au gluten, autrement appelée maladie cœliaque. Ces deux maladies sont bien identifiées, en détectant dans le sang la présence d’anticorps différents. Mais ils n’affectent respectivement que 0,1% et entre 0,5 à 1% de la population.

Les "bobos" desservent les vrais malades

A côté de ce phénomène, bien connu, on voit cependant de nombreuses personnes se plaindre de ce qu’on pourrait appeler une "hypersensibilité au gluten". Des douleurs, diarrhées, de la fatigue, des maux de tête, qui pourraient être dus aux "carbohydrates fermentescibles" présents dans les graines. Mais ces symptômes se heurtent "à l’absence de critères biologiques objectifs de diagnostic", notent les chercheurs Nadine Cerf-Bensussan et Sandra Denery-Papini dans un livre à paraître, en ajoutant que "des études sont nécessaires" pour expliquer “la mode sans précédent des régimes sans gluten".

Rien n’indique donc avec certitude que le gluten soit "mauvais" en soi. S’en priver pourrait par contre avoir des conséquences négatives si vous n’êtes ni allergique, ni intolérant. "A force, les gens vont finir par développer des allergies. Et le jour où ils seront amenés à en absorber, le corps ne le supportera plus”, prévient la présidente de l’Association Française pour la Prévention des Allergies, Pascale Couratier.

Surtout, selon Nadine Cerf-Bensussan, les personnes intolérantes au gluten sans le savoir et qui s’en privent risquent de ne plus pouvoir le détecter dans les analyses, car un régime sans gluten rend impossible la détection de la maladie. "Des 'bobos' affirment qu’ils sont intolérants au gluten, alors qu’ils ne le sont pas, et cela dessert les vrais malades, dont on minimise ensuite la pathologie”, peste le docteur Catherine Quéquet, allergologue et auteur notamment du livre Combattre les allergies aux éditions Alpen, sorti en 2013. Selon la spécialiste, le gluten n’a rien de mauvais, mais c’est comme toute chose : il ne faut pas en abuser. Et pour éviter les allergies, il est préférable de consommer des produits peu transformés et d’avoir une alimentation équilibrée.

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