Maillot de l’équipe de France aux deux étoiles : il est arrivé, sans se presser... et sans créer d'empressement

REPORTAGE - C’était annoncé, attendu : ce vendredi matin, était mis en vente le maillot de la Coupe du monde, siglé des deux étoiles. Reportage dans une boutique Nike des Champs-Elysées particulièrement... calme.

Paris, en août, c'est le bonheur. De grands boulevards déserts. Des artères où tout roule. Du silence. De l’air. Paris, en août, est vidée. Toute ? Toute ! Même la boutique Nike sur les Champs-Elysées ? Toute, on vous dit ! 


Pourtant, c’est une foule qui était attendue ce vendredi matin. Ou tout au moins, une queue de supporteurs, poireautant gaiement en attendant l’ouverture de la boutique pour s’arracher le maillot officiel de la Coupe du monde, marqué des deux étoiles. Tout était prévu : un service d’ordre renforcé, des barrières sur les trottoirs, et même une patrouille de CRS qui avait été dépêchée.  Mais rien, nada. A 9 h, il n’y a que des caméras, cinq ou six, qui campent devant le 65, avenue des Champs-Elysées.  Les policiers en rigolent : "La plus grosse affluence qu’on ait vu, c’est des journalistes. Allez, il y a eu 30 personnes tout au plus depuis 2 heures."

Prenez le vôtre, c'est dans 20 ans le prochain !Jean-François, supporter heureux

Dans la boutique, pourtant, les vendeurs sont mobilisés. Terminal à la main, pour encaisser plus rapidement. Mais à 9 h 30, ils sont plus nombreux que les clients. Au chômage technique, trois journalistes en profitent pour se muer en groupie. Et mettent la main au porte-monnaie pour avoir leur exemplaire : "Une taille S, vous pensez que ça va ? Pour un grand un peu fin ?" "Ben oui, tant qu'à faire, tout le monde me tanne !", justifie un cameraman. "Je ne le mettrais jamais, mais heu... juste pour l’avoir ", glisse un autre, sourire d'enfant aux lèvres. "Pour mes enfants", dit le troisième. 


 Les quelques clients présents sont contents. Peuvent prendre le temps d’essayer les tailles. De faire les coquets. Jean-François, la cinquantaine, maillot du PSG sur le dos, attend pour faire floquer son maillot. N’en revient pas. "C’est fou, c’est n’importe quoi ! J’étais le deuxième dans le magasin !" Pourtant, il ne s’est pas levé spécialement tôt. "Oh là là, non, j’ai passé l’âge d’être taré... ", glisse-t-il, l’œil qui sourit. "En fait, je viens des Yvelines, j’ai emmené à la fac ma fille Maud qui fait une prépa, et je me suis dit qu'en passant j'allais jeter un œil. Je voulais prendre une photo de la file pour ma fille."  Et là, personne. Surpris, au point qu'il a failli ne pas rentrer : "J’arrive, un colosse à l'entrée du magasin me dit : "entrez". Je lui réponds que je ne vais pas entrer, s’ils n’ont pas les maillots. Et là, il me dit que si, ils les ont ! Je suis super content. Comme j’ai celui d’il y a 20 ans, c’est sympa. Prenez le vôtre, c’est dans 20 ans le prochain !"

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"Je suis trop fier je vais me balader dans le métro avec" : première réactions de fan

Un maillot, une histoire

Comment expliquer, alors ce mystère de la boutique vide ? Les hypothèses vont bon train. "Les gens sont en vacances", glisse un vigile, qui du coup est bien tranquille. "Ils se sont gourés dans les dates. Ils ont annoncé sur le site que c’était hier", dit un client averti. Un  autre dit : « C’était annoncé dans le journal hier, du coup les gens sont venus hier, mais en fait le maillot n’était pas en vente. Peut-être qu’ils ne sont pas revenus aujourd’hui." Hier matin, des vidéos ont en effet montré une longue file de supporteurs, déçus, attendant le maillot qui n’était pas en vente. 


Alors aujourd'hui, tous les clients sont un peu étonnés de ressortir si facilement avec leur petit paquet. Et de voir se précipiter sur eux quelques journalistes, quêtant la réaction d’un heureux élu. Mais derrière chaque maillot, il y a une histoire, toujours jolie. L’histoire d’Annick, qui sort avec un super sourire, en brandissant le maillot. "J’en ai acheté un pour ma petite-fille, aux Etats-Unis, ça fait 10 ans qu’elle fait du foot », dit-elle. "Là-bas, elle est la frenchie, alors c’est très important que la France ait gagné pour elle, elle est venue voir la finale en Corse, elle voulait le maillot ! J’en ai acheté un autre, il va partir en Corse, pour mon petit neveu qui fait du foot." Pas pour elle, par contre. "Moi je suis supportrice de tout le monde ! Surtout de mes petits enfants... " Mais la surprise de n’avoir pas fait la queue ajoute au plaisir : "J’habite à un quart d’heure, je suis passée comme ça, je me disais allez, s’il y a 200 personnes je le fais pas. Mais là ! je suis équipée, j’attends la troisième étoile !"

On est champion du monde, alors je le montre, on est fier !Thierry, autre heureux supporteur

L’histoire aussi de ce cadre aux grandes jambes, qui travaille à Londres, et passait une journée à Paris. "Aux infos, j’avais entendu que 30.000 maillots allaient être vendus, je suis passé comme ça, je m’attendais à une queue fantastique." Alors ce maillot, il le savoure deux fois plus et, promis, il le mettra lundi au boulot : "Je vais me faire un plaisir de titiller mes collègues anglais !"  


L’histoire encore de Thierry, colosse venu des Yvelines. Trop content avec son maillot floqué au nom de Mbappé. "J’étais venu hier, pour rien ! Ma femme m’a bien taquiné là-dessus ! Et aujourd’hui, je suis surpris, parce que j’avais reçu un message me disant de venir à 9 h pour faire la queue, et là je l’ai. Je suis super content !" D’autant plus content que, raconte-t-il volontiers, il fait une taille XXL, et "ça, on ne le trouve qu’ici !" Obligé, il le met dès qu’il a fini de parler. "Je suis supporter à donf’ de Paris et je le montre ! Normal ! Là on est champion du monde, je le montre ! On est fier !" Thierry se promet de revenir bientôt, d’ailleurs. Pour sa femme. Mais les coupes féminines ne sont pas encore arrivées. "Elle est péruvienne, alors elle veut un maillot au nom d’Hernandez" Parce que, même à 100 euros le maillot floqué, "quand on aime, on ne compte pas ! Même si quand on sait le prix de fabrication, bon... Mais pour ma femme, je n’hésite pas !"

Il y a les bons clients aux belles histoires, comme cette dame, blonde dans la quarantaine, qui glisse face à trois caméras : "Je suis ravie ! Enfin,  c’est surtout mon fils qui va être heureux ! Demain c’est son anniversaire." La belle surprise. "Enfin, s’il me voit à la télé, ça ne le sera plus tellement", rigole-t-elle, face à la petite cohorte qui la suit. Il y a cette famille, venue en papa-maman et deux garçons. Intimidés, les petits, devant les micros qui se tendent. "Alors ce maillot, tu l’attends depuis longtemps ?", lui demande un journaliste. "Non", répond le petit garçon, la tête baissée. La joie est bien là, mais intérieure. Mauvais client pour les caméras. C'est qu'un maillot deux étoiles, ça se savoure aussi en silence. 

Il est 10 h 30, et toujours pas de foule. Mais bien un petit train-train de clients qui entrent dans la boutique, goutte à goutte, sans cohue aucune. Pas tous, d’ailleurs, pour acheter le maillot. "Oh, ça va arriver comme ça, toute la journée, tranquillement", philosophe le vigile. L’heure, donc, de repartir, tout aussi tranquillement. Tiens, par contre, il y a une file de 30 personnes devant la boutique Louis-Vuitton, quelques pas plus haut. Chacun ses héros ?

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