Amnesty International dénonce une "régression" des droits de l’Homme depuis les attentats

Amnesty International dénonce une "régression" des droits de l’Homme depuis les attentats

SOCIÉTÉ
LIBERTÉS - Dans un rapport publié mardi, l'ONG Amnesty International dénonce la "régression continue" des droits de l'Homme en Europe, en raison de la lutte contre le terrorisme mis en place par les gouvernements. L’organisation place la France en "leader" européen.

Mesures d'exception, pouvoirs accrus de l'exécutif, discriminations... Du fait de la "sécurisation" des territoires après les attentats de 2015, "la peur, l'aliénation et les préjugés rognent progressivement les pierres angulaires de l'Union européenne que sont la justice, l'égalité et la non-discrimination", observe un rapport d'Amnesty International publié mardi 17 janvier et qui porte sur quatorze États membres.


Le directeur de l'ONG pour l'Europe, John Dalhuisen, a indiqué lors d'une conférence de presse que "pierre après pierre, l'édifice de la protection des droits fondamentaux, construit avec tant de soins après la Seconde Guerre mondiale, se fait démanteler" au nom de la "lutte contre le terrorisme". Amnesty a ainsi listé les mesures qu’elle estime responsables. 

Adoption de lois "à la hâte", avec "très peu" de consultation, "consolidation du pouvoir dans les mains de l'exécutif" ou des services de sécurité, aux dépens du système judiciaire, "exigences en matière de preuves revues à la baisse", ou invocation de "preuves secrètes" contre des suspects qui ne leur sont pas divulguées, ni à leurs avocats, utilisation de mesures de "contrôle administratif" pour restreindre la liberté de circulation et d'association de certains individus, "pénalisation de nombreuses formes d'expression qui sont loin de constituer une incitation à la violence", etc., note le rapport.

La France en tête du classement

La France, où 238 personnes ont perdu la vie dans des attentats depuis janvier 2015, a joué un rôle de "leader" européen dans ce durcissement législatif. Hongrie, Bulgarie, Pologne ou Luxembourg s'étant ensuite "inspirés" de son exemple, a estimé John Dalhuisen. Depuis l'instauration par Paris de l'état d'urgence après les attentats du 13 novembre 2015, reconduit cinq fois depuis lors, "des centaines de personnes", dont certaines mineures, ont été poursuivies pour "apologie du terrorisme", souvent pour des commentaires sur le réseau social Facebook.


Certaines populations, en particulier "les musulmans, les étrangers, ou les personnes considérées comme musulmanes ou étrangères", ont été discriminées "de manière disproportionnée et extrêmement néfaste" du fait de ces mesures, relève l'ONG qui énumère notamment la multiplication d'"injures" et "agressions", le fait que des passagers ont été contraints de descendre d'avion au prétexte qu'ils "ressemblaient à des terroristes", ou encore que des femmes se sont vu interdire le port du burkini, maillot de bain intégral, sur la plage en France.


"La régression continue, de nombreux aspects de la protection des droits au sein de l'UE doit cesser", tonne Amnesty, qui appelle les États à "respecter leurs obligations internationales".

En vidéo

Depuis Charlie Hebdo, 238 personnes sont mortes dans des attentats en France

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Les attentats du 13 novembre, trois ans après

Plus d'articles

Lire et commenter