L’écrin du cœur d’Anne de Bretagne volé à Nantes : une pièce inestimable à l'histoire mouvementée

L’écrin du cœur d’Anne de Bretagne volé à Nantes : une pièce inestimable à l'histoire mouvementée
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FAIT DIVERS - Des individus se sont introduits à l’intérieur du musée Dobrée à Nantes et ont dérobé le reliquaire du cœur de l'ancienne reine Anne de Bretagne dans la nuit de vendredi à samedi. Une pièce exceptionnelle.

C’était un des joyaux de Nantes. Une pièce exceptionnelle. Comment les voleurs ont-ils fait pour s’en emparer ? 


Samedi matin, les responsables du musée Dobrée à Nantes ont découvert que l’une des pièces principales, le reliquaire du cœur de l’ancienne reine Anne de Bretagne, avait disparu, ainsi que plusieurs autres objets.

Le département de Loire-Atlantique a envoyé un communiqué dans lequel il explique que "des individus ont réussi à s’introduire à l’intérieur du musée". Ils ont emporté une statue hindoue dorée, un ensemble de monnaies d’or, et l’écrin du cœur d’Anne de Bretagne. Ce dernier objet est "une pièce d’orfèvrerie exceptionnelle", en or, réalisé en 1514.

Le Département, qui est propriétaire du musée et dépositaire de l’écrin du cœur de la reine, a porté plainte, et une enquête a été ouverte. "Les cambrioleurs s’en sont pris à notre patrimoine commun et notamment à une pièce d’une valeur inestimable", a déclaré Philippe Grosvalet, président de Loire-Atlantique. "Bien plus qu’un symbole, l’écrin du cœur d’Anne de Bretagne appartient à notre Histoire". Il rappelle que la reine Anne, duchesse de Bretagne, avait souhaité que son cœur soit inhumé auprès de ses parents. Sauvé de la fonte après la Révolution, il était conservé au musée Dobrée depuis 1886.


La maire de Nantes Johanna Rolland a elle exprimé son "indignation". "Ce magnifique objet, chef d’oeuvre de l'orfèvrerie du début du 16e siècle, possède naturellement une très grande valeur patrimoniale", selon elle. "Il revêt également, pour l'ensemble des Nantaises et des Nantais, une importance sentimentale particulière, liée à la personnalité d'Anne de Bretagne et à l'empreinte qu'elle a laissée dans l'histoire de Nantes, comme en avait notamment témoigné le très grand succès de l'exposition que lui avait consacrée le Château des Ducs de Nantes en 2007", a-t-elle ajouté. 

Un écrin pour contenir le coeur d'une reine

Cet écrin, aussi appelé reliquaire, est une boîte ovale surmontée d’une couronne. Des écritures sont gravées sur chaque côté. On peut notamment y lire : "En ce petit vaisseau/De fin or pur et munde/Repose ung plus grand cueur/Que oncque dame eut au munde/Anne fut le nom delle/En France deux fois royne/Duchesse des Bretons/Royale et Souveraine."


La reine Anne de Bretagne avait en effet émis le vœu qu’à sa mort, son cœur soit placé dans un écrin, ce qui a été fait. Ce reliquaire a ensuite été enfermé dans une autre boîte en plomb puis une autre en fer. Le 19 mars 1514, il avait été transporté à Nantes en grande pompe pour être déposé dans la chapelle des Carmes, dans un caveau que la reine avait fait réaliser pour ses parents, François II de Bretagne et Marguerite de Foix, dans le centre de Nantes.

Un reliquaire qui a survécu à plusieurs péripéties de l'Histoire

L’histoire de cet écrin a ensuite été mouvementée. En 1727, le maire de Nantes le fait exhumer. Il craignait en effet que les religieux du couvent ne l’ait fait fondre pour récupérer l’or. La boîte est alors vide, mais il s’avère que le cœur s'est sans doute désagrégé. Le reliquaire est reposé dans le caveau. Repos de courte durée. Car en  1793, pendant la période de la Terreur, il est à nouveau exhumé et saisi : à cette période, tous les biens appartenant aux églises sont en effet confisqués. Là encore, il échappe à la fusion. Il a finalement été rendu à Nantes aux Musées départementaux en 1819 pour être exposé. 


Le reliquaire est fragile et a une grande valeur patrimoniale, deux particularités qui font qu’il est rarement prêté. Lorsqu’il s’échappe de son musée, c’est sous bonne escorte. Ainsi, ce sont des policiers qui l’ont accompagné en 2007 au Château des ducs de Bretagne. Tout dernièrement, en 2014, pour les 500 ans de la mort d’Anne de Bretagne, l’écrin avait fait l’objet d’une grande exposition, toujours au Château de Nantes. 


Depuis l’annonce du vol, les appels aux malfaiteurs se multiplient, sur les réseaux sociaux et de la part des responsables locaux. Dans Presse Océan, Catherine Touchefeu, conseillère départementale, vice-présidente à la Culture et au Patrimoine, et Julie Pellegrin, directrice du musée Dobrée, choquées, demandent aux voleurs de "ne pas commettre l'irréparable !" : "Ce que nous souhaitons éviter plus que toute autre chose, c'est la fonte de ce cœur qui signerait la perte définitive de cette pièce historique d'un niveau patrimonial international. Sa valeur va bien au-delà de son simple poids en or !"

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