#Anti2010 : "Une forme de bizutage démultipliée par les réseaux sociaux", selon un psychologue

#Anti2010 : "Une forme de bizutage démultipliée par les réseaux sociaux", selon un psychologue

ÉCOLE - Depuis la rentrée, des collégiens sont victimes d’une campagne de harcèlement qui vise les élèves nés en 2010. Comment expliquer un tel phénomène, au point que le ministre de l'Éducation s'en est emparé ? On a posé la question à un psychologue.

40 millions, voilà le nombre de mentions de l’hashtag "Anti2010" qui essaime sur les réseaux sociaux depuis plusieurs semaines. Sous cette appellation sont visés les élèves qui viennent d'entrer en 6e et qui sont donc nés en 2010. Plus inquiétant, depuis la rentrée, selon différents témoignages, cette campagne de dénigrement se serait également invitée dans l'enceinte de certains collèges. 

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Au point que Jean-Michel Blanquer s'en offusque et demande jeudi 16 septembre aux chefs d'établissement de "renforcer leur vigilance". Tandis que la plateforme TikTok où tout a commencé a tout bonnement supprimé ce vendredi cette mention. Pour le psychologue Jean-Luc Aubert, fondateur de la chaîne YouTube, Questions de psy, qui a longtemps travaillé sur le phénomène des violences scolaires, cela pourrait s'apparenter à une forme de bizutage. On a voulu en savoir plus. 

Le harcèlement se fonde en général sur le rejet de la différence (et sur la stigmatisation de certaines caractéristiques), mais comment peut-on être harcelé juste à cause d'une date de naissance ?

Jean-Luc Aubert : Une des caractéristiques de l'adolescence, c'est que les jeunes ont besoin de sentir qu'ils appartiennent à un groupe qui a ses propres critères, ses propres lois, ses propres rites. Car le groupe rassure et structure. Le problème, c'est qu'il y a deux types de groupes d'appartenance : le groupe sain où l'on est fier d'en faire partie et où l'on respecte les autres ; et le groupe malsain, constitué en général d'individus fragiles, qui va chercher des boucs émissaires pour se souder davantage. Celui-là va chercher n'importe quelle raison finalement pour se structurer contre les autres. Dans une classe traditionnelle, ça aurait pu être quelquefois celui qu'on appelle "l'intello de la classe". C'est aussi futile que ça. 

"Une façon de soumettre l'autre"

Ces comportements d'agressivité précoce sont-ils révélateurs d'autre chose ?

J'y vois aussi une forme de bizutage. Cette affaire de date de naissance est un prétexte finalement. En fait, le bizutage est un rituel qui permet à un groupe d'accepter un nouvel arrivant. Mais là-aussi, tout dépend du groupe. Le groupe sain va faire un bizutage tout à fait sympathique, convivial, il n'y aura pas de problèmes. Là où le groupe malsain aura un rituel beaucoup plus humiliant pouvant aller jusqu'à l'agression physique. Car pour ce groupe, l'autre fait peur. C'est donc une façon de le soumettre. En fait ce groupe se protège de la mauvaise façon du nouvel arrivant. 

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Les enfants reproduisent-ils finalement à leur échelle la violence dont ils sont témoins, notamment sur les réseaux sociaux ?

Ce phénomène n'est pas nouveau : les groupes se protègent toujours des autres groupes. Mais avec les réseaux sociaux il y a un effet démultiplicateur. Quand je citais "l'intellectuel de la classe", autrefois cible de moqueries, cela restait au niveau de la classe. Ça n'allait pas au-delà de ça. Aujourd'hui ce qui change, c'est la résonance qu'on lui donne et le fait aussi de pouvoir s'exprimer sans être vu. Ce sont les effets circonstanciels qui font que ça donne plus de gravité. Heureusement, dans de nombreux établissements, se développe plutôt un sentiment d'appartenance sain où l'on ne cherche pas à se structurer contre les autres, ce qui explique que dans beaucoup de collèges on n'a jamais entendu parler de cet hashtag #Anti2010.

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