87.000 étudiants toujours sans affectation : "Nous payons le passage à l'autonomie des universités"

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INTERVIEW - Alors que des dizaines de milliers de bacheliers sont toujours dans l'incertitude concernant leur avenir, où est la responsabilité de ces tensions observées dans tant de filières ? Entretien avec Christine Gangloff-Ziegler, membre de la Conférences des président-e-s d'université.

Depuis ce vendredi, ce sont près de 87.000 aspirants étudiants qui se voient placés dans une attente angoissante.  En effet, leurs voeux admission post-bac, non acceptés, ils se retrouvent à devoir attendre la procédure complémentaire pour trouver où étudier à partir de septembre ou octobre prochain. Avec le risque d'être géographiquement éloigné de chez eux ou d'être dans une filière bien éloignée de ce qu'ils espéraient. Une situation relativement inédite, partiellement dûe au mini-baby-boom des années 1999 et 2000 (+ 30.000 naissances entre les deux années), et qui n'a, semble-t-il, pas été anticipée. Pour en savoir plus, LCI a interrogé Christine Gangloff-Ziegler, maîtresse de conférences en sciences de l'éducation et présidente de l'université de Haute-Alsace.

LCI : 87.000 étudiants toujours sans affectation : quelles sont les raisons qui expliquent cette situation ?

Christine Gangloff-Ziegler : Il y a un défaut d'anticipation qui interroge toujours, oui. Une quinzaine d'années en arrière, les projections démographiques anticipaient une baisse de la population, mais on a bien vu, au milieu des années 2000, que cette tendances s'est inversée. Et la prise de conscience qui s'est faite n'a pas été suffisamment aiguë. Nous payons aussi le passage à l'autonomie des universités, voulue pour l'enseignement supérieur, qui ont délégué aux universités la prise en charge de la masse salariale. Cette dernière, du fait du "glissement vieillesse technicité" (ndlr : quand l'ancienneté et l'acquisition de compétences génèrent une hausse des salaires), a augmenté comme, dans le même temps, le nombre d'étudiants, et les universités se sont trouvées en difficulté pour s'occuper d'eux.

LCI : S'agit-il seulement d'une question de financements ?

Christine Gangloff-Ziegler : Non, même si l'Etat doit davantage accompagner la hausse du nombre d'étudiants dans les universités. Mais si nous traversons de traversons de telles difficultés, c'est aussi en lien avec certains choix d'étudiants qui se font une mauvaise idée de la filière dans laquelle ils veulent aller et les privilégient massivement. Je pense notamment à la filière Staps, où on s'imagine faire du sport alors qu'on commence par faire des maths, ou celle des sciences de l'éducation, qu'on pense être la meilleure voie pour devenir enseignants. Je pense aussi à l'accueil des étudiants professionnels souhaitant aller vers des filières, sans y être nécessairement préparés. Pourtant, toutes les filières ne sont pas en tension. La procédure complémentaire, dans laquelle sont engagés les étudiants qui n'ont pas encore trouvé leur voie, réserve encore 200.000 places pour la rentrée prochaine.

LCI : Les étudiants doivent-ils aller dans des filières qui ne leur conviennent pas, alors ?

Christine Gangloff-Ziegler : Non, et il ne s'agit pas non plus de faire de sélection à l'entrée à l'université, même si, à la fin de la première année, il en existe une, de fait. En amont, les futurs étudiants doivent aussi penser leur futur parcours universitaire, et l'employabilité qui va avec. C'est aussi la responsabilité de la filière scientifique au lycée, dont les bacheliers vont ensuite dans toutes les filières et pas seulement dans les filières scientifiques, prenant les places de certains bacheliers L ou ES. C'est pourtant dans les sciences dures qu'il y a plus de places et ses débouchés sont très intéressants. L'université a donc aussi un travail à faire pour rendre ces filières boudées plus attractives.

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