Appels au viol, "sale pute" : sur Twitter, les victimes de cyber-harcèlement se révoltent

SOCIÉTÉ

HARCELEMENT EN LIGNE - D’après un rapport de l’Union européenne, une femme sur 10 de plus de 15 ans a déjà été harcelée sur les réseaux sociaux. Dimanche, le collectif FeminismVsCyberBully a lancé une campagne pour sensibiliser sur le sujet via le hasthag #TwitterAgainstWomen et interpeller les directions des réseaux sociaux.

Lily a 23 ans. Il y a cinq ans, elle est sortie avec ce garçon. Un gentil garçon. "Au début, tout allait bien", raconte-t-elle. "Mais il avait une addiction à Twitter. Il se sentait puissant, parce qu’il avait 1000 abonnés." Surtout, il a un grand jeu avec ses amis : "Leur délire, c’était d’embêter les filles. Ils en choisissaient une au pif, puis ils se mettaient à l’insulter, à faire des montages photo d’elle. Et en fait, dès qu’une fille ne répondait pas positivement à leurs avances, c’était une pute." Lily est avec lui depuis un an et demi. Elle le quitte. Grosse erreur : il se met à l’insulter. Puis s’excuse. Mais un an après, alors que Lily prend la défense d’une fille qu’il harcèle sur Twitter, il pose des vidéos d’elle sur internet.  "La vidéo a été virale, en quelques minutes j’ai reçu des centaines de messages dans ma boite". La vidéo la montre de dos. Mais nue, en train de danser. En train de rire et parler. "Quelqu’un qui me connaissait pouvait me reconnaître instantanément", raconte Lily.

Elle prend des captures d’écran, et va porter plainte. Tout ça, c’était en septembre 2015. Elle n’a pas encore eu de nouvelles du commissariat. Lily s’en doutait, mais c’était important pour elle. "Il faut porter plainte. Il faut qu’on soit reconnues comme victimes. Je me suis sentie violée." Et très, très seule : "Le sentiment qui prédomine c’est : la honte. Lorsque la vidéo est sortie, j’ai regardé ma fenêtre et je me suis dit : "Je fais quoi là, je me jette par la fenêtre ?"

"Quoi qu'elles fassent, elles se font traiter de putes"

L’histoire de Lily est relayée par le collectif FeminismVsCyberBully (le féminisme contre les cyberharceleurs). Dimanche 3 décembre, ce petit groupe a lancé une campagne en ligne, pour interpeller Twitter sur ces dérives, en faisant tourner le mot-dièse #TwitterAgainstWomen . Le but : sensibiliser, et surtout interpeller la direction du réseau social sur la modération. Car le cas de Lily n’est pas isolé. D’après les données du centre Hubertine-Auclert, qui travaille sur l'égalité hommes-femmes, une adolescente sur 4 déclare être victime d'humiliations et de harcèlement en ligne.

"Le cyber-harcèlement existe depuis qu’internet a été créé", explique une des membre fondatrice du collectif. Elle a 28 ans. Elle n'en a pas été victime. Mais elle voit les ravages dans la génération d'après. "Comme tout le monde, j’ai vécu du sexisme, des problèmes au travail. Mais je n’ai pas grandi, ado, avec un ordinateur devant moi. Mais les très jeunes femmes sont très concernées." Car aujourd’hui, tous les jeunes sont sur les réseaux sociaux. Quasiment sous perfusion, toujours connectés. Avec les dérives de cette parole libérée sans contrôle. "Cette génération, c’est impressionnant : quoi qu’elles fassent, elles se font traiter de putes, harceler. Il n’y a aucune censure de la parole sexiste." Le tout encouragé par l’anonymat, le manque de réglementation, l’effet de groupe. Parmi les cibles, beaucoup de jeunes filles afro-descendantes ou maghrébines, mais aussi des membres de la communauté LGBT.

"Twitter n'a pas pu ne pas voir ce qu'il se passait"

Et les effets de ce harcèlement en ligne sont dévastateurs. "L’an dernier, une fille s’est suicidée", rapporte la militante. "D’autres se retrouvent seules, isolées, sans aucun soutien psychologique." Sans pouvoir rien faire… sauf porter plainte. "La seule chose qui fonctionne est la procédure légale, aller au commissariat. Mais c’est très long, et les photos et vidéos restent publiées sur internet", indique Johanna. "On dit aussi aux victimes de supprimer leur compte. Mais ce n’est pas une réponse : on leur enlève le droit de s’exprimer, on leur nie le statut de victimes. "

FeminismVsCyberBully invite à réfléchir à la sécurité de ces jeunes femmes connectées. "La jeunesse d’aujourd’hui est exposée à de nouveaux risques. Il faut qu’ils soient pris en compte par les services de santé, par l’éducation. Qu’on réfléchisse comment canaliser tout ça." Depuis dimanche, la campagne Twitter Against Women a bien tourné. Le hashtag a été vu plus de 359.000 fois. "On a été agréablement surprises, on a reçu des dizaines de témoignages, de remerciements. Des parents, des jeunes garçons ont découvert la violence de ces réactions, les appels au viol", explique la militante. Par contre, aucune réponse de Twitter. "Pourtant, on était dans les trending topics dimanche. Ils n’ont pas pu ne pas voir ce qu’il se passait."

A LIRE AUSSI
>>
Agression sexuelle dans un train : "Bah, elle n’est pas morte !"
>> PHOTOS - Elle dénonce le harcèlement sexuel au quotidien
>> "Ta main sur mon cul, ma main sur ta gueule" : face au harcèlement de rue, elles crient leur colère sur des tee-shirts

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter