VTC 100% féminins : pourquoi féminiser ce secteur ?

VTC 100% féminins : pourquoi féminiser ce secteur ?
SOCIÉTÉ

FEMME AU VOLANT - Kolett devrait faire son arrivée dans le secteur du VTC dès cette rentrée. Dans un domaine, presque, entièrement composé d’hommes, cette application proposera un service 100% féminin.

Femmes au volant, Lady Driver, Safr, et bientôt Kolett. Toutes ces applications proposent des Voitures de Transport avec Chauffeur (VTC) où les conducteurs sont tous … des conductrices ! Kolett va même plus loin. Les clients de cette nouvelle application, disponible dans la capitale à partir du 12 septembre prochain, ne pourront être que des clientes. De quoi se demander pourquoi les VTC 100% femmes sont en plein essor.  

A ses débuts, Uber avait dû faire face à plusieurs affaires de violences envers les femmes. Ainsi, entre 2012 et 2015, il y aurait eu au moins cinq cas de viols et 170 agressions sexuelles aux Etats-Unis au sein d’une voiture de la compagnie. En France, de tels chiffres n’ont pas été publiés, mais cet été encore, une conductrice disait avoir été agressée sexuellement, à Villejuif, par un passager. Des délits qui ont entaché l’image du géant du VTC. Et incité des femmes à créer un service qui leur est dédié. 

La garantie d’une course en toute sérénité

La sécurité et la sérénité des femmes, qu’elles soient conductrices ou passagères, est l’un des arguments mis en avant par ce type d’application. Ce qui sous-entend cependant qu’Uber ne répond pas à de tels critères. Pourtant l’entreprise, contactée par LCI, explique que : "la sécurité des passagers et des chauffeurs - femmes et hommes - utilisant l’application est notre priorité." L’une des porte-paroles rappellent également que tous les chauffeurs ont obtenu une carte professionnelle VTC. Délivrée par la préfecture, elle permet d’exercer en tant que chauffeur et n'est remise qu'après un "contrôle de leur casier judiciaire". 

De plus, la compagnie rappelle que des avancées technologiques ont permis de sécuriser le client avant et après la course, comme l'anonymisation des numéros de téléphone, l’utilisation de la technologie GPS pour tracer la course et la possibilité pour un proche de la suivre en direct. Sur les agressions sexuelles en tant que telles, Uber avait réagi, le 13 juillet, en indiquant prendre "les cas d'agressions sexuelles très au sérieux, en collaborant avec la police et en apportant notre soutien à la victime." 

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Cependant, ce n’est pas tant la sécurité que l’absence de choix qui est critiquée par les nouvelles applications 100% féminines. Dans un domaine où l’homme est majoritaire – plus de 95% des conducteurs –, Valérie Furcajg veut surtout proposer une alternative pour les clientes.  La présidente, et co-fondatrice de Kolette s’explique : "Que ce soit la sécurité ou la qualité de service, qu’importe. Ce ne sont pas tant les raisons qui amènent une femme à vouloir commander une conductrice qui sont importantes, mais le fait de leur donner le choix."  A 40 ans, cette ancienne conductrice craint d’ailleurs qu’on résume sa volonté uniquement à celle de rassurer la femme.  "La sécurité est une question sous-jacente !" s’insurge-t-elle lorsqu’on lui pose la question. "Ce n’est qu’une conséquence du manque de femmes dans le métier." 

Des solutions pour avoir un secteur égalitaire

"Jusqu’ici la cliente n’avait pas le choix. Maintenant elle l’a" résume ainsi Valérie, avant d’ajouter : "Je n’ai pas analysé la question psychanalytique. J’ai juste voulu leur donner le choix, tout simplement." Alors pour elle, il est important d’ouvrir ce secteur aux femmes. Plus simple à dire qu’à faire. Elle-même en a été témoin.  

En 2016, alors qu’elle reçoit sa carte VTC et s’apprête à devenir conductrice, son mari lui dit : « Tu vas éviter les horaires de nuit quand même ?!". Problème : ces heures sont évidemment celles avec le plus de demandes. Et donc les plus rentables. Elle témoigne de ses débuts : "Je me suis dit : maintenant que j’ai ma carte et mon véhicule, je dois rentabiliser. Le bon sens voudrait que je travaille sur ces horaires mais ils sont sensibles. Alors j’ai agi, je n’ai pas attendu qu’on vienne m’aider." Car son constat est simple : alors que le VTC est une filière porteuse en termes de travail et une vraie opportunité, les femmes ne représentent que 5% de l’ensemble des conducteurs du VTC en France. "Alors pourquoi hésitent-elles encore à faire ce métier, pourtant accessible, qui permet de choisir ses horaires, de dégager un chiffre d’affaires et d’être indépendantes ?" se demandent Valérie. 

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Un manque de conductrice ? Une réponse écartée par Shmahane Bouchlaghem, qui en doute fortement. Originaire d’Aubervilliers, elle s’est posé la question lors de son étude de marché pour son application Femmes au Volant. Mais au fur et à mesure, aidée par le bouche à oreille et la couverture médiatique, elle dit avoir reçu plus de 200 candidatures de femmes souhaitant faire ce métier. "Je ne sais pas pourquoi elles viennent chez nous. Mais en tout cas, nous, on  continue d’embaucher." 

Avec une centaine de conductrices à son actif, l’application en vise 500 d’ici à la fin de l’année. Forte de son succès, elle a choisi de contribuer à l’accompagnement des femmes vers ce métier et à leur faciliter l’accès. Elle rappelle d’ailleurs qu’elle ouvrira un centre de formation qui leur sera dédié "d’ici deux semaines". "L’intérêt c’est l’égalité mais aussi l’émancipation des femmes" explique Shmahane. 

l’idée d’un service exclusivement féminin dérange- Valérie Furcajg, fondatrice de Kolett

Retrouver une égalité au sein de ce secteur, c’est en fait ça le vrai fer de lance de ces applications. Valérie mentionne d’ailleurs  les critiques la jugeant discriminante en répondant que "c’est la filière du VTC qui l’est". Elle réagit en concédant que "l’idée d’un service exclusivement féminin dérange, je le sais. Par contre qu’Uber n’ai que 5% de femmes non. Donc là au moins on suscite le débat." Un débat auquel Marlène Schiappa a déjà répondu. Interrogée ce matin sur Europe 1, la Secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes explique être "philosophiquement dérangée  par cette idée". Elle se dit trop attachée " aux valeurs de la République parmi lesquelles l’égalité et le fait de pouvoir partager un même espace." Elle explique néanmoins comprendre que des femmes veuillent apporter des solutions alternatives "pratiques" lorsqu’elles ne se sentent pas en sécurité.

Ce à quoi Valérie réplique : "Il n’est pas question de proposer un modèle de société mais de trouver des solutions pour avoir un secteur égalitaire, faire de la contre-discrimination." Et de conclure : "Le jour où cette filière aura autant de femmes que d’hommes, notre projet aura moins de valeur." Mais pour le moment, et malgré les applications 100% femmes, on n’en est encore loin. 

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