Apprendre par cœur "La Marseillaise" à l'école : un simple effet d'annonce ?

Société
"ALLONS ENFANTS" - Les écoliers français reprendront le chemin de l'école lundi prochain. Parmi les nouveautés, le ministre de l'Education Nationale souhaite que tous les enfants connaissent "La Marseillaise". Ils devront même apprendre le premier couplet par cœur en CE2. Véritable changement dans le programme ou simple effet d'annonce ?

Nous l'avons entendue pendant tout l'été ! "La Marseillaise" a tonné dans toutes les communes de France pendant la Coupe du monde (et après !). Et nous n'avons pas fini d'entendre parler de notre cher hymne national. Car parmi les nouvelles recommandations du conseil supérieur des programmes, publiées avant la rentrée, figure l'apprentissage de "La Marseillaise". Au CE1, les élèves "apprennent à chanter le premier couplet", peut-on lire. Puis au CE2, ils doivent savoir le "chanter par cœur". Jean-Michel Blanquer avait prévenu : l'accent sera porté cette année sur ce symbole de la République.


Mais pour Jean-François Graffard, professeur des écoles (précisément en CM1) à Paris, cela ne change "pas grand-chose en fait". "Les professeurs enseignaient déjà 'La Marseillaise' très tôt, donc il n'y a rien de vraiment nouveau", analyse-t-il pour LCI, relevant cependant qu'il "sent qu'il y a une priorité plus affirmée", portée sur l'éducation civique. Un sentiment qu'il ressent depuis déjà "quatre ou cinq ans". 

C'est beaucoup de communication politique plus qu'un enjeu pédagogique, parce que cela a toujours été fait et bien fait.Jérôme Lambert, représentant syndical SNUIPP 75

Pour le Syndicat National Unitaire des Instituteurs, Professeurs des Écoles et PEGC (SNUIPP), il s'agit surtout d'un effet d'annonce. "C'est beaucoup de communication politique plus qu'un enjeu pédagogique, parce que cela a toujours été fait et bien fait", râle Jérôme Lambert, délégué départemental pour Paris. "Ce sont des mesures destinées à l'opinion publique et non pas aux enseignants et aux élèves pour donner l'impression que tel ministre veut atteindre tel objectif."


Il est vrai que l'apprentissage des symboles de la République, et notamment de l'hymne national, a toujours fait partie de l'enseignement des petits Français. Depuis 2005, l'article 26 de la loi d'orientation et de programme pour l'école (baptisée loi Fillon) a même inscrit son caractère obligatoire dans le Code de l'Education. Mais les parents d'élèves ne sont pas toujours au courant, à l'image de Stéphane Rabany, papa de deux enfants en CM2 et Seconde. "Je leur fais réciter les leçons à la maison et je ne me souviens pas l'avoir fait avec 'La Marseillaise'", constate-t-il. "De mémoire, je ne les ai jamais vus l'apprendre. Qu'ils le fassent, c'est très bien."


Au-delà d'un bon accueil, cette annonce n'a pas suscité beaucoup de réactions auprès des parents. "Je n'ai eu aucun courrier, aucun mail, aucun appel, ni au sein du bureau de l'association, ni auprès de parents", explique Stéphane Rabany, également représentant du GIPE  Limeil-Brévannes (Val de Marne), un Groupement Indépendant de Parents d'Élèves. Pour moi, c'est quelque chose qui ne fait pas du tout de vague", rapporte-t-il. "Autant le passage aux 4 jours, cela suscite des débats, mais ce sujet-là, pfff…."

Le seul changement notable repose à priori sur les classes d'âge. En règle générale, jusqu'à cette année, en CP/CE1, les enfants apprenaient que l'hymne national est l'un des emblèmes de la République, tout comme le drapeau. En CE2, ils en apprenaient le premier couplet. Puis en CM1 et CM2, ils étudiaient le contexte historique et sa signification. Dorénavant, l'apprentissage devrait donc être avancé en CE1. Et c'est surtout l'apprentissage "par cœur" du premier couplet que l'on remarque. "L'éducation civique et morale est un enseignement important, l'école participe à la citoyenneté. Mais s'il s'agit d'apprendre par cœur 'La Marseillaise' pour préparer le futur citoyen, c'est bien maigre", déplore le délégué départemental parisien du SNUIPP. 


Pour le corps enseignant, c'est surtout – et évidemment - sa compréhension qui importe. "Il y a beaucoup d'élèves qui la connaissent déjà parfaitement", souligne Jean-François Graffard. Ce sont bien souvent les événements sportifs qui permettent aux plus jeunes de la découvrir. "Cet été, avec la Coupe du monde, il est évident que les élèves l'auront entendue. L'origine, le sens profond, etc., ça par contre, ils n'en ont pas la moindre idée. C'est à nous d'effectuer ce travail-là."

Mettre du sens sur le terme République, c'est extrêmement compliqué et abstrait. C'est quelque chose qui se construit avec le temps.Jean-François Graffard, professeur des écoles en CM1

Comme c'était déjà le cas, cette mise en contexte historique et son explication sont effectuées en cycle 3, soit en CM1. "C'est la classe où l'on commence l'apprentissage des grands événements historiques. Donc en parlant de la Révolution, on reprend les valeurs de la République en les contextualisant", explique l'instituteur. C'est encore vers 9 ans que les élèves analysent les paroles. "L'idée, c'est de leur faire comprendre que derrière des apparences sanguines et guerrières, il a une signification bien précise, qu'il faut aller au-delà des idées reçues. On reprend les paroles et on les décrypte ensemble."


Mais personne n'est dupe, le seul hymne national ne suffit pas à "mettre du sens sur le terme République". Car "c'est extrêmement compliqué et abstrait. C'est quelque chose qui se construit avec le temps, il ne faut pas imaginer que cela puisse se faire en une année", souligne Jean-François Gaffard. "L'approche par les symboles de la République, c'est une approche et c'est celle qu'on nous demande. Mais bien sûr, nous n'en restons pas là. Il faut aller plus loin que ça."

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