Après les attentats, les acteurs français du Web s’inquiètent d’une éventuelle censure

Après les attentats, les acteurs français du Web s’inquiètent d’une éventuelle censure

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LE JOUR D’APRÈS - D’ici le 21 janvier, Bernard Cazeneuve doit remettre des propositions au Premier ministre concernant le contrôle et la surveillance d’Internet et des réseaux sociaux. Objectif affiché : lutter contre la radicalisation sur la Toile, au lendemain des attentats. Chez les acteurs du Web, l’inquiétude est palpable.

C'est tout un paradoxe. Alors que près de 4 millions de citoyens ont marché dimanche 11 janvier dans les rues de France pour réaffirmer leur droit à la liberté d’expression après les attentats à Charlie Hebdo, près d'un Français sur deux estiment aujourd'hui qu'une limitation d'Internet et des réseaux sociaux peut être utile pour lutter contre le terrorisme, selon un sondage Ifop paru dimanche dans le JDD.

Anticipant ce constat, Manuel Valls a demandé quelques jours plus tôt au ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, de lui faire des propositions d’ici mercredi prochain concernant un meilleur contrôle d’internet et des réseaux sociaux "plus que jamais utilisés pour l'embrigadement, la mise en contact et l'acquisition de techniques permettant de passer à l'acte".

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Ce qui est en jeu est loin d'être négligeable. Il s'agit en effet de renforcer l’appareil législatif pour lutter contre le terrorisme et son apologie sur la toile, en jonglant entre la sécurité des citoyens et la protection de leur liberté d’expression. Un exercice d’équilibriste qui se fait souvent aux dépens de ce dernier droit, fondamental. Dernier exemple en date, la loi antiterroriste adoptée fin 2014 prévoit la possibilité de bloquer l'accès à un site internet sur décision du gouvernement… sans consultation de la justice.

Accroître le blocage des sites ?

Contactée par metronews, Adrienne Charmet-Alix, membre de la Quadrature du net , une association de défense des libertés des citoyens sur internet, explique que le blocage des sites, une mesure symbolique, ne résout rien. Une mesure "facilement contournable", selon elle, et qui ne s’en prend qu’à la face émergée de l’iceberg : "Les discours tenus sur Internet sont le reflet de ce qui se dit dans la vraie vie. C’est une énorme erreur de penser que c’est la faute d'Internet."

"L’idée qu’un jeune irait se balader par hasard sur un site djihadiste et en reviendrait barbu et converti à aller poser des bombes est illusoire", prévenait la semaine dernière Benoit Thieulin, le président du Conseil national du numérique, un organisme consultatif créé par le gouvernement en 2011.

La liberté d’expression entre les mains d’entreprises privées ?

D’autre part, cette spécialiste du Net redoute la signature d’une "charte" de bonne conduite renforçant les pouvoirs de modération des grandes plateformes, type Youtube ou Facebook. Un texte qui remettrait de facto "la notion de liberté d’expression entre les mains de boites privées", se désole-t-elle. Cette piste serait pourtant sérieusement envisagée par les pouvoirs publics. Au lendemain du discours de Manuel Valls, Bernard Cazeneuve a en effet évoqué un voyage à venir aux Etats-Unis , afin de "sensibiliser" les grands opérateurs d’internet aux besoins d’une surveillance et d’un contrôle accru. Mauvaise méthode, enchérit Adrienne Charmet-Alix, pour qui "la liberté d’expression doit être traité de façon démocratique. Il doit y avoir un débat devant le Parlement."

Vers une surveillance généralisée du net ?

Autre piste évoquée par le gouvernement , mais aussi par l’ opposition de droite : renforcer la surveillance du net afin de détecter en amont les comportements à risques. "Une surveillance généralisée n’est absolument pas la bonne réponse", s’emporte Maxime Rouquet, vice-président du Parti parti pirate européen, mouvement qui promeut la liberté sur internet. "Les frères Kouachi ont bien été surveillé un temps par les services antiterroristes, avec le résultat que l’on connait. Il faut améliorer l’efficacité de l’existant, en concentrant les moyens humains."

Légiférer ne doit pas être l’alpha et l’oméga de la lutte contre le terrorisme sur internet, expliquait en substance Benoit Thieulin, lors d’une intervention sur Public Sénat . L’an dernier, au moment de l’élaboration de la loi antiterroriste, comportant le blocage des sites, le CNN avait été consulté… et avait rendu un avis défavorable, explique-t-il. Ce qui n’avait pas empêché la loi d’être adoptée.

Pour l’instant, acteurs du web et gouvernement se regardent donc en chien de faïence. "On ne va pas condamner avant de connaître précisément les intentions du gouvernement", explique la Quadrature du net. Mais après...

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