Après les attentats, une vingtaine d'actes islamophobes recensés en France

Après les attentats, une vingtaine d'actes islamophobes recensés en France

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AMALGAME - Depuis les attentats de Paris au soir du vendredi 13 novembre, de nombreux actes anti-musulmans ont été recensés en France. Insultes, tags, agressions physiques... Au total, 24 actes islamophobes ont été comptabilisés.

Les attentats de Paris, revendiqués par le groupe Etat islamique, ont eu des conséquences sur la communauté musulmane française. Insultes, tags racistes, violences physiques... Depuis six jours, des actes islamophobes ont été recensés sur tout le territoire hexagonal. Le lien n'est pas toujours formellement établi entre les attaques terroristes et les actes islamophobes, même si de fortes présomptions subsistent. L'Observatoire contre l'islamophobie estime à 24 le nombre de ces actes anti-musulmans depuis le 14 novembre.

Les agressions physiques

Au lendemain des attentats, Jessim, 17 ans, a été roué de coups dans le centre-ville de Lyon, place Bellecour, par une dizaine de personnes. "Jessim a été identifié parce qu’il portait une tunique blanche, un kamis", explique son avocat Gilles Devers à Rue89 Lyon . C'est alors que les coups ont été assénés. Jessim souffre notamment d'une fracture et de contusions. Deux des agresseurs, identitaires et gudards, ont été interpellés par la police. Non reconnus par la victime, ces derniers n'ont pas été davantage poursuivis par le parquet de Lyon.

A Marseille, une jeune femme voilée a été prise à partie par un homme qui lui reprochait d'être une terroriste, selon les déclarations de la victime rapportées par Europe 1 mercredi. L'homme d'une vingtaine d'années a alors asséné des coups de poing à la femme, la blessant légèrement au thorax avec une arme pouvant être un cutter.

Un homme a été blessé par balle à Cambrai, dans le Nord, au soir du samedi 14 novembre. Alors qu'il se trouvait devant un restaurant de kebab, l'homme a été visé par une voiture dont le capot était recouvert d'un drapeau tricolore. L'homme, d’origine turque selon La Voix du Nord , a été touché à l'abdomen par une "projection unique, a priori de petit calibre". Son pronostic vital n'est pas engagé. Les deux agresseurs ont été interpellés.

A Pontivy, dans le Morbihan, une manifestation anti-immigration de régionalistes bretons a dégénéré, samedi 14 novembre. La mobilisation était prévue de longue date mais au lendemain des attentats, elle a conduit à des affrontements avec des opposants de gauche, réunis en contre-manifestation. Un passant d'origine maghrébine aurait été violemment agressé par les manifestants régionalistes, qui appelaient à fermer les frontières. "Il a été pris par le col et six personnes l’ont mis à terre. C’était un défoulement sur lui", témoigne un commerçant dans les colonnes de Libération .

Des tags, des croix gammées et du jambon contre des mosquées

Du lard et du jambon ont été déposés sur la poignée et la porte d'entrée de la mosquée de Pontarlier dimanche. Des tags aux connotations racistes, tels que "La France aux Français", et une croix gammée ont également été constatées par les policiers, indique L'Est Républicain . Le président de l'association de la mosquée a porté plainte ce lundi.

Une autre mosquée, celle de Créteil (Val-de-Marne), a également été prise pour cible. Une dizaine de croix rouge sang ont été découvertes au matin du samedi 14 novembre. La police a ouvert une enquête, mais pour le moment personne n'a été appréhendée, indique Le Parisien . "C’est la première fois depuis son ouverture, il y a sept ans, que la mosquée est dégradée", a précisé Karim Benaïssa, président de l'Union des associations musulmanes de Créteil qui gère la mosquée.

La mosquée d'Ermont, dans le Val-d'Oise, a à son tour été visée par des dégradations dans la nuit de mardi à mercredi. Des inscriptions islamophobes et des croix gammées ont été relevées. Des traces d'incendie ont aussi été constatées à l'entrée du lieu de culte. Les élus locaux ont unanimement condamné ces actes racistes, indique VO news 95 .

Dans la nuit qui a suivi le vendredi 13 novembre, c'est la mairie d'Evreux qui a été la cible de tags racistes. "Mort aux musulmans", "la valise ou le cercueil" ont été également inscrits dans d'autres endroits de cette ville de l'Eure, rapporte Paris-Normandie .

La boucherie hallal d'Oloron Sainte-Marin, près de Pau, ainsi que la salle de prière de la commune ont été taguées dans la nuit du 13 novembre : "Vive la France libre", pouvait-on lire sur la porte de la boucherie. Son propriétaire, Kindy, est abasourdi : "Je suis un citoyen comme tout le monde. Moi et ma famille n'y sommes pour rien..." a-t-il déclaré au micro de France Bleu . Selon le procureur de la République Jean-Christophe Muller, un groupuscule d'extrême droite serait à l'origine de ces inscriptions.

Injures racistes, atteintes aux biens et à la dignité

Un restaurant kebab de Blaye, en Gironde, a été la cible de coups de feu dimanche soir. Au moins cinq individus, arrivés en voiture, ont menacé de mort et insulté les gérants de "sales Arabes" et de "terroristes". Les assaillants ont tenté de pénétrer dans le restaurant : munis d'armes de poing, d'une batte de baseball et d'un couteau, ils brisent la vitre de la porte d'entrée. Le patron parvient à les faire fuir quelques instants en appelant les secours, mais les individus reviennent et tirent sur la façade du restaurant avec une arme à feu. Aucun blessé n'est à déplorer, indique France 3 Aquitaine . L'enquête de la gendarmerie a permis d'identifier les individus. 

Un autre restaurant de kebab a été vandalisé, au lendemain des attentats, près de Rouen en Seine-Maritime. Des jets de pierres ont visé la voiture de livraison et la vitrine, rapporte Normandie Actu . Pour le propriétaire, le lien avec les attentats ne fait aucun doute : "Je ne comprends pas et n’admets pas que l’on puisse s’en prendre lâchement à mon restaurant à cause de cet événement."

Dans un magasin Zara des Yvelines, une cliente s'est vu refuser l'entrée à cause de son voile : l'agent de sécurité lui a demandé d'enlever son voile pour pouvoir entrer et faire son shopping. "On lui a dit que c'était un ordre du magasin : on ne laisse pas entrer les femmes voilées", explique la nièce de la cliente au site BuzzFeed, précisant que sa tante a refusé de retirer son voile avant de quitter les lieux. Le directeur général de Zara a présenté ses excuses à la femme. Selon L'Express Styles , l'agent de sécurité de la boutique a été suspendu et une enquête doit être menée.

Sur les réseaux sociaux également, des "anonymes" témoignent des insultes dont ils ont été victimes au quotidien. Sur Twitter, le hashtag #nonàl'islamophobie émerge.

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