"Après moi le bonheur" : pourquoi le placement des fratries "est une galère monumentale"

"Après moi le bonheur" : pourquoi le placement des fratries "est une galère monumentale"

FAMILLE - Le téléfilm "Après moi le bonheur", qui sera diffusé lundi soir sur TF1, raconte l'histoire vraie de Marie-Laure Picat, cette mère qui s'était battue avant que la maladie ne l'emporte en 2009 pour que ses quatre enfants soient placés tous ensemble dans une même famille d'accueil. Un véritable combat, car dans le cas des fratries, le placement de plusieurs mineurs soulève de nombreux problèmes.

L'histoire avait ému la France entière. "Après moi le bonheur", le téléfilm qui sera diffusé lundi soir sur TF1, s'inspire de la vie de Marie-Laure Picat, mère de quatre enfants âgés de 2, 5, 8 et 11 ans. Atteinte d'un cancer en phase terminale, elle a mené un combat pour que la fratrie ne soit pas séparée et continue à vivre à Puiseaux, dans le Loiret. Cette mère, décédée en août 2009 alors qu'elle avait 37 ans, voulait que ses enfants puissent vivre "comme à la maison, garder leur école, le judo, leurs copains, leurs parrains et marraines".

Les trois plus jeunes placés dans un établissement

Elle avait tenu à choisir elle-même une famille d'accueil, avec l'accord du père, souvent absent. "Je ne voulais pas séparer mes enfants, je voulais qu'ils se retrouvent tous au sein d'une même famille", expliquait cette femme qui avait décidé de médiatiser son combat afin d'obtenir gain de cause. Les autorités avaient finalement accédé à cette demande exceptionnelle. Une famille d'accueil de Puiseaux avait ainsi obtenu une dérogation pour pouvoir prendre en charge les quatre enfants.

Début 2011, ils étaient pourtant retirés de cette famille d'accueil . Le conseil général du Loiret expliquait alors que la décision avait été rendue nécessaire par des "évolutions dans le comportement et dans la manière d'être des enfants". Les trois plus jeunes avaient été placés dans un établissement spécialisé. La décision avait été prise "afin de leur permettre de s'épanouir dans le cadre d'une prise en charge personnalisée, tout en maintenant le lien de la fratrie". Selon Anne Berthod, la journaliste qui avait co-écrit le livre de Marie-Laure Picat dans lequel elle racontait son histoire, si les enfants ne sont pas restés dans cette famille, c'est "pour le mieux", explique-t-elle pour metronews. Depuis, plusieurs d'entre eux, dont la fille aînée, seraient retournés vivre chez leur père.


Comme les enfants de Marie-Laure Picat, un peu plus de 140.000 mineurs ont été placés en 2013 , indique l'Observatoire national de l'enfance en danger (Oned), un chiffre en constante augmentation depuis dix ans. Sur décision administrative ou judiciaire, ils sont confiés au service de l'Aide sociale à l'enfance (Ase), à la charge des conseils généraux . Parmi ces enfants, plus de la moitié ont été confiés à des familles d'accueil et 38% dans des établissements spécialisés.

D'un point de vue juridique, tout parent qui rencontre des difficultés pour élever son enfant, comme en cas de maladie ou d'hospitalisation, peut décider de le placer hors du domicile familial. La décision quant au lieu et au mode de placement doit être prise entre la famille et le service de l'Ase. Il est alors confié pour une durée d'un an renouvelable , les parents conservant cependant l'autorité parentale.

"Les fratries sont éclatées"

Dans le cas des fratries, la situation est plus complexe. Malgré une loi de 1996 qui énonce que les frères et sœurs ne doivent pas être séparés , la question de la séparation se pose continuellement aux professionnels. "C'est une galère monumentale, s'indigne pour metronews Gilles Aubert, avocat en droit de la famille aux barreaux de Paris et Lyon. Dans une solution idéale, la fratrie est placée dans un même foyer ou une même famille d'accueil. Mais cela ne concerne que 1% des cas. La plupart du temps, les fratries sont éclatées."

Un phénomène qui s'explique en partie par la limite d'âge de certains foyers. "J'ai actuellement le cas de trois enfants, dont l'aîné va avoir 13 ans et qui ne peut rester dans le foyer où ils se trouvaient jusqu'alors, à cause de cette limitation d'âge, regrette Gilles Aubert. Ces trois enfants sont très liés les uns aux autres. Les deux plus jeunes, âgés de 7 et 8 ans, risquent de se sentir perdus sans leur aîné." Concernant les familles d'accueil, le problème se pose au niveau de l'agrément. La loi prévoit qu'elles peuvent accueillir jusqu'à six enfants avec dérogation, précise pour metronews une chargée de mission de l'Oned. "Encore faut-il que chacun des deux membres du couple soit agréé et que la maison soit assez grande." Si certains départements ont mis en place un service centralisé qui croise les demandes et les disponibilités , "il reste difficile d'avoir des places a priori disponibles, sans compter que certains frères et sœurs ne sont pas placés en même temps".

"Des parcours chaotiques"

Lors du placement, les enfants sont souvent dans un premier temps séparés. "Les fratries sont d'abord placées dans des foyers, où leur cas est étudié, explique pour metronews Gilles Meunier, responsable du développement des activités de SOS Villages d'enfants. Presque tous les enfants que nous accueillons ont connu un temps de séparation avec leurs frères et sœurs." En moyenne, ils restent sept ans dans les structures de l'association. "Nous sommes fréquemment contactés par des familles qui souhaitent que leurs enfants soient placés chez nous. Mais ce sont les services sociaux qui prennent cette décision", ajoute Gilles Meunier, qui a aussi été directeur de village. L'association, qui fêtera cette année ses 60 ans, possède 13 structures accueillant 679 enfants et jeunes majeurs. Mais ne peut répondre à toutes les demandes.

Le parcours de ces enfants est loin d'être linéaire, souvent ballotés de familles d'accueil en foyers. Le Sénat pointait justement ces défaillances dans un rapport en 2014 . "Certains enfants confiés à l'Ase connaissent des parcours chaotiques, marqués par de nombreux changements de prise en charge. Il arrive en effet qu'un enfant soit confié à une nouvelle famille d'accueil, alors que ni lui, ni sa précédente famille d'accueil ne souhaitaient cette modification."

"Les droits des enfants ne sont pas respectés"

C'est pour cela que le Parlement a adopté le 1er mars dernier une proposition de loi de la sénatrice socialiste Michelle Meunier, visant à renforcer la protection de l'enfance. "L'idée de ce texte, c'est de développer un projet pour l'enfant au plus tôt et de sécuriser son parcours", explique l'élue de Loire-Atlantique pour metronews. Mais pour la sénatrice, la question des fratries est à étudier au cas par cas. "Il ne faut pas forcément maintenir le lien entre les frères et sœurs à tout prix, il y a des relations qui peuvent être nocives et toxiques."

Pourtant, pour l'avocat Gilles Aubert, le texte est insuffisant. Il évoque le cas d'une maman, hospitalisée pour de graves soucis de santé. Durant son hospitalisation, elle tombe dans le coma. Pour ajouter au drame, son mari décède d'un cancer foudroyant. "Ses cinq enfants ont été placés. Mais de retour chez elle, alors qu'elle était en état de s'occuper d'eux, elle n'a pas pu les récupérer. Elle s'est battue pendant quatre ans, sans succès." Il dénonce de graves dysfonctionnements du système de la protection de l'enfance mais aussi judiciaire. "Ni les droits des enfants, ni les droits des parents ne sont respectés. Il ne faut pas croire que tous les mineurs sont placés parce qu'ils sont maltraités, la réalité est plus complexe. Il y a des accidents de la vie et le système pénalise ces familles, les broie et broie les enfants."

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