Asexuels et incompris : "Rien que l’idée du sexe me répugne"

Asexuels et incompris : "Rien que l’idée du sexe me répugne"

ENQUETE - Ils sont hommes, femmes ou trans, ado ou jeunes adultes. Ils disent ne ressentir aucune attirance charnelle, aucun désir sexuel pour les autres. Ce sont des asexuels. Metronews est allé à la rencontre de ceux qui revendiquent une nouvelle orientation sexuelle, toujours méconnue, souvent incomprise.

Un peu à l’écart, pas vraiment en phase. Léo, jeune pâtissier originaire du sud de la France, a l'habitude de ces soirées entre copains où la discussion, après quelques bières, s’égare du côté des blagues grivoises, des anecdotes sexuelles, parfois exagérées, des uns et des autres. Il sourit, il hoche de la tête, mais ne sait pas trop quoi ajouter. "Tous mes potes sont casés, sauf moi" explique-t-il à metronews. "Quand ça parle de sexe, j’essaie de participer à la conversation. Je rigole un peu, mais sans jamais vraiment comprendre." A 22 ans, Léo parvient à mettre un mot sur ce sentiment, qui l’habite depuis qu’on attend de lui qu’il s’intéresse aux filles. Un mot qui explique son désintérêt quasiment total pour le sexe. Cette année, il a découvert qu’il était asexuel.

Asexuel. Qu'est-ce que ça veut dire ? Difficile de mettre la main sur une seule et même définition, une caractérisation unique, qui fasse consensus. Mais si le dictionnaire ne connaît pas ce mot, il s'agit, selon la communauté qui s’en réclame, de "l’absence d’attirance sexuelle pour les autres". Pour en savoir plus, il faut remonter jusqu’en 2004, date à laquelle un psychologue canadien du nom d’Anthony Bogaert s’est emparé du sujet. Lui voit dans l’asexualité, une "nouvelle orientation sexuelle qui mérite sa place aux côtés de l’hétérosexualité, de l’homosexualité et de la bisexualité" et qui concernerait 1% de la population mondiale. Rien à voir avec l’abstinence, donc, qui est un choix de vie. Et comme toutes les autres formes de sexualité, l'asexualité comporte des nuances. Si, à un moment de sa vie, un asexuel ressent du désir pour un autre, il se fera ainsi appeler "grey-asexuel".

Phare dans la tempête

C’est le cas de Jace*, 16 ans. Une jeune personne née fille, qui se considère aujourd’hui "trans non-binaire", c’est-à-dire ni femme, ni homme. Et qui récemment, a ouvert les yeux sur son asexualité. "Au début, je sortais avec des gens, mais je n’avais jamais couché avec quelqu’un" raconte l’ado à metronews. "Parfois, j’y étais presque mais ça me dégoûtait. En fait, rien que l’idée du sexe me répugne." Marie-Pier, une québécoise de 30 ans, a quant à elle "vraiment réalisé que quelque chose clochait il y a environ un an et demi". "Mes relations amoureuses ne duraient pas, je m’enfuyais dès que la sexualité devenait une attente. J’en étais au point où je faisais des crises d’asthme avant d’aller me coucher, lorsque mon copain dormait chez moi."

Pour Jace, comme pour Marie-Pier, tout s’éclaire grâce à docteur Google. Sur internet, tout est possible. Oui, il existe des personnes qui disent ne ressentir aucun désir sexuel. Oui, ces personnes peuvent tomber amoureuses. On les appelle même des "romantiques". "Au cours de mes recherches, je tombais sur des forums de discussion. Un an plus tard, tout s’est mis en place dans ma tête. J’ai réalisé que je n’étais pas un cas isolé… et à partir de là, je n’ai plus trouvé ça bizarre" dit Jace. Il faut dire que c’est d’abord sur internet que la communauté asexuelle voit le jour. A l’origine du mouvement, un certain Daid Jay, activiste américain, qui crée en 2001 le réseau AVEN, pour dispenser visibilité et informations sur l’asexualité. Un site, à défaut d’un véritable corpus d’études, rapidement devenu un phare dans la tempête.

"Pas une pathologie"

Car aujourd’hui encore, l’asexualité est perçue au mieux comme un caprice, au pire comme une maladie. Contactés par metronews, plusieurs chercheurs déclarent d’ailleurs ne pas vouloir s’exprimer sur l’asexualité, cet "effet de mode", "marronnier de la presse", qui n’est pas "un vrai sujet". La sexologue et thérapeute de couple à Paris, Michèle Smadja, nous livre tout de même une mise au point : "L’asexualité ne relève pas d’une pathologie. J’ai des patients qui me consultent car ils sont en souffrance, parce qu’ils perçoivent une discordance entre leurs sentiments et leur désir. Ils sont peu nombreux, mais chez certains, même après la thérapie, on ne trouve tout simplement pas de désir. Tout ce qui compte, c’est qu’ils trouvent leur réponse, leur propre façon de se nommer. Beaucoup, par pression de la société, peuvent finir par se forcer à avoir des rapports. Ils transforment leur corps en objet, ils ne se respectent pas, et ça ne peut pas tenir."

Injonction constante au plaisir, sexualisation omniprésente. Difficile pour une personne asexuelle - qui comme le précise Léo, "se limite aux bisous, aux câlins et au temps passé ensemble lorsqu’il est en couple - de ne pas sentir dans son dos le regard désapprobateur de la société. Au travail, il ne compte plus les remarques des collègues qui soulignent son trop long célibat. "On dit que je suis gay. Mais quel rapport ?" interroge-t-il. Quant à Marie-Pier, qui s'assume à 100%, elle a "l’impression que c’est la norme aujourd’hui d’avoir eu des centaines de partenaires sexuels avant de s’autoriser à se mettre en couple". "Chacun doit pouvoir voir la vie à sa façon" ajoute-t-elle. "Ce n’est pas plus normal d’avoir 100 partenaires sexuels, que pas du tout."

"Un petit pot et une seringue"

Et les bébés, dans tout ça ? Ceux qui ont accepté de se livrer à metronews l’affirment : ils n’excluent pas, un jour, d’avoir des enfants. Léo et Jace se demandent encore comment le concevoir. Marie-Pier, elle, explique non sans humour : "Je ne sais pas si j’accepterais d’avoir des relations sexuelles pour faire un bébé. Mais il y a d’autres moyens pour parvenir au même résultat. Une éjaculation dans un petit pot, une seringue, un peu de patience et le tour est joué !"

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* Prénom d'emprunt

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