Non, les pauvres ne font pas des enfants pour les allocs'... un rapport du Secours Catholique dézingue les préjugés

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ENQUÊTE - Le rapport annuel du Secours Catholique sur l'état de le pauvreté en France est dévoilé ce jeudi. Une vaste étude qui illustre les nombreuses idées reçues au sein de la population vis-à-vis de la précarité. A tort, estime l'association, chiffres à l'appui.

Quand précarité rime avec préjugés. Dans son rapport statistique sur l'état de la pauvreté, publié ce jeudi, le Secours Catholique revient sur le profond ancrage au sein de la société d'une poignée d'idées reçues envers les plus démunis. Mais surtout, l'association va plus loin et propose – chiffres à l'appui – de démontrer à quel point celles-ci sont fausses.


Pour ce faire, l'association a passé au peigne fin les résultats de deux études. Un sondage réalisé par l’institut Viavoice, ainsi qu'un questionnaire à choix multiple (QCM) destiné aux passants de trente villes de France, en début d’année. Des milliers de QCM – 5.357 pour être précis – qui, sans constituer une enquête classique, apporte des enseignements sur la perception de la précarité en France, qui touche aujourd’hui près de 9 millions de personnes. Au final, le Secours Catholique a isolé huit préjugés tenaces dans l’esprit des Français… à tort. En voici cinq d’entre eux.

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Un jeune sur cinq touché par la précarité et l'exclusion sociale

Non, les pauvres ne sont pas des assistés et des fraudeurs

Une personne sur cinq pense que le niveau des aides sociales est trop élevé en France, selon le sondage commandé par le Secours Catholique. Une sur deux estime en outre que la priorité pour lutter contre la pauvreté devrait être de lutter contre la fraude sociale. "C'est grave d'entendre cela, commente pour LCI Bernard Thibaud, secrétaire général de l'association. Ces préjugés touchent des personnes qui se battent au quotidien avec un niveau de vie moyen de 148 euros par mois… Ces personnes ont un niveau de vie extrêmement faible, donc entendre parler d'assistanat… c'est insupportable pour elles." 


Pour l'association, assimiler les pauvres à des assistés ou des fraudeurs ne tient pas la route. Déjà, car les minima sociaux ne sont pas plus élevés en France que dans le reste de l'Europe. Mais surtout, le montant de non-recours est plus élevé en France que le montant de la fraude lui-même. La fraude au RSA ? Environ 170 millions d'euros en 2012, selon l’Observatoire des non-recours aux droits et services (Odenore). Alors que, parallèlement, 5,3 milliards d’euros ne sont pas versés chaque année à des ayants droit de ce même RSA. Le montant d’allocations non versées par les CAF en 2011, lui, est même estimé à 4,7 milliards d’euros.

Non, le travail n'est pas qu'une question de volonté

Si on cherche du travail, on en trouve. C'est ce que pense plus de la moitié des Français (54%). A tort, estime Bernard Thibaud. "Ce sentiment est très fort, sauf que les gens n'ont pas conscience de la transformation du marché du travail depuis 10 ans :  on a créé des emplois de cadres mais on détruit un million de postes d'ouvriers ou d'employés. Le CDD et le temps partiel se banalisent…Seulement voilà, il y a 200 à 300.000 emplois non pourvus. Et cela revient toujours pour démontrer que si on cherche un travail, on trouve. C'est cependant un ratio de 1 à 10 entre le nombre d'emplois disponibles et le nombre de chercheurs…" 

Autre argument avancé par le rapport, chiffres à l'appui : même si le niveau d’études augmente au fil des ans, les personnes rencontrées par le Secours Catholique (pas moins de 85.165 en 2016) n’ont pas forcément accès à l’emploi, ni à la formation professionnelle ou aux emplois aidés.

Les étrangers profitent du système social français

Pour quatre personnes sur dix, cette affirmation n'a rien de choquant. Elle est malgré tout fausse, selon les chiffres récoltés par l'association. En particulier car le niveau de revenu mensuel médian des ménages étrangers (139 €) est bien plus faible que celui des ménages français (930 €). Un écart qui s'explique par deux raisons : sans statut légal, les étrangers n'ont qu'un accès restreint aux prestations. En outre, quand ces droits existent, "la lourdeur et la complexité des procédures condamnent bon nombre d’étrangers à ne pas les faire valoir", précise l'association. Concrètement, seuls 57 % des ménages étrangers potentiellement couverts par les allocations familiales en bénéficient effectivement.

Non, les pauvres ne font pas des enfants pour toucher des allocations

Souvent véhiculée, cette idée ne passe pas l'épreuve des faits. Non seulement les aides ne parviennent que peu ou prou à couvrir le coût de ce que représente chaque mois un enfant, mais la part des ménages rencontrés par le Secours Catholique percevant des allocations baisse. Entre 2002 et 2016, elle a chuté de 11 points. Autre fait marquant : le niveau de vie s'améliore selon le nombre d'enfants au sein du ménage. En 2016 par exemple, les couples avec trois enfants (ou plus) ont un niveau de vie moyen annuel inférieur de 911 euros à celui des couples sans enfant.

Le chômage est la principale cause de pauvreté

C'est en tout cas ce que 56 % des Français estiment. Seulement voilà, la réalité serait plus complexe… Certes, le taux de chômage parmi les personnes rencontrées au Secours Catholique est très élevé (65% en 2008 contre 68 % en 2016). Sauf qu'il ne constitue pas l'unique cause de pauvreté : deux tiers des personnes rencontrées ne sont pas au chômage, certaines sont sans emploi ou ne peuvent pas être chômage (car sans droit au travail, en errance ou inaptes). D'autres ne peuvent pas travailler car sont des étrangers hors UE, ou tout simplement invalides. Mais surtout, certaines ont un emploi et sont quand même dans la précarité. Ainsi, près d’une personne sur cinq accueillies par le Secours Catholique travaille, dont un quart en CDI plein temps.

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