Attaque au couteau à Trappes : "le fanatisme religieux est la manifestation d’une pathologie préexistante"

Attaque au couteau à Trappes : "le fanatisme religieux est la manifestation d’une pathologie préexistante"

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FANATISME – Une attaque au couteau a eu lieu jeudi 23 août à Trappes, dans les Yvelines. Un homme a tué sa mère et sa sœur et a grièvement blessé une passante avant d’être abattu par les forces de l'ordre. Si Daech a rapidement revendiqué l’agression, la piste terroriste n’est pas privilégiée car l’assaillant présenterait des problèmes psychologiques. Alors, quelle est la place de la psychologie dans le fanatisme religieux ? On a posé la question à Ali Hamaidia, maître de conférences en psychologie clinique.

Alors que le groupe Etat Islamique a rapidement revendiqué l’attaque au couteau qui a fait deux morts à Trappes ce jeudi, Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur, a pour sa part évoqué les "problèmes psychiatriques importants" de l’assaillant. Un scénario qui n’est pas isolé. L’an dernier à Marseille par exemple, l’automobiliste qui avait foncé sur des piétons avait lui aussi des problèmes psychologiques avérés. Selon Ali Hamaidia, maître de conférences en psychologie clinique et chercheur à l’Université de Sétif, le fanatisme religieux est généralement lié à des pathologies préexistantes chez les personnes qui passent à l’acte. Auteur de "Djihadistes de Daech : entre fanatisme religieux et psychopathologie" il explique à LCI comment la psychologie entre en jeu dans la construction du fanatisme religieux. 

LCI : Psychologiquement, comment est-ce-qu'on explique le fanatisme religieux ? 

 Ali Hamaidia : En fait le fanatisme n’est pas une pathologie en soi. Ce n’est que la manifestation d’une pathologie préexistante. C’est-à-dire un psychopathe dans le langage courant. Dans ce cas psychologique, la personne délire, mais elle ne perd pas ses relations avec la réalité. En revanche, elle manifeste une rigidité de la pensée et des mœurs. C’est-à-dire que la personne est certaine que son idée est la plus juste et qu’elle doit l’imposer à autrui, que ce soit par le dialogue ou par la violence.

Quoi qu’il arrive, la personne trouve dans le discours de l’EI un espace où il pourra cultiver sa pathologie sans se sentir coupableAli Hamaidia

LCI : Est-ce-qu’une personne qui a une pathologie préexistante peut se saisir de l’actualité pour y intégrer des éléments du fanatisme ? 

Ali Hamaidia : Oui, car son esprit se trouve en accord avec ce discours. J’ai été interpellé dans mon travail par la question de l’Etat Islamique. Je voulais savoir comment ils ont recruté, dans un temps aussi court, un nombre aussi gigantesque de combattants venant de milieux sociaux et de pays aussi différents. J’en ai conclu qu’il existe une certaine équation derrière. 


Pour la simplifier au maximum : il faut un discours travaillé minutieusement pour convaincre des personnes prédisposées à le recevoir et ces dernières doivent rencontrer ce discours. Le discours est l’affaire des communicants, moi je m’intéresse aux prédispositions psychologiques. Et selon mes travaux, elles renvoient à trois causes : le fiasco de l’information et du système éducatif scolaire, surtout dans les pays arabo-musulmans, une mauvaise éducation et socialisation en dehors et enfin une prédisposition pathologique. Concernant ce dernier critère, j’ai relevé quelques points communs : quoi qu’il arrive la personne trouve dans le discours de l'EI un espace où il pourra cultiver sa pathologie sans se sentir coupable.


Cela peut être une personne sadique, ou à tendance sadique mais aussi des personnes à tendance violente, nymphomanes, paranoïaques ou obsessionnelles.  Pour prendre l’exemple d’une personne sadique, la pensée djihadiste propose un "raccourci" vers l’au-delà qui passe par la violence. Donc parce qu’il a une pathologie sadique préexistante, il va pouvoir tomber en accord avec ce discours qui lui dit : "Tue et va directement au paradis". 

LCI : Comment la psychologie prend-elle en charge le fanatisme religieux ?

Ali Hamaidia : Les psychologues tout autant que les psychiatres, nous sommes des cliniciens. C’est-à-dire que nous intervenons après coup, s’il y a demande, au cas par cas. A partir de là, on traite avec la pathologie mentale qui a poussé au fanatisme. Mais il y a deux problèmes : si le fanatique relève d’une personnalité pathologique, il essaye quand même de s’intégrer dans la société. D’ailleurs, si Daech n’existait pas, il n’aurait surement jamais rien fait. Sans la rencontre du discours dont on parlait, il n’y aurait pas eu de fanatisme.


Deuxièmement, il faut qu’une demande de prise en charge soit formulée. Car il est évident que la psychologie et la psychiatre jouent un rôle primordial dans la prise en charge de repentis, sauf qu’il faut que le fanatique demande de l’aide. Il faut voir ça comme une forme d’engagement. Si le concerné ne formule pas cette demande, on ne peut rien espérer. Et puisque les repentis relèvent d’abord de la sécurité, ils finissent souvent en prison. Une fois en prison, c’est alors très compliqué, parce qu’il se méfie des médecins, il collabore rarement. Il faut beaucoup, beaucoup de travail pour convaincre cette personne de collaborer. Quoi qu’il arrive, on traitera toujours la pathologie mentale, et non le fanatisme en lui-même.

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