Attaques terroristes : faut-il attribuer la Légion d'honneur aux héros ?

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HOMMAGE - Quelques jours après les attentats qui ont durement frappé la France, des voix s'élèvent pour réclamer la remise de décorations à ceux et celles qui se sont illustrés par leur courage.

Le gérant d'une imprimerie qui va au-devant des djihadistes pour protéger son employé, un musulman qui cache des juifs dans la chambre froide du supermarché casher, un otage qui tente de tirer sur son ravisseur avec une arme enrayée ou encore un policier froidement abattu à son arrivée sur les lieux du carnage à Charlie Hebdo : depuis quelques jours, les exemples d'actes héroïques de citoyens ordinaires ne manquent pas.

Leur bravoure n'est pas passée inaperçue, à tel point que de nombreux internautes et manifestants de dimanche ont réclamé pour eux la Légion d'honneur. Mais concrètement, cela serait-il possible ? Metronews fait le point, alors que, à ce jour, la récompense a déjà été attribuée à sept personnes : les quatre Juifs tués dans la supérette casher, ainsi que les trois policiers tués durant les deux attaques.

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La Légion d'honneur : qu'est-ce que c'est ?
C'est la plus haute décoration française. Elle a été créée en 1802 par Napoléon, qui voulait alors rétablir un système de récompense, les distinctions ayant disparu avec la Révolution. Trois grades (chevalier, officier, commandeur) et deux dignités (grand officier et grand-croix) sont alors mis en place. La Légion d'honneur est une étoile à cinq rayons doubles, surmontée d'une couronne de chêne et de laurier. La devise :  "Honneur et Patrie". La couleur, le rouge. Les insignes : le collier, la croix, la plaque.

Qui peut l'avoir ?
Tout citoyen ayant rendu un "service éminent à la nation". A noter qu'il faut au moins vingt ans d’activité pour être décoré. Certaines professions font l'objet de nominations automatiques, comme les anciens ministres, les préfets ou les diplomates. Il y a une promotion spéciale pour les médaillés olympiques. Les députés et sénateurs en fonction ne peuvent en revanche pas être décorés et, depuis 1962, on ne peut officiellement plus recevoir la Légion d'honneur à titre posthume. Concrètement, les victimes des attaques à Paris ne pourraient donc pas y avoir droit. Sauf que l'histoire a montré des exceptions, comme avec l'otage Hervé Gourdel ou encore le PDG de Total Christophe de Margerie. Quand le Premier ministre le demande, après validation du président de la République, la demande, en général, abouti.

Qui décide des nominations ?
Chaque ministre choisit parmi les dossiers qui lui sont soumis par les préfectures, les associations ou leurs propres services. Depuis 2008, les citoyens peuvent également proposer des noms, en déposant un dossier - assorti de 50 signatures - au préfet de son département. Il y a cinq promotions par an : deux pour les militaires (juillet et mai) et trois pour les civils (le 1er janvier, Pâques et le 14 juillet). Le 14 juillet dernier, 528 personnes ont été décorées.

A quoi ça sert ?
La Légion d'honneur est un titre honorifique, qui ne rapporte rien et qui coûte même assez cher au décoré. L'ordre national de la Légion d'honneur ne fournit en effet pas la décoration, qu'il faut acheter à un bijoutier ou à la Monnaie de Paris, pour environ 200 euros. Il faut également acquitter des "droits de chancellerie", qui s'élèvent à 20 euros pour les chevaliers et 100 euros pour les grands-croix. Une rente symbolique est prévue pour les militaires, allant de 6 à 36 euros par an. Par ailleurs, les décorés pourront envoyer leur fille, petite-fille ou arrière-petite-fille à l'école de la Légion d'honneur, à Saint-Germain en-Laye ou à Saint-Denis. Cet internat de prestige a 100% de réussite au bac.

Peut-on la refuser ?
Oui, depuis la création de la Légion d'honneur, de nombreuses personnalités l'ont refusée. Parmi elles, Jean-Paul Sartre, Pierre et Marie Curie, Georges Brassens, Albert Camus, Picasso, Mylène Farmer et plus récemment... l'économiste Piketty. Certains en font même une affaire de principe : les collaborateurs du Canard enchaîné se sont ainsi donné depuis toujours comme règle de refuser les décorations.

Y a-t-il eu des décorés polémiques ?
Régulièrement, la légitimité de la Légion d'honneur est pointée du doigt. Parfois parce qu'il est estimé que la célébrité décorée l'obtient uniquement en raison de sa célébrité. Mais la polémique, parfois, a aussi pu naître en raison de la personnalité controversée du décoré. Maurice Papon, par exemple, a reçu la Légion d'honneur des mains du général de Gaulle en 1961. Mais elle lui a été retirée au moment de sa condamnation. Plus récemment, c'est le couturier John Galliano qui s'est vu retirer sa récompense, après avoir été condamné pour injures publiques.

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