Attentat contre "Charlie Hebdo" : comment trouver les mots pour expliquer l'horreur aux enfants ?

Attentat contre "Charlie Hebdo" : comment trouver les mots pour expliquer l'horreur aux enfants ?
SOCIÉTÉ

PÉDAGOGIE – "Metronews" a posé la question à une spécialiste de la petite enfance, au responsable d'un syndicat d'instituteurs et au rédacteur en chef du journal pour enfants "Mon quotidien", auquel le directeur de "Charlie Hebdo", Charb, avait longtemps collaboré. Tous soulignent la nécessité de poser des mots sur ce drame, en s'adaptant à l'âge de l'enfant.

A midi aujourd'hui, tous les écoliers de France ont, comme les adultes, observé une minute de silence. Un hommage aux victimes de l'attentat contre Charlie Hebdo, qu'il a bien fallu leur expliquer. "Il est évident qu'on ne pouvait pas taire ce qui s'est passé : même les enfants de 3 ans ont pu entendre les conversations de leurs parents mercredi soir, souligne pour metronews Jérôme Lambert, secrétaire départemental du SNUipp-FSU-Paris, le premier syndicat d'instituteurs. Chaque enseignant s'est donc adapté en fonction de l'âge et du contexte de sa classe".

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Si le ministère de l'Education avait envoyé la veille à tous les établissements une lettre les invitant à "répondre favorablement aux demandes d'expression qui pourraient avoir lieu" dans les écoles, beaucoup de maternelles ont fait le choix de ne pas associer les tout-petits à la minute de silence. Pour des questions d'organisation (à 12 heures, les enfants sont à la cantine, hors du temps scolaire) ou parce qu'ils les jugeaient trop jeunes, comme l'explique cet article du Huffington Post . Mais quel que soit leur âge, tous les élèves ont pu se rendre compte qu'il se passait quelque chose d'inhabituel. Alors, comment trouver les mots pour les éclairer sur ce drame national ?

"Chercher à les rassurer"

"Les parents doivent prendre les devants pour éviter que les enfants n'interprètent mal les choses. Il faut leur parler clairement, en cherchant toujours à les rassurer", conseille la psychologue clinicienne Angélique Cimelière. Avec un tout-petit toutefois, ajoute cette spécialiste de l'enfance, mieux vaut rester "très vague". "On peut par exemple leur dire qu'il y a eu un souci avec des méchants, mais que la police est là et va les arrêter."

A 6 ans selon elle, l'explication peut aller un peu plus loin et employer des "mots simples" sur la mort. "On peut leur expliquer que des méchants ont tué parce qu'un dessin les avait vexés, en prenant soin de leur dire que le dialogue doit toujours être plus fort que la violence." Ce n'est qu'à 8 ans que les enfants pourront vraiment comprendre les choses et commencer à discuter avec leurs parents des questions de liberté d'opinion. "Avec les ados de 12-13 ans, on débat vraiment de liberté de parole, du métier de journaliste et de la nécessité de continuer à vivre normalement, sans peur, pour ne pas donner satisfaction aux terroristes", conclut Angélique Cimelière. En soulignant que quel que soit l'âge, les images qui ont pu être vues à la télévision doivent donner lieu à un "debriefing".

"Il faut appeler un chat un chat"

Cette question de la manière dont on explique l'horreur aux enfants, les journaux Mon petit quotidien (pour les 6-10 ans) et Mon quotidien (destiné aux 10-14 ans) l'abordent frontalement. Avec un contexte très lourd : le directeur de Charlie Hebdo était le père de la mascotte de Mon quotidien, auquel il a longtemps collaboré. "Charb, le créateur de Quotillon, a été assassiné", titre le numéro spécial du jour qui lui rend hommage, quand la couverture de la version pour les plus petits annonce "Des journalistes tués par des terroristes à Paris".

A l'intérieur, les mots sont clairs et simples, mais rien n'est passé sous silence. "Il faut pousser les enfants à se poser toutes les questions, et y répondre de manière dépassionnée, factuelle", nous assure François Dufour, le rédacteur en chef des deux journaux. Notamment en expliquant chaque "mot difficile" dans un petit lexique : le terroriste y est par exemple défini comme "une personne qui utilise la violence pour imposer ses idées". "On ne doit pas peindre la réalité en rose, estime François Dufour. Un mort, c'est un mort, un terroriste, c'est un terroriste. Même si l'enfant a 7 ans, il faut appeler un chat un chat."

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