"Je ne m'en cache pas, j'ai peur" : un an après l'attentat de Nice, la difficile nouvelle vie des rescapés

TÉMOIGNAGES - Laetitia Robbe et Patrick Sergent sont en vie. Pourtant, depuis l'attentat du 14 juillet auquel ils ont assisté, une partie d'eux a disparu à jamais. Comme de nombreux rescapés, ils tentent aujourd'hui de se reconstruire, et surtout de se faire une place dans la société.

Le 14 juillet 2016 passé,  ils ont commencé une nouvelle vie. Celle de l'après. Une vie écorchée, hantée par un attentat sanglant. Celui de la promenade des Anglais. Laetitia Robbe et Patrick Sergent en sont rescapés. Aucun d'eux n'a été blessé, mais tous deux ont assisté à l'horreur la plus insoutenable. Celle des cris, de la terreur, des corps mutilés, des corps sans vie. Malgré cela, ces deux héros n'ont pas hésité à porter secours aux blessés avant l'arrivée des secours. Patrick a sauvé la vie d'une Australienne, grièvement blessée par le camion fou. Après l'avoir rassurée alors qu'elle gisait au sol, il l'a portée jusqu'au hall de l'hôtel Negresco pour la mettre en sécurité et lui donner un peu d'eau. Après avoir mis à l’abri sa fille et sa belle-fille, respectivement âgées de 14 et 13 ans, Laetitia, accompagnée de son conjoint, a elle aussi porté secours aux victimes. Recouvert d'un tissu des cadavres, aussi.

Aujourd'hui, Patrick et Laetitia restent traumatisés par ce qu'ils ont vécu. "Je suis passée par la colère, la haine, la rage. Ça va un petit peu mieux parce que les 1 an approchent mais j'ai toujours peur. Je ne m'en cache pas, j'ai peur", explique Laetitia qui, n'a jamais pu revenir sur "la Prom'", pourtant située à cent mètres de son domicile. "Pour moi, c'est un cimetière", déclare-t-elle. Sa fille et sa belle-fille, elles, souffrent aussi beaucoup de ce qu'elles ont vécu. "C'est compliqué. Elles sont suivies psychologiquement. [...] Elles ont mûri d'un coup. C'est compliqué parce que de la petite fille, on est passé à la petite femme. L’innocence de sa fille perdue, Laetitia ne souhaite désormais qu’une chose : qu’elle ait "une jolie vie derrière". "Parce qu'elle le paie cher en ce moment", affirme-t-elle les larmes aux yeux.


Mais au-delà du suivi psychologique, l’environnement des jeunes filles ne semble pas toujours être à la hauteur du traumatisme. "On voit que c'est un sujet tabou entre les ados", explique la maman. "Je sais que dans son collège, il y a eu quelques cas [d'enfants ayant subi des traumastismes, ndlr.]. Une quinzaine, je crois. Mais on ne sait pas." Elle se plaint qu'au sein de l'établissement, aucune réunion n'ait eu lieu à la rentrée avec les parents pour évoquer les élèves victimes de l'attentat. "C'est dommage parce que ma fille a craqué comme ça, en plein cours. Elle a explosé en plein cours", regrette Laetitia.


Patrick, lui, parle beaucoup pour se soulager d'un poids qui pèse sur ses épaules, dans son cœur aussi, depuis le drame. "Ce n'est pas que j'aime spécialement parler, mais il ne faut pas garder ça en soi", confie-t-il. L'homme de 57 ans essaie aussi de s'entourer de personnes positives, "qui ont envie de vivre." "Nice, c'est une ville très filmée par les caméras de sécurité et quand on sait qu'il a repéré les lieux avant et que les camions n'ont pas le droit de passer sur la Promenade, on peut se poser des questions. Après, on peut toujours remettre tout en question mais c'est plus ça qui me scandalise. Enfin, ce qui me fait mal, quoi", concède-t-il tout de même.

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Attentat du 14 juillet : il y a un an, l'horreur frappait Nice

"On est mis de côté. [...] On est en vie, on n'a perdu personne."

Pourtant, malgré le temps qui passe, tout n'est pas toujours aisé. A 39 ans, Laetitia est suivie psychologiquement et dit recommencer "une nouvelle vie". Une vie où elle a du mal à trouver sa place. "On est beaucoup mis de côté, nous, les victimes dites "psychologiques" parce qu'on s'entend dire qu'on est en vie, qu'on n'a perdu personne." Une vie où les réponses manquent aussi. La rescapée estime avoir eu très peu d'informations sur les avancées de l'enquête. "Là, aussi, je pense que comme nous on n'est "que" victimes psychologiques, on est moins considérées que les victimes endeuillées, donc je pense qu'on a moins d'infos derrière".


De son côté, Patrick se concentre sur l'avenir. "Je pense qu'il faut tourner la page et dire : 'Voilà, il s'est passé ça, maintenant, la vie continue'", explique-t-il. En septembre dernier, il a été invité en Australie pour rendre visite à Adelaïde, sa protégée. Des retrouvailles émouvantes organisée par une chaîne de télévision locale, qui suit la rééducation de la rescapée depuis son retour de Nice. "Ce sont des gens simples, comme moi. Mais ils m’ont reçu comme un prince". Il a déjà prévu d'y retourner.

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