Attentats de Paris : ce qu'ont découvert les policiers dans le Bataclan

Attentats de Paris : ce qu'ont découvert les policiers dans le Bataclan
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TERRORISME - Les experts de l'Identité judiciaire -police scientifique et technique-, sont arrivés au Bataclan le 13 novembre dernier après l'assaut et l'évacuation des blessés. Sur place, ils ont du comptabiliser les morts, et faire face à une scène d'horreur. Le patron régional, Xavier Espinasse, témoigne ce vendredi dans les colonnes du Figaro. Un récit troublant.

Il est entré dans le Bataclan vêtu de sa traditionnelle combinaison blanche. Cette tenue, Xavier Espinasse ne l'a pas quittée de toute la nuit.

Le 13 novembre 2015, le patron du service régional de l'Identité judiciaire, Xavier Espinasse, et ses équipes sont arrivés au 50, boulevard Voltaire à la fin de l'assaut, relate Le Figaro ce vendredi. Les spectateurs sont en train d'être évacués de la salle de concert qui vient d'être attaquée par trois kamikazes : Ismaël Mostefaï, Samy Amimour et Foued Mohamed Aggad.

"Je me souviens de tout"

Sur place, les experts de l'Identité judiciaire commencent leur délicat travail. A côté de chaque élément balistique - étui de cartouche, chargeur… - ils déposent un tube lumineux pour retrouver facilement tous les objets qui ont participé à ce carnage. Xavier Espinasse raconte à nos confrères la suite. "Je m'accroupis et commence à compter les morts. Je m'arrête à 60, avec la pleine conscience que ça n'est pas fini. Je me souviens de tous, de ces jeunes hommes qui avaient de bonnes bouilles, portaient souvent des lunettes, des barbes, et se ressemblaient, ce qui n'a pas facilité les identifications. Et des femmes, notamment de l'une d'elle, allongée comme dans la position d'une danseuse (il mime), avec des yeux magnifiques grands ouverts."

En plus de ce spectacle insoutenable, les experts entendent le bruit continu des téléphones portables qui ne cessent de sonner ou de vibrer dans les poches de ceux et celles qui étaient venus assister au concert parisien des Eagles of death metal. "Avant l'intervention de mes équipes, j'ai eu besoin de prendre quelques minutes pour aller visiter chaque victime, comme si je le devais à leur famille. J'étais au milieu de mes frères morts", poursuit le patron du service régional de l'Identité judiciaire.

Une lettre plutôt qu'un numéro

Pour respecter ceux qui sont partis, la police ne met pas de numéros sur les corps, à la place des lettres. Seulement voilà, l'alphabet n'en compte que 26, près de quatre fois moins que nécessaire. "L'alphabet n'y suffisait pas" relève Xavier Espinasse. Le Bataclan est donc quadrillé de Rubalise (ruban plastique rouge et blanc), chaque zone marquée d'une lettre étant inspectée par un groupe dédié.

"Les équipes travaillent, ça murmure, ça parle bas, explique Xavier Espinasse. Il ne viendrait à quiconque l'idée de héler un collègue à l'autre bout de la salle pour lui demander une lampe. Les manipulations de corps sont obligatoires, mais les familles doivent savoir que nous opérons avec un maximum de délicatesse et de respect, j'en atteste", poursuit-t-il.

S'occuper des terroristes

Outre les corps des innocents, Xavier Espinasse et ses équipes, qui se sont rendus sur les différents sites visés par les attentats, ont dû aussi gérer les cadavres des kamikazes. "La plupart étaient en charpie, au Stade de France il y avait des morceaux projetés sur les murs… On a tout mis dans des sacs mortuaires en faisant très attention de ne pas mélanger. À l'Institut médico-légal, un anthropologue se charge de reconstituer les puzzles. C'est lui qui nous a appelés pour nous informer qu'il lui manquait une jambe pour l'un des kamikazes". La jambe en question sera retrouvée quelques semaines plus tard dans un caisson sous la scène .

Depuis ce 13 novembre, Xavier Espinasse vit avec ça. Le 27 novembre, il est allé à l'hommage rendu aux Invalides et s'est retrouvé par hasard dans les mêmes rangs que les familles des victimes. Le 4 décembre, jour où le bar La bonne bière a rouvert ses portes, Xavier Espinasse est allé, seul, mais au nom de son service tout entier, boire un café au comptoir : "Je voyais des fantômes allongés sur le sol" confie-t-il encore.

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