Attentats de Paris : que vont devenir fleurs, bougies et dessins ?

Attentats de Paris : que vont devenir fleurs, bougies et dessins ?

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TERRORISME - Mardi matin, une équipe de la Direction de la propreté et de l’environnement est venue nettoyer les trottoirs devant le Petit Cambodge et le Carillon, devenus des mausolées improvisés depuis les attentats du 13 novembre. Un geste qui se veut "respectueux de la mémoire des victimes", dans un quartier où les habitants souhaitent tout de même passer à autre chose.

Ce n’est pas un "coup de balai", mais une "collecte". Il n'empêche, celle-ci peut faire tiquer. Mardi matin, une équipe de la Direction de la propreté et de l’environnement est venue "nettoyer" les mémoriaux installés devant le Petit Cambodge et le Carillon, deux établissements touchés par les attentats du 13 novembre. Depuis, des lieux de mémoire s’y étaient improvisés, mêlant bougies, mots, dessins, drapeaux tricolores et amas de fleurs.

Plusieurs élus, et le maire du 10e arrondissement, Rémi Féraud, étaient sur place pour superviser ce difficile ménage. Car l’idée, trois semaines avant les dramatiques attentats, est de trouver un habile compromis sur les sites touchés par les attentats : commencer à revivre, sans pour autant empêcher le recueillement. D’après la mairie du 10e, la demande d’intervention est d’abord venue d’habitants du quartier. "Ils nous ont sollicités pour nous dire qu’ils souhaitaient pouvoir circuler à nouveau sur les trottoirs, et ne plus avoir la sensation de vivre dans un mémorial", explique-t-on à metronews. Si les lieux sont en effet devenus des passages obligés de pèlerinage pour les Parisiens et pour les touristes, les riverains, eux, se sentaient dépossédés. "C’est très pesant depuis trois semaines, avec ces personnes là matin midi et soir", raconte ainsi un jeune homme, présent lors de l’intervention et  interrogé par BFMTV . "

"La collecte s’est faite dans le respect total de la mémoire des victimes"

Reste que ce ramassage se fait avec d'infimes précautions. "La collecte s’est faite dans le respect total de la mémoire des victimes, c’est-à-dire fleur par fleur, objet par objet, pour retirer par exemple les fleurs en décomposition ou en très mauvais état", indique la mairie. "L’idée est de respecter la mémoire des lieux." Les objets, mots et hommages en tous genres font l’objet d’un archivage par la Ville de Paris. 

Petit à petit, les différents bars et cafés touchés par les attentats vont être nettoyés, eux aussi.  "C'est d'abord un entretien régulier des lieux, pour permettre aux Parisiens de se recueillir dans de bonnes conditions", explique, de son côté, la Ville de Paris. mais aussi, en relation avec les patrons de cafés, un travail fait "pour se réapproprier l'espace public". La Bonne bière, qui rouvre vendredi rue du Faubourg du Temple, va ainsi voir sa terrasse un peu dégagée, "tout en gardant aux abords un espace où restent les expressions de solidarité", indique la Ville. D'autres bistrots veulent rouvrir avant la fin de l'année, d'autres encore, en janvier. Car le souhait aussi de porter un message fort : "La vie continue".  

Les témoignages collectés et archivés

Continuer, mais se souvenir : c’est le souhait que forme aussi l'association "17 Plus Jamais". Le collectif s’était monté dans la foulée des attentats contre Charlie Hebdo et l’HyperCasher en janvier dernier et visait à entretenir le mémorial spontané qui avait aussi surgi sur la statue de la République. A l'époque, "17 Plus Jamais" militait pour que les objets et fleurs soient ramassés et collectés et qu’un lieu de mémoire soit installé dans Paris. Ce qui n'a pas été le cas. "Tout a été nettoyé et karcherisé", déplore Sabrina, une des responsables du collectif. Cette fois-ci, "17 Plus Jamais" entend bien "mettre la pression" sur la mairie, pour que les souvenirs restent. "Bien sûr, c’est normal que la vie reprenne, que les habitants ne veuillent pas vivre dans un mausolée", reconnait Sabrina. "Mais garder un lieu d’hommage, garder ces témoignages, c’est important pour se souvenir. Une plaque commémorative, ça ne suffit pas." 

Là dessus, le collectif devrait être entendu. "Comme pour les attentats de janvier, tous les témoignages de solidarité sont collectés et archivés, pour que ce ne soit pas perdu", précise la Ville de Paris. Lettres, dessins, mais aussi bougies. Le tout est archivé, dans un endroit que la mairie veut garder secret. "Pour nous, cette collecte a deux utilités : ce sont d'abord des gestes de solidarité, et en tant que tel, il est important que cela ne finisse pas à la poubelle. Et ces contenus peuvent resservir pour un nécessaire travail de mémoire. C'est un fonds précieux. Nous avons déjà des sollicitations pour des travaux d'étude."

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