13 novembre : un an après son vibrant hommage, le pianiste du Bataclan a du "mal" à rejouer "Imagine"

INTERVIEW – Davide Martello, pianiste de rue professionnel, est devenu mondialement célèbre le 14 novembre 2015 en jouant "Imagine" de John Lennon devant le Bataclan. Quelques jours avant les commémorations des attentats de Paris, ce trentenaire allemand revient sur ce triste événement et sur son bouleversant hommage.

LCI : Pouvez-vous nous raconter votre soirée du 13 novembre 2015 ?

Davide Martello : J’étais en Allemagne avec des amis, nous regardions le match de foot contre la France. Puis il y a eu cette première explosion, vers 21h20, avant une autre, quelques minutes plus tard. Sont arrivées ensuite les informations annonçant tous ces blessés et tous ces morts au Stade de France, dans les cafés, puis au Bataclan. Quand j’ai su qu’une salle de concert était touchée, que la musique et son public étaient visés, et que des centaines de personnes étaient encore à l’intérieur au moment où nous l’apprenions, le choc que je venais de subir s’est amplifié. J’ai fini ma bière et j’ai dit à mes copains : "Je pars à Paris, qui vient avec moi ?". Un de mes amis a répondu tout de suite : "Moi". On a pris la voiture, le piano, mon vélo et nous sommes partis. J’ai conduit pendant plus de six heures pour parcourir des centaines de kilomètres.

LCI : Une fois à Paris, qu'avez-vous fait ?

Davide Martello : Je n’avais jamais été au Bataclan. Avec mon ami, on a regardé sur Google et on est parti là-bas. Il y avait énormément de monde, beaucoup de policiers. J'avais peur de jouer, j'avais peur des forces de l'ordre, je ne savais pas comment elles allaient réagir à mon geste. C'est quand j'ai vu ces traces de sang sur le sol que je me suis dit qu'il fallait que je joue, pour moi, mais aussi pour toutes ces personnes emplies de tristesse. Je me devais d'apporter du réconfort, de livrer un message d’amour et de paix. Au début, je voulais me mettre derrière les barrières pour jouer mais les policiers ont refusé de me laisser passer. Je comprends tout à fait. Je me suis installé le plus près possible de la salle, et j’ai composé les premières notes. Il y avait beaucoup d’émotion. Je m’en souviens comme si c’était hier. Une fois le morceau fini, je suis parti. J’ai ensuite joué les jours suivants devant les autres lieux touchés par les attentats, le Stade de France, les cafés, puis la place de la République.

LCI : Sur ces lieux, auriez-vous pu jouer un autre morceau qu"Imagine" de John Lennon?

Davide Martello : Non. C'est pour moi la chanson la plus forte du siècle. Tout le monde la connaît, tout le monde la comprend. Elle délivre un message fort et universel. Je dois reconnaître que depuis les attentats de Paris, j’ai beaucoup de mal à rejouer Imagine. Ce morceau est désormais lié pour moi à ces terribles attaques.

LCI : Les commémorations du 13 novembre auront lieu dimanche prochain à Paris. Serez-vous présent ?

David Martello : Malheureusement non. Je dois rester en Allemagne pour des raisons familiales. Je vais toutefois faire quelque chose pour les commémorations. Je ne sais pas quoi encore. Peut-être une vidéo sur Internet, peut-être un concert dans la rue… Je ne sais pas.

LCI : Pourriez-vous changer votre programme si, par exemple, la maire de Paris Anne Hidalgo ou François Hollande vous demandaient de venir ?

David Martello : Je n’ai pas été invité aux commémorations. C’est normal, je ne suis pas une victime. Plusieurs personnes m’ont cependant demandé de venir jouer le 13 novembre dans la capitale française, mais j’ai refusé. Je ne comprends pas vraiment pourquoi les gens veulent que je revienne faire ce que j’ai déjà fait. Je suis venu le 14 novembre, c’était spontané, comme je le fais toujours. Cela venait du fond du cœur. A une attaque contre la jeunesse, j'ai répondu comme je le fais toujours, par la musique. J’ai délivré mon message de paix. Si je devais venir dimanche à Paris, si je devais reprendre mon piano ce jour-là dans la capitale, ce serait pour une seule et unique chose : jouer un morceau, un seul, toujours Imagine de John Lennon, mais dans l’enceinte du Bataclan. Je suis musicien, et rendre un hommage aux défunts à l’endroit même où ils ont perdu la vie, ça oui, cela aurait du sens pour moi.

LCI : Votre vie a-t-elle changé depuis ce 14 novembre, jour où vous avez joué sur le boulevard Voltaire?

Davide Martello : Cet événement a changé ma vie, d'un point de vue personnel bien sûr. D'un point de vue professionnel, je suis toujours le même : je suis un pianiste de rue, qui part avec son piano apporter quelques notes d'espoir à ceux qui en ont besoin. Je veux garder ma liberté, je veux rester la même. Je ne veux pas être programmé dans des salles, je souhaite continuer à jouer quand j'en ressens le besoin.

LCI : Le Bataclan va rouvrir ses portes le 12 novembre au public avec un concert de Sting. Suivront notamment Pete Doherty, Youssou Ndour… Selon vous, fallait-il rouvrir cette salle ?

Davide Martello : Bien sûr. La condamner aurait été terrible. Le Bataclan rouvre, les gens pourront y aller pour écouter des concerts. Je crois que c’est la meilleure des choses qui était à faire.

>> Ci-dessus, un sujet que le 20H avait consacré au pianiste qu'il avait suivi dans plusieurs de ses concerts européens, plusieurs mois après le 13 novembre :

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