Attentats et menace terroriste : peut-on s’habituer à l’horreur ?

Attentats et menace terroriste : peut-on s’habituer à l’horreur ?
SOCIÉTÉ

PSYCHO - Quatre jours après l’attentat perpétré contre un couple de policiers dans les Yvelines, la question se pose, une nouvelle fois. Peut-on s’habituer aux images terribles, à la sensation de peur et d’angoisse, à ces crimes dont les motivations nous dépassent ? Metronews a fait appel à Géraldine Million, psychologue spécialisée en victimologie, pour en savoir plus.

"D’autres innocents perdront la vie." Au micro de France Inter mercredi, Manuel Valls a tenu des mots durs, implacables, qui ressemblent bien à un appel à se résigner. Et en effet, alors que depuis le 11 janvier, les attentats en France se succèdent, comment ne pas laisser la menace, la peur pour soi-même et ses proches s’insinuer dans son quotidien ? Finira-t-on par devenir, lors d’un nouvel épisode de violences, insensible, blasé ? En un mot, habitué à l’impossible ?

Alors que lundi 13 juin, un couple de policiers a perdu la vie sous les coups de couteau de Larossi Abballa, se réclamant du groupe Etat Islamique, dans leur tranquille pavillon des Yvelines, metronews a cherché à savoir si ce crime était une étape de plus dans la banalisation de l’horreur. Et a posé ses questions à Géraldine Million, psychologue spécialisée en victimologie, basée à Aix-en-Provence.

Bouffées de stress

Selon elle, pour parler habitude, il faut d’abord parler contexte. Et différencier les pays en état de guerre permanent de ceux où le risque de mort, certes présent, est plus minime. "Bien sûr, dans les pays restés en guerre pendant très longtemps, où les bombardements sont récurrents, la population s’habitue. On se dit qu’il faut bien sortir de chez soi, malgré tout."

Un tel mécanisme d’accoutumance n’est pas observable en France. "Ici, on va davantage remarquer des symptômes traumatiques courants" explique la psychologue. Le ballet des sirènes de pompiers dans la rue, un strapontin qui claque dans le métro. A Paris, surtout, où beaucoup ont encore en mémoire les jours terribles qui ont suivi les attentats du 13 novembre. Depuis, les occasions d’être envahi d’une bouffée de stress ne manquent pas.

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Des symptômes qui disparaissent au bout de trois mois

Cette montée d’adrénaline, réponse organique et incontrôlable face à une situation de danger, est typique d’une réaction post-traumatique. Mais Géraldine Million l’assure, "en victimologie, on considère que ces symptômes traumatiques courants peuvent disparaître au bout de trois mois. Au-delà de six mois, on va parler d'un syndrome traumatique."

Le problème, c’est lorsqu’un nouvel événement traumatisant survient dans ce laps de temps de trois mois, durant lequel chacun est censé se reconstruire. "A ce moment-là, il faut repartir de zéro, et le processus prend davantage de temps. Et si le quotidien devient dangereux, alors il se normalise" poursuit la psychologue. Une succession rapprochée de drames pourrait donc venir à bout de notre capacité à nous remplir d’effroi, au lendemain de chaque tuerie.

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